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Pékin se préparerait littéralement à une guerre contre Washington

Pékin se préparerait littéralement à une guerre contre Washington

J’en ai déjà parlé, les Chinois n’ont pas peur d’une guerre avec les US, ils sont prêt (lire par exemple La Chine recommande à ses citoyens de se préparer pour la Troisième Guerre Mondiale) , de l’autre coté les US aussi (lire  Le budget du Pentagone orienté vers une guerre avec la Russie et la Chine ou encore les USA préparent la doctrine d’une guerre avec la Russie et la Chine)  Z

L’agence de presse japonaise Kyodo News a publié un texte interne de la Commission centrale de l’armée chinoise, présentant clairement une stratégie de lutte contre les États-Unis.

Son auteur estime notamment qu’elle permettra de «dépasser dans un virage» l’hégémon mondial affaibli, voire de «mettre fin au conflit et de gagner la guerre» avec ce dernier.

Si le contenu de cette fuite apparue dans les médias internationaux reflétait en effet la vision des dirigeants chinois, nous pourrions faire face à une hausse considérable des risques de guerre entre les États-Unis et la Chine dans un avenir proche. Le fait est que les stratèges chinois envisagent non seulement de protéger leur pays, mais aussi de lancer un défi à la domination américaine en mer qui permet aux Américains, en cas de nécessité, d’«étrangler» leurs adversaires grâce au contrôle qu’ils exercent sur les routes du commerce maritime. Il est très difficile voire impossible de s’imaginer que les autorités américaines (indépendamment des partis et de l’orientation idéologique) permettent à la Chine de mettre en œuvre ce projet sans une résistance acharnée de toute la puissance étatique et militaire des USA.

Kyodo News et le Japan Times citent les principales thèses de ce document selon lequel la Chine envisagerait d’élargir sa présence militaire loin de ses propres frontières.

Un chapitre souligne notamment que l’Armée populaire de libération de la Chine focalise ses préparatifs militaires sur la défense du littoral, et qu’à l’époque contemporaine l’armée doit renforcer ses capacités sur terre, en mer et dans les airs, en plus de se développer hors de sa zone d’action traditionnelle. Extrait: «Alors que nous nous ouvrons et étendons nos intérêts nationaux hors de nos frontières, nous avons besoin d’urgence d’une protection totale de notre sécurité dans le monde entier».

Le texte souligne à plusieurs reprises la nécessité absolue de l’obéissance totale de l’armée aux directives du président Xi Jinping, ce qui fait dire aux analystes occidentaux que le leader chinois a joué un rôle décisif dans l’élaboration de ces nouvelles orientations des forces armées nationales.

Washington analysera très probablement ces modifications de la position chinoise à travers le prisme du défi à l’exceptionnalité américaine car les États-Unis considéraient jusqu’à récemment le monde entier comme la sphère de leurs intérêts nationaux, qu’ils étaient prêts à protéger et à promouvoir par la force militaire. Les stratèges de Pékin ne voulaient pas forcement copier les approches américaines, mais comme on constate des humeurs antichinoises assez marquées au sein de l’administration Trump, on doute que cette dernière croie que la Chine n’aspire pas en réalité à une confrontation musclée avec les États-Unis dans les régions-clés de la planète.

La peur de l’expansion chinoise est un élément important de la pensée militaire et politique américaine, bien qu’il soit moins visible que l’hystérie antirusse. Quand les généraux américains lisent dans ce texte (présumé) de la Commission centrale de l’armée chinoise que la réforme militaire permettra de «gérer plus efficacement les crises, de mettre fin au conflit, de gagner la guerre et de protéger l’expansion des intérêts nationaux stratégiques», ils se souviennent probablement d’une audience récente du Congrès américain consacrée à la «menace chinoise». Suite à cette séance, le magazine Newsweek avait publié un article intitulé «L’expansion militaire chinoise et la construction (militaire) globale m’empêchent de dormir tranquillement, dit le secrétaire à la Marine». Les propos précis de ce dernier, cités par les journalistes américains, suggèrent d’autres réflexions intéressantes:

«Quand il s’agit de la Chine, l’essentiel est son carnet de chèques. Cela concerne non seulement les dollars et les cents qu’ils octroient pour soutenir leur expansion militaire et le développement technologique, mais aussi ce qu’ils font dans le monde entier… ils utilisent le capital comme une arme. Leur carnet de chèques ouvert m’empêche de dormir tranquillement», avait déclaré Richard Spencer au Sénat.

Ce texte chinois retentissant, qui est actuellement analysé par les médias japonais et occidentaux, contient un détail très important qui reflète parfaitement la mentalité chinoise et démontre en même temps que les analystes de Pékin ont fait des efforts considérables pour bien comprendre la logique occidentale. Ainsi, le document indique que c’est la formation d’une armée capable de mener des opérations réellement globales qui devrait permettre à la Chine d’éviter le «piège de Thucydide». Ce terme, inventé par Graham Allison, professeur de l’Université Harvard, politologue, expert en théorie de décision et ancien vice-ministre américain de la Défense, désigne une situation dans laquelle dès qu’un hégémon potentiel commence à accumuler ses forces, l’hégémon actuel a de plus en plus de peur de lui, ce qui rend inévitable la guerre entre les deux puissances. On cite d’habitude comme premier exemple d’une telle guerre le conflit entre Sparte et Athènes, dont le caractère imminent avait été analysé par Thucydide.

