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Archives de Tag: l’éclatement

A quand l’éclatement de la prochaine bulle mondiale et de la zone euro ?

La zone euro sur la sellette

Bridgewater, le plus gros hedge fund (fonds d’investissement — gère 160 Mds $ d’actifs) du monde a misé 22 Md $ contre la zone euro : les positions à la baisse (« vendeuses  ») du fonds prouvent qu’il parie contre de nombreuses entreprises européennes (Airbus), allemandes (Siemens, Deutsche Bank) françaises (Total, BNP Paribas) et italiennes (Intesa Sanpaolo, Enel et Eni), entre autres. La société n’est pas connue pour s’attaquer à des entreprises en particulier, mais plutôt pour parier sur la santé de l’économie en général.

Depuis 2011, 4 000 Mds € ont été injectés dans la zone euro (c’est-à-dire au sein des banques commerciales) par la Banque Centrale Européenne (BCE), ce qui représente plus d’un tiers du PIB de la zone. La majorité de cette monnaie se situe principalement en Allemagne et au Luxembourg, pays qui, vous en conviendrez, ne sont pas les plus en difficulté de la zone. Plus grave, une grande partie de ces liquidités n’ont pas financé l’économie réelle par le biais du crédit aux particuliers et aux entreprises. À la place, les banques commerciales ont épargné 2 000 Mds € de cet argent frais sur leur compte à la BCE jusqu’à fin 2017 (contre 300 Mds € début 2011) pour « respecter leur ratio de liquidité » (avoir suffisamment de dépôt en cas de crise de monnaie liquide). Comme aux États-Unis, l’assouplissement quantitatif a permis à la banque centrale de renflouer les banques privées en rachetant leurs créances. Autrement dit, les dettes du secteur privé sont payées par le contribuable sans aucun retour sur investissement. Parallèlement, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a lancé un appel en faveur de moins de régulation et plus de fusions-acquisitions bancaires dans l’UE, en prenant pour modèle… le secteur bancaire US.

La BCE prévient aussi que la zone euro risque carrément d’éclater à la prochaine crise si elle n’est pas renforcée. Autrement dit les États membres doivent d’ici là réformer leur économie, dégager des marges budgétaires et intégrer les marchés et les services à l’échelle de la zone pour mieux absorber les pertes potentielles sans faire appel aux contribuables. Un instrument fiscal comme un budget de la zone euro contrôlé par un ministre des finances européen, comme le défend le président Emmanuel Macron, aiderait également à faire face à un choc économique majeur qui semble inévitable. Autant dire que cela s’avère problématique au vu du peu de consensus sur le sujet et notamment une frilosité allemande. La Banque centrale européenne a émis l’idée fin 2017, prévue de longue date par les économistes sérieux, d’abolir la limite de 100 000 € garantis en cas d’opération de sauvetage ou de faillite bancaire (Faits & Document n° 443, 15/11/17–15/12/17 p.8 et 9).

La Bundesbank juge également que l’économie allemande est plus fragile qu’il n’y parait, avec des prix immobiliers survalorisés de 15 % à 30 % et des banques parmi les moins rentables du continent avec un rendement des actifs parmi les plus bas et un ratio coût/bénéfice parmi les plus élevés de la zone euro (74,9 %). En lien, le rapport confidentiel gouvernemental allemand Prospective stratégique 2040 a été révélé par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel  : le Ministère fédéral allemand de la Défense a officiellement entériné la possibilité d’un effondrement de l’UE.

Fin 2017, le solde Target 2 de l’Allemagne a dépassé les +900 Mds €, un record depuis la création de l’euro. Ce terme de Target 2 traduit, entre autres, l’état des balances des paiements courants intra-zone euro, et donc dans notre cas, le solde de la balance de l’Allemagne sur les autres