Les auteurs de la stratégie chinoise soulignent qu’un élargissement radical des capacités globales de l’armée chinoise permettra d’«éviter l’obsession de l’imminence d’une guerre entre une puissance en développement et l’hégémon actuel». Cette estimation pourrait pourtant s’avérer trop optimiste. Une tentative d’élargir considérablement les capacités globales de l’armée chinoise pourrait facilement provoquer des actions agressives et radicales de la part de Washington, qui ne se limitera pas à la pression économique ou diplomatique. Qui plus est, on a l’impression que malgré une rhétorique très pragmatique de Donald Trump, qui souligne la motivation économique de la guerre commerciale avec la Chine, l’objectif réel de Washington dépasse les limites du rééquilibrage du commerce extérieur. Compte tenu des propos du secrétaire à la Marine Richard Spencer sur l’«utilisation du capital comme une arme», on peut logiquement supposer que la guerre commerciale (voire de sanctions) ne vise pas en réalité le rééquilibrage du commerce extérieur, mais l’élimination de cette «arme chinoise redoutable».

Si cette analyse s’avérait juste, cela poserait deux questions importantes.

Premièrement, combien de temps faudra-t-il à Washington pour comprendre que la guerre commerciale et les sanctions (par exemple, contre la compagnie ZTE) ne lui permettront pas d’atteindre ses objectifs?

Deuxièmement, que fera l’administration Trump après avoir épuisé les moyens économiques?

Le fait que les navires de guerre américains ont déjà passé de manière ostensible le détroit de Taïwan, et que Taïwan devrait accueillir bientôt le premier groupe de l’infanterie de marine américaine, indique probablement où et comment les États-Unis envisagent de défendre leurs prétentions à l’hégémonie mondiale.

Ivan Danilov

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Pékin-Washington : « La plus grande guerre commerciale de l’histoire » ne fait que commencer

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« La Chine promet aussi de rehausser ses droits de douanes sur 16 milliards de dollars de produits américains supplémentaires si Donald Trump passe à l’action. Le président américain, qui n’apprécie pas la riposte, a d’ores et déjà demandé à son chargé du Commerce, Robert Lighthizer, de poursuivre l’offensive en identifiant 200 autres milliards de dollars de produits chinois pouvant être taxés à hauteur de 10%. Et l’administration s’est dite prête à taxer encorer 200 milliards de dollars de biens supplémentaires. Si toutes ces mesures entraient en vigueur, cela signifierait que 450 milliards de dollars de produits chinois seraient taxés au global. Soit la très grande majorité des biens importés de Chine par les États-Unis (523, 7 milliards en 2017). » (Le Figaro)

« Les États-Unis ont enfreint les règles commerciales de l’OMC et lancé la plus grande guerre commerciale de l’histoire économique à ce jour » : le ministère du Commerce chinois a vivement réagi dans un communiqué à l’imposition le 6 juillet par les État-Unis de nouveaux droits de douane sur les importations chinoises, promettant de riposter.

 

L’administration Trump a en effet commencé ce 6 juillet à appliquer des droits de douane à hauteur de 25% sur des importations chinoises d’une valeur de 34 milliards de dollars. Une mesure qui ne constitue que la première étape sur un total de 450 milliards de dollars de marchandises chinoises visées à terme.

« La Chine a promis de ne pas tirer la première, mais pour défendre les intérêts fondamentaux du pays et de sa population, elle est contrainte à une nécessaire riposte », poursuit ainsi le ministère chinois du Commerce dans son communiqué.

Si Pékin n’a pas annoncé les mesures qui seraient prises en représailles, il avait auparavant promis de rendre coup pour coup à Washington en imposant des taxes équivalentes sur des produits importés des Etats-Unis.

[…]

L’agence de presse Reuters a rapporté le 3 juillet que Pékin avait proposé une alliance entre la Chine et l’Union européenne, offrant de lui ouvrir d’avantage le marché chinois si elle acceptait de mener une action commune contre les États-Unis à l’OMC.

Une offre déclinée par l’UE, selon un diplomate européen cité par Reuters :

« Nous ne le ferons pas et nous leur avons dit. » « Nous sommes d’accord avec presque tout ce que reprochent les États-Unis à la Chine, c’est juste que nous ne sommes pas d’accord avec la façon dont les État-Unis gèrent la situation », a confié un autre diplomate à l’agence de presse.

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Publié par le 6 juillet 2018 dans économie, général, International, Politique

 

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Washington met à exécution un plan de guerre mondiale

Washington met à exécution un plan de guerre mondiale

Washington met inéluctablement en branle un plan de guerre mondiale. C’est la sinistre conclusion qu’il faut tirer des trois scénarios de guerre en train de se déployer.

Il s’agit en fin de compte de l’impérialisme étasunien, qui tente d’imposer son hégémonie sur l’ordre international, au profit du capitalisme étasunien. La Russie et la Chine sont les principales cibles de cette attaque mondiale.

Le déploiement des trois scénarios de guerre est visible en Syrie, en Corée du Nord et en Ukraine. Ces conflits ne sont pas fondamentalement distincts, sans liens. Ce sont des manifestations en relation avec les plans de guerre étasuniens, qui nécessitent le positionnement des forces militaires stratégiques.

Le massacre la semaine dernière de plus de 100 hommes des forces gouvernementales syriennes par des avions de guerre étasuniens près de Deir ez-Zor, était une attaque ouverte et effrontée contre l’État syrien. Les États-Unis, avec d’autres alliés de l’OTAN, ont mené jusqu’à présent une guerre par procuration de sept ans visant à changer le régime de l’allié des Russes, le Président Assad. Le massacre de la semaine dernière n’était certes pas la première fois que l’armée étasunienne, illégalement présente en Syrie, attaquait l’armée syrienne. Mais il semble plus évident que jamais qu’elle applique ouvertement le plan de changement de régime. En défiant la Russie et les alliés légalement mandatées par l’État syrien, les troupes étasuniennes ont de toute évidence le comportement d’une armée d’occupation.

Le monde est de plus en plus inquiet par les multiples rapports disant que des engagés volontaires russes figuraient parmi les victimes de la frappe aérienne de la semaine dernière près de Deir ez-Zor.

Pour ce qui est de la Corée du Nord, Washington sabote cyniquement les efforts diplomatiques en cours entre les dirigeants coréens respectifs à Pyongyang et à Séoul. Bien que le dialogue entre les Coréens ait pris un tour positif, Washington a quand même positionné des bombardiers à capacité nucléaire, B-52 et B-2, dans la région, ainsi qu’au moins trois porte-avions. Les B-2 seraient aussi armés de bombes brise-bunkers de 14 tonnes, les plus grosses bombes non nucléaires de l’arsenal étasunien, destinées à détruire les silos de missiles souterrains nord-coréens et à « décapiter » le commandement militaire de Kim Jong-un.

Le vice-président Mike Pence, pendant qu’il assistait aux Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud, a entamé la semaine dernière en délivrant un message de guerre sans détour. Il a dit que la détente entre la Corée du Nord et l’allié des États-Unis, la Corée du Sud, prendra fin « dès que la flamme olympique sera éteinte », plus tard ce mois-ci, quand les jeux s’achèveront. Cette politique belliciste va complètement à l’encontre des efforts déployés par la Russie et la Chine, qui vise à faciliter la diplomatie pacifique entre les deux Corées.

Pendant ce temps, l’air franchement lugubre de la situation dans l’est de l’Ukraine suggère l’imminence de l’invasion de la région sécessionniste du Donbass. Des inspecteurs militaires du Pentagone seraient arrivés la semaine dernière dans la zone de contact séparant les forces du régime de Kiev, soutenues par Washington, et les séparatistes pro-russes des Républiques populaires de Donetsk et de Lugansk. Edouard Basurin, le commandant de l’armée de Donetsk, a prévenu que l’arrivée de conseillers militaires du Pentagone et de l’OTAN, de Grande-Bretagne et du Canada, indique que les forces armées de Kiev préparent un nouvel assaut contre la population russe du Donbass.

Même les observateurs d’habitude satisfaits de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), chargés de surveiller le cessez-le-feu symbolique le long de la zone de contact, ont commencé depuis peu à signaler de sérieux défilés d’armes lourdes des forces de Kiev, en violation des accords de Minsk de 2015 en faveur de la paix.

Si les forces de Kiev sous commandement étasunien lancent l’offensive prévue le mois prochain contre le Donbass, il faut vraiment craindre qu’il y ait un nombre démesuré de victimes civiles. Il est vraisemblable que, pour des raisons humanitaires, ce « nettoyage ethnique », mené par les forces du régime de Kiev contre la population russe – forces, qui arborent ouvertement l’idéologie néo-nazie –, déclenche une intervention à grande échelle de Moscou. Les planificateurs étasuniens parient peut-être sur cette réaction, que les médias grand public occidentaux obéissants pourront ensuite qualifier de « nouvelle agression russe ».

D’après l’analyste politique étasunien Randy Martin, « Il est indéniable que Washington est sur le pied de guerre dans trois scénarios mondiaux. La préparation à la guerre est en fait la guerre. »

Il a ajouté : « Il faut aussi prendre en compte le dernier document Nuclear Posture Reviewpublié au début du mois par le Pentagone. Ce dernier déclare ouvertement que la Russie et la Chine sont dans le collimateur, et qu’il est prêt à recourir aux armes nucléaires pour mener les guerres conventionnelles et ce qu’il juge être des agressions asymétriques. »

Randy Martin pense qu’à ce stade, ce que veut précisément Washington n’est pas clair.

« Il s’agit bien sûr de rechercher la domination sur le monde, qui est depuis longtemps la caractéristique de l’impérialisme étasunien, comme cela a été exprimé par exemple dans la doctrine Wolfowitz après la fin de la guerre froide, » explique l’analyste.

« Mais ce qu’exige précisément Washington de la Russie et de la Chine est la question. Il utilise manifestement la menace de guerre comme levier. Mais on ne sait pas ce qui pourrait le satisfaire. Peut-être un changement de régime en Russie où le Président Poutine serait évincé par un personnage pro-occidental respectueux. Peut-être que la Russie et la Chine lâchent leurs projets d’intégration économique eurasienne et d’abandon du dollar dans les transactions commerciales. »

Mais ce qui paraît tout à fait clair, c’est que Washington s’embarque dans un projet de guerre mondiale, comme en témoignent les graves événements qui se déroulent en Syrie, dans la péninsule coréenne et en Ukraine. Chaque scénario peut être vu comme une pression sur Moscou ou la Chine, afin que ces pays se plient d’une manière ou d’une autre aux ambitions de domination mondiale de Washington.

Certes, Washington est téméraire et criminel par sa conduite qui viole la Charte des Nations Unies et d’innombrables autres lois internationales. Il se comporte effrontément comme un régime voyou, sans paraître le moins du monde gêné.

Il n’est pourtant guère probable que la Russie et la Chine capitulent. Tout simplement parce que l’ambition d’hégémonie unipolaire étasunienne est impossible à réaliser. La domination de Washington pendant près de sept décennies, après la Seconde Guerre mondiale, est désormais révolue puisque l’ordre international devient naturellement multipolaire.

Quand Washington accuse Moscou et Pékin d’« essayer de changer l’ordre international à leur avantage, » ce que les dirigeants étasuniens admettent tacitement, c’est l’inquiétude de voir disparaître l’époque de leur hégémonie. La Russie et la Chine ne font rien d’illégitime. Nous sommes simplement devant la réalité de l’évolution historique.

Ainsi, en fin de compte, par ce qu’ils tentent de réaliser par la coercition criminelle, les projets de guerre de Washington sont vains. Ces plans ne peuvent pas inverser le cours de l’histoire, mais, par leur caractère diabolique, ils ont le pouvoir d’anéantir l’avenir de la planète.

À nouveau le monde est au bord du précipice, comme il l’était à la veille des Première et Seconde Guerres Mondiales. Le capitalisme, l’impérialisme et le fascisme sont à nouveau au centre de la scène.

Comme le dit l’analyste Randy Martin : « Les dirigeants étasuniens sortent du placard pour dévoiler leur vraie nature de purs va-t-en-guerre opposés au monde. Leur idéologie suprémaciste et militariste est indubitablement du fascisme à l’œuvre. »

Strategic Culture FoundationFinian Cunningham

Original : www.strategic-culture.org/news/2018/02/18/us-is-executing-global-war-plan.html
Traduction  Petrus Lombard

 
 

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Washington se dit prêt à discuter avec Pyongyang sans aucune condition préalable

Rex Tillerson, secrétaire d'État américain, et Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen

Le changement de ton de Washington ne semble pas avoir d’effet sur la ligne maintenue par le gouvernement nord-coréen dans le dossier nucléaire. Alors que les États-Unis se disent prêts à négocier « sans conditions préalables » avec le régime de Pyongyang, Kim Jong-un entend faire de son pays la « puissance nucléaire la plus forte au monde ». Z

Cela a tout l’air d’un changement de cap majeur dans la diplomatie américaine. Washington se dit prêt à discuter avec Pyongyang sans aucune condition préalable.

C’est ce qu’a confirmé le secrétaire d’État américain lors d’une conférence organisée hier à Washington par Atlantic Council, un think tank spécialisé dans les relations internationales. C’est la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump que les États-Unis affichent leur volonté de dialoguer avec le pays communiste sans condition préalable.

« Nous sommes disposés à entamer des discussions si la Corée du Nord est prête. Nous pourrions commencer par parler de la météo, ou discuter pour savoir s’il faut une table carrée ou ronde. Ensuite, nous pourrions commencer à établir une feuille de route de ce vers quoi nous voudrions aller » a précisé Rex Tillerson.

Le chef de la diplomatie américaine estime qu’il n’est pas réaliste de faire venir le régime de Kim Jong-Un à la table de négociations à condition que ce dernier abandonne son programme nucléaire. Il propose donc d’entamer des discussions sans déterminer l’ordre du jour au préalable. Une fois le dialogue renoué, les deux pays pourront discuter des sujets à aborder de manière sérieuse. Avant d’en arriver là, ils devront se voir face à face afin de sonder les intentions de l’autre partie.

Toutefois, l’expression « sans condition préalable » ne doit pas être prise au pied de la lettre, car il a souligné que Pyongyang devait d’abord s’abstenir de toute provocation, sans préciser toutefois la durée exacte de cette suspension. Beaucoup d’experts politiques à Washington parlent de 60 jours au minimum. « Le dialogue deviendra difficile si la Corée du Nord procède à un nouveau test ou à une nouvelle provocation. Je vais poursuivre nos efforts diplomatiques jusqu’à ce que la première bombe soit lâchée » a lancé Rex Tillerson. Il a également souligné l’importance de la dénucléarisation de la péninsule coréenne.

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Publié par le 13 décembre 2017 dans général, International, Politique

 

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Washington se prépare à une guerre nucléaire en Europe

Washington se prépare à une guerre nucléaire en Europe

Au milieu des tensions militaires et diplomatiques entre les États-Unis et la Russie, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a rapporté vendredi que le Congrès américain a fait les premiers pas vers l’annulation par Washington du Traité sur les forces nucléaires de portée intermédiaire (FNI).

Le traité FNI, ou le Traité de Washington sur les systèmes nucléaires de portée moyenne, est un accord bilatéral entre les États-Unis et l’Union Soviétique sur le déclassement de missiles de courte et moyenne portée (avec une fourchette comprise entre 500 et 5500 miles, soit 805 et 8130 km) et l’interdiction de leur production.

Le traité, signé le 8 décembre 1987 par le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhail Gorbatchev, a entraîné une réduction notable des armes nucléaires américaines en Europe. Il avait retiré les missiles nucléaires Pershing II à portée moyenne, dont le stationnement en Europe occidentale cinq ans plus tôt avait déclenché les plus grandes manifestations pacifistes à ce point dans l’histoire.

Le danger maintenant est que « Les États-Unis vont construire de nouveaux missiles et les stationner en Europe », a averti le Süddeutsche Zeitung. Un changement majeur serait mis en « mouvement » et l’Europe serait « au bord d’une nouvelle ère nucléaire […] les missiles nucléaires de portée moyenne étaient l’horreur de la guerre froide […] trente ans après, le spectre est revenu. »

La raison de la fin potentielle du traité, selon le journal, est le « gel profond » des relations américano-russes et les annonces des deux côtés des intentions de « moderniser de manière exhaustive leurs arsenaux nucléaires ».

De manière caractéristique, ces informations explosives de la presse allemande ont été totalement ignorées par les journaux et les émissions télévisées américaines.

Cet article intervient au milieu d’une campagne hystérique menée par les États-Unis et l’OTAN à propos des exercices militaires prévus par l’armée russe dans l’ouest de la Russie, la Biélorussie et l’enclave russe de Kaliningrad plus tard ce mois-ci. Washington et ses alliés ont suggéré qu’ils pourraient être utilisés comme « Cheval de Troie » pour prépositionner des stocks d’armes et préparer une invasion des États baltes.

Le Pentagone a déployé sept chasseurs F-15C américains sur une base en Lituanie et 600 soldats d’une unité aéroportée américaine dans les Pays baltes en anticipation de ces manœuvres.

Ce renforcement militaire a été mené conjointement à une importante provocation diplomatique aux États-Unis : l’administration Trump a réagi contre l’expulsion par la Russie du personnel de l’ambassade des États-Unis en Russie (qui était elle-même une riposte aux expulsions précédentes de Russes par les États-Unis) en ordonnant la fermeture de trois locaux diplomatiques russes à Washington, à New York et à San Francisco. Selon Moscou, l’action, accompagnée de fouilles du consulat de San Francisco et des résidences du personnel diplomatique russe, constituait une violation du droit international.

La friction de plus en plus dangereuse entre les deux plus grandes puissances nucléaires du monde se déroule dans le contexte de risques de guerre croissants à l’échelle internationale, en particulier dans la péninsule coréenne. Le président russe Vladimir Poutine a averti vendredi que le face à face de plus en plus belliqueux entre les États-Unis et la Corée du Nord faisait que la région « est au bord d’un conflit à grande échelle ».

C’est dans ce contexte que les menaces d’une escalade de la stratégie de la corde raide nucléaire sur le continent européen dont il est fait état constituent un danger aussi imminent.

Un document de l’OTAN classé secret qui a été obtenu par un groupe de recherche regroupant le Süddeutsche Zeitung et des radios régionales publiques, NDR et WDR, contient 39 propositions sur la façon dont l’OTAN peut agir contre la Russie. Selon les diplomates, des « consultations officielles au sein de l’OTAN » pourraient avoir lieu à l’automne à l’initiative des États-Unis. Le document était « un compendium de toutes les options disponibles » soigneusement « divisé en les catégories “concevable”, “actuellement à éviter” et “non recommandé” ».

Même les plus d’une douzaine d’options « concevables », que l’OTAN estime compatibles avec l’accord FNI, « exacerberaient les relations déjà tendues », selon le Süddeutsche Zeitung. Les propositions incluent « une rotation accrue des bombardiers B-2 et B-52 des États-Unis vers l’Europe », une « expansion des systèmes d’alerte précoce et de la défense de missiles ou de sous-marins » et le renforcement des « infrastructures militaires et civiles contre les attaques ». La préparation et la capacité d’une frappe de représailles nucléaire, la « signalisation nucléaire » est perçue comme « concevable ».

Deux propositions sont particulièrement provocantes : « étendre la planification dite de ciblage nucléaire – c’est-à-dire identifier et confirmer les cibles pour les armes nucléaires » et « accroître la préparation opérationnelle de ces bases aériennes qui largueraient ces bombes en cas de guerre ». Sur ce point, « l’OTAN conseille également la prudence », a souligné le Süddeutsche. La confirmation des cibles, c’est-à-dire la préparation concrète d’une agression nucléaire, pourrait rapidement provoquer une guerre nucléaire avec la Russie, ce qui pourrait être la fin de l’humanité.

Selon le Süddeutsche Zeitung, si les États-Unis abandonnent le traité FNI, « des mesures qui se trouvent actuellement dans la catégorie « pas souhaitable » [seraient] concevables : la construction, les essais et le stationnement d’une nouvelle classe de missiles – une nouvelle étape dans une nouvelle Guerre froide. »

La classe dirigeante allemande est extrêmement préoccupée par la marche à la guerre de plus en plus agressive de Washington contre la Russie. Le ministre des affaires étrangères, Sigmar Gabriel, (social-démocrates, SPD) a mis en garde lors d’un entretien jeudi contre « la répétition des pires erreurs de la guerre froide ». Nous sommes en route pour une guerre froide 2.0. Tous les bons traités sur le désarmement et le contrôle des armes entre Gorbatchev et Reagan sont en grand danger. L’Europe est de nouveau menacée de devenir un terrain militaire d’entraînement pour les armes nucléaires. »

Il a poursuivi : « Le fait que Mme Merkel garde le silence à ce sujet est une faute. L’Allemagne, de tous les pays, doit élever sa voix contre cela. Nous devons rester une puissance pour la paix et nous opposer à une course incontrôlée à l’armement. Dans ce contexte, j’ai trouvé correcte la déclaration de Martin Schulz [candidat chancelier du SPD] selon laquelle nous devons nous concentrer sur la libération de notre pays des armes nucléaires. »

Schulz et Gabriel sont au milieu d’une campagne électorale et savent bien que la grande majorité de la population allemande – comme celle du reste de la planète – s’oppose au réarmement et à la guerre et approuverait le retrait des armes nucléaires américaines encore stationnées en Allemagne.

Ces deux politiciens sociaux-démocrates ne sont en aucun cas attachés à la paix, ce sont des représentants de premier plan de l’impérialisme allemand. Ils s’opposent aux plans américains de réarmement nucléaire parce qu’un retour aux conditions de la guerre froide mettrait en danger les plans de l’Allemagne de devenir une puissance mondiale et augmenterait la dépendance de Berlin à l’égard des États-Unis. Cela compromettrait les intérêts économiques et géopolitiques de l’Allemagne, qui sont toujours plus en contradiction avec ceux de Washington.

En juillet, Gabriel a fortement critiqué les dernières sanctions américaines contre la Russie. Bien que l’Europe et les États-Unis aient « conjointement et en étroite consultation répondu à l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et aux actions de la Russie dans l’est de l’Ukraine », « il n’était pas possible d’accepter » la menace de sanctions extraterritoriales illégales contre les entreprises européennes participant à l’expansion des approvisionnements énergétiques européens ! » L’approvisionnement en énergie en Europe était « une affaire européenne et non une [affaire] des États-Unis d’Amérique ! »

À la suite des dernières menaces des États-Unis, les sociaux-démocrates ont ouvert la voie pour tenter de transformer en soutien au militarisme allemand l’opposition généralisée à la politique de droite et militariste de Donald Trump. Quand on lui a demandé s’il pensait que « la peur de beaucoup d’Allemands selon laquelle Trump pourrait réagir de manière excessive et inciter à une guerre est justifiée », Gabriel a déclaré : « Je crains que les États-Unis ne soient perdus à jamais pour l’Ouest. Certaines personnes autour de Donald Trump veulent remplacer l’État de droit par la loi du plus fort. Nous devons nous affirmer contre cela. »

Des documents publiés par des groupes de réflexion et les principaux partis politiques donnent une idée des méthodes que l’impérialisme allemand entend utiliser pour « affirmer » ses intérêts. Dans les « Principes pour une politique de sécurité et de défense social-démocrate », le SPD écrit : « Pour être à la hauteur de la demande accrue de déploiements internationaux pour intervenir dans les crises, la cyberdéfense et la défense de notre propre population, nous avons besoin d’une armée moderne capable d’action. Nous avons besoin d’une armée dans laquelle […] les troupes capables de se déployer soient prêtes pour des situations de crise. Pour cela, nous devons mieux équiper l’armée avec du personnel et du matériel. »

Le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP) est le seul parti participant à la campagne électorale fédérale allemande qui s’oppose à l’accumulation américaine d’armes nucléaires du point de vue de la classe ouvrière internationale et qui se batte pour une stratégie socialiste pour lutter contre les inégalités sociales, le militarisme et la guerre. Aux bellicistes capitalistes des deux côtés de l’Atlantique, nous opposons l’unité de la classe ouvrière internationale. Dans des conditions de danger croissant de guerre nucléaire, cette perspective prend une énorme urgence.

Johannes Stern

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Quand Washington perd le Nord en Corée

Quand Washington perd le Nord en Corée

A noter dans le dernier développement, que Le ton monte face aux Etats-Unis : la Corée du Nord menace le porte-avions USS Carl Vinson :

Dans une déclaration publiée par le site web officiel de la de Corée du Nord, Uriminzokkiri, et citée le 24 avril par un journal sud-coréen, Pyongyang menace de couler le porte-avions USS Carl Vinson et son escorte dans le cadre d’une attaque préventive face à ce que les Nord-Coréens affirment être l’annonce d’une invasion de leur pays par les États-Unis. Radio Pyongyang a également prévenu : « Si les États-Unis se lancent dans une dangereuse provocation, nous répondrons à la guerre totale par la guerre totale et à la guerre nucléaire par nos propres frappes nucléaires », tandis que les célébrations le 15 avril pour le jour du Soleil, nom donné au jour de la naissance de Kim Il-sung, grand-père du dictateur actuel Kim Jong-un, ont été l’occasion d’un concert d’un orchestre militaire sur fond d’images d’une attaque nucléaire contre la ville de San Francisco. Sous les applaudissements du public…C’est en tout cas ce qui ressort d’une vidéo mise en ligne par le journal San Francisco Chronicle.

Quand Washington perd le Nord en Corée

L’administration Trump est-elle en train de découvrir l’(Extrême) Orient compliqué ? Le nouveau président américain pensait peut-être qu’après un entretien téléphonique avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, l’annonce tonitruante du retrait du Traité transpacifique (TPP), une poignée de main ferme (et douloureuse) au Premier ministre japonais Abe Shinzo et une chanson traditionnelle chinoise interprétée par sa petite-fille devant un Xi Jinping visiblement peu impressionné, un discours musclé face à la Corée du Nord suffirait à faire de lui un dirigeant fort et résolument engagé en Asie-Pacifique. Mais la diplomatie asiatique est un jeu subtil et difficile, les déconvenues américaines s’y sont multipliées ces dernières années, et l’administration Trump ne semble pas bien armée pour faire face à la complexité des dossiers.

Nous assistons pourtant depuis quelques semaines à une hausse des tensions entre Washington et Pyongyang, sur fond de rhétorique très agressive, et de visites à répétition de hauts responsables américains en Corée du Sud. D’abord le secrétaire à la Défense James Mattis, puis le Secrétaire d’État Rex Tillerson, et enfin le vice-président Mike Pence, Donald Trump n’ayant pour sa part pas encore effectué de visite à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir. A chaque fois, le ton est monté d’un cran. « L’ère de la patience stratégique est révolue », a ainsi annoncé depuis Séoul Mike Pence, comme pour signifier que la politique nord-coréenne de Washington va devoir changer. Mais que révèle ce soudain intérêt pour le dossier nord-coréen, sinon d’importantes carences dans l’appareil décisionnel de la politique étrangère américaine ?

Une inquiétante et coupable méconnaissance du dossier coréen

La Corée du Nord est le plus ancien ennemi des États-Unis encore debout. Bien avant que Castro ne prenne le pouvoir à La Havane, que l’Iran n’expérimente sa révolution islamique, que Saddam Hussein ne montre des crocs, ou que l’état-major américain découvre l’Afghanistan sur une carte du monde, la dynastie des Kim contrôlait déjà la moitié nord de la péninsule coréenne, avec un anti-américanisme à la mesure de ce régime totalitaire, et une guerre d’une rare violence entre 1950 et 1953. En clair, les membres de l’administration Trump ont toujours connu la Corée du Nord comme l’un des principaux ennemis des États-Unis, sorte de résilience de la Guerre froide, de résidu d’un monde que certains crurent révolu après la disparition de l’Union soviétique. Autant dire qu’il s’agit là d’un dossier connu, et pour lequel de multiples stratégies ont été envisagées, avec les résultats médiocres que l’on sait, et que la survie du régime de Pyongyang ne fait que rappeler à ceux qui l’oublieraient. Pourtant, la gestion du dossier nord-coréen par l’administration Trump met en relief une étonnante méconnaissance de la réalité de la péninsule. A moins que ce ne soit une « tactique », visant à modifier les rapports de force en jetant un pavé dans la mare. On peut en douter, tant il y a peu de suivi au-delà des déclarations.

Dans ces conditions, pourquoi cet intérêt soudain pour la dynastie des Kim ? Qui est le personnage qui a eu l’idée soudaine de hausser le ton face à Pyongyang ? Quel est ce Docteur Folamour au sein d’une administration qui ne semble pas très experte des questions asiatiques ? Parmi les conseillers au National Security Council (NSC) supposés apporter leur expertise sur le dossier nord-coréen et placés sous la direction du général McMaster, se trouve le général Joseph Dunford, surtout connu pour avoir servi en Afghanistan ; l’ancien sénateur d’Indiana Dan Coats qui n’a aucun antécédent sur l’Asie ; Christopher Ford, assistant-spécial sur les questions de non-prolifération nucléaire, qui a publié quelques travaux sur la Chine (mais pas sur la Corée) ; Matthew Pottinger, assistant-spécial sur l’Asie, ancien journaliste couvrant la Chine et Marine ayant servi en Afghanistan ; ou Victoria Coates, assistante-spéciale sur les questions stratégiques, ancienne consultante et conseillère de campagne de Ted Cruz. Parmi les autres membres du NSC légèrement plus expérimentés, mentionnons Kathleen McFarland (qui va devenir ambassadrice à Singapour) ou Dina Powell (plus connue pour ses antécédents économiques chez Goldman Sachs). Si on ajoute à cette liste les secrétaires (ministres) qui participent aux réunions du NSC, Mattis, Tillerson, et le Secrétaire à l’Énergie Rick Perry, en plus de Mike Pence et du clan Trump, force est de constater qu’il ne se dégage dans l’entourage du président américain pas un expert pointu de la Corée du Nord, ni même d’ailleurs des questions de prolifération et de contrôle des armements. C’est peut-être justement là le problème : après avoir essayé la fermeté sous l’administration Bush, puis le dialogue sous l’administration Obama, mais à chaque fois en imaginant des scénarii et en cherchant à percer les mystères de la Corée du Nord, la Maison-Blanche se risque au jeu du hasard. Si une telle approche des relations internationales peut, au détour d’un coup du sort, fonctionner dans certains cas, elle est très déplacée face à un adversaire qui a fait la démonstration de ses capacités de négociation et de chantage. Mais gageons que l’administration Trump va très vite faire l’apprentissage de ce qu’est l’énigme nord-coréenne. Mieux vaudrait en tout cas.

Les États-Unis déterminés, mais à quoi ?

« Toutes les options sont sur la table », « une action militaire n’est pas exclue », « le régime nord-coréen est sous étroite surveillance »… A plusieurs reprises au cours des dernières semaines, les responsables américains ont claironné leur détermination face à la Corée du Nord. Certes, la détermination est une vertu, à condition toutefois de savoir pourquoi elle est invoquée, ce qui n’est pas le cas ici. Ainsi, à quoi sont donc déterminés les membres de l’administration Trump ? A empêcher que la Corée du Nord ne se dote de l’arme nucléaire, alors que ce pays a procédé à cinq essais depuis 2006, narguant ainsi deux administrations américaines successives ? A éviter une guerre, alors que celle-ci n’est pas plus imminente aujourd’hui qu’hier, et que personne ne semble la souhaiter ? A renverser le régime, perpétuant ainsi les prophéties d’un autre âge des « experts » de la Corée du Nord à Washington qui, depuis 1991, nous en annoncent l’effondrement imminent et ne craignent pas le ridicule en revenant systématiquement à la charge ? Ou alors à éviter que Pyongyang ne se serve de son chantage nucléaire pour marchander sa survie, ce que le régime parvient à faire depuis plus de vingt ans (les accords de la KEDO remontent à 1994) ? Il y a lieu de s’interroger.

Dans tous les cas, il semble y avoir un grand écart entre la détermination et la capacité à la confirmer par des actes. Et cet écart traduit la difficulté de plus en plus grande qu’éprouvent les États-Unis à imposer leurs objectifs stratégiques dans le monde, et tout particulièrement en Asie. Les rapports de force ont évolué, et si Washington était il y a deux décennies au centre de toutes les attentions, et donc du règlement de tous les nœuds politico-stratégiques, l’émergence de la Chine s’est traduite par un retrait progressif. De quels leviers dispose ainsi désormais l’administration Trump face à la Corée du Nord ? Le régime des sanctions est un échec, la recherche du dialogue n’a jamais fonctionné, et l’option multilatérale est désormais (depuis 2003) entre les mains de Pékin. Dans ce contexte, peut-être faut-il dès lors entendre cette détermination comme une volonté farouche de vouloir rester présent sur un dossier qui échappe de plus en plus à Washington. Et l’histoire des relations internationales nous enseigne que quand une puissance sur le déclin, relatif mais réel, cherche à préserver ses acquis et réaffirmer son leadership, elle devient potentiellement déstabilisante. C’est le scénario auquel nous assistons actuellement.

A la recherche d’interlocuteurs légitimes

L’équipe Trump a désormais bien compris que la Corée du Sud est un allié. C’est déjà un premier pas, quand on se souvient que le candidat Trump considérait la possibilité de se désengager militairement de la péninsule (ce que les États-Unis firent une fois, en 1949, avec les conséquences qu’on connaît). Mais les conseillers du président américain ont sans doute oublié de mentionner que ce pays est confronté à une très grave crise politique, qui s’est soldée le mois dernier par la confirmation de la destitution de la présidente Park Geun-hye, qui est même désormais incarcérée en l’attente de son jugement pour corruption et confits d’intérêts. Il serait plus avisé pour James Mattis, Rex Tillerson et Mike Pence – et donc pour l’administration qu’ils représentent – d’attendre que l’élection présidentielle sud-coréenne livre son verdict que de s’afficher avec le président sud-coréen par intérim (ancien Premier ministre de Park et très hostile à la Corée du Nord) Hwang Kyo-ahn, qui n’a aucune crédibilité aux yeux de l’opinion publique sud-coréenne, et dont il convient de rappeler qu’il n’est pas élu. Et pourtant, c’est bien Hwang que les trois hommes ont rencontré successivement, comme pour lui afficher un soutien sans faille. Les Sud-Coréens vont désigner un nouveau président de la République en mai, et tourner définitivement la page de la présidence désastreuse de Park Geun-hye. D’ailleurs, le grand favori de cette élection est Moon Jae-in, candidat malheureux en 2012. Il souhaite renouer le dialogue avec Pyongyang mais aussi repenser la pertinence des missiles THAAD, que Madame Park avait choisi de déployer. Sur ces deux points, il semble peu en phase avec la ligne de l’administration Trump.

De quoi donc s’interroger sur la finalité des pressions américaines dans la péninsule, moins tournées vers Pyongyang que vers Séoul, et accessoirement vers Pékin, comme une doléance à prendre des initiatives. Si ces pressions sont assez logiques, voire légitimes, à l’égard de la Chine, elles ont de quoi surprendre dès lors qu’elles ciblent un allié historique des États-Unis. Conséquence, les manœuvres américaines ont tout pour inquiéter les Sud-Coréens, sans doute plus encore que les gesticulations de Pyongyang dont ils sont de toute façon familiers depuis que la péninsule est coupée en deux, et avec lesquelles ils ont depuis longtemps appris à vivre. Si l’administration Trump cherche des interlocuteurs légitimes et des alliés solides, elle devrait peut-être revoir sa copie dans les signaux qu’elle envoie actuellement à Séoul.

Un commandant en chef des forces armées privé de forces

Reste le problème lié aux moyens. Et une question qui blesse : mais où est donc passé l’USS Carl Vinson, ce porte-avion annoncé avec force par le président américain, et accessoirement commandant en chef des forces armées, comme faisant route vers la péninsule coréenne pour mettre la pression sur Pyongyang ? Aux dernières nouvelles, le bâtiment et la flottille l’accompagnant ont été aperçus dans le détroit de la Sonde, entre Java et Sumatra, en route vers l’Océan indien, à environ 6 000 km au sud des côtes coréennes. Erreur de navigation, tentative de prendre la Corée du Nord par derrière (…) ? Non, tout simplement un ordre de mission respecté à la lettre, avec pour destination l’est de l’Océan Indien où il doit participer à des manœuvres navales avec la marine australienne. Il aurait depuis fait demi-tour, direction la Corée…

De deux choses l’une : soit Donald Trump bluffait quand il affirmait que le bâtiment se dirigeait vers la Corée, auquel cas il devrait s’assurer d’avoir de meilleures cartes dans son jeu avant de faire une annonce aussi risquée ; soit il ne savait pas de quoi il parlait. On ose à peine croire à cette seconde hypothèse, et pourtant. La rumeur enfle à Washington : les officiels du Pentagone n’ont pas osé signaler à leur président que l’USS Carl Vinson ne se dirigeait pas vers la Corée. Pour ne pas le contrarier ? Ou alors en se disant que l’affaire passerait inaperçue ? Le commandant en chef des forces armées ne serait ainsi pas informé de l’état et de la disponibilité des forces sur lesquelles il entend s’appuyer pour rendre sa politique étrangère et de défense crédible ? Voilà qui est, au-delà de l’amateurisme dans la gestion de cette nouvelle crise nord-coréenne, extrêmement inquiétant.

Cent jours après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le constat est sans appel et soulève nécessairement de vives inquiétudes. Rarement la politique étrangère des États-Unis fut à ce point hésitante. Rarement la politique asiatique de Washington fut aussi peu pensée et coordonnée. Et jamais sans doute la politique coréenne d’une administration américaine ne fut à ce point marquée par un tel niveau d’incompétence, élevé au rang de doctrine. Il parait que le ridicule ne tue pas. Mais il peut en revanche être très blessant et laisser de profondes cicatrices, et c’est exactement ce que les hésitations coréennes de l’administration Trump risquent de provoquer.

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences à l’Université Catholique de Lille, Directeur de recherche à l’IRIS où il est responsable du pôle Asie-Pacifique, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les enjeux sécuritaires et les questions politiques en Asie orientale. Son dernier livre, Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima, est paru chez Lemieux éditeur.

Photo: Le vice-président américain Mike Pence en visite au village de Panmunjon dans la zone démilitarisée (DMZ) à la frontière de la Corée du Sud avec le Nord le 17 avril 2017. (Crédits : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)

 

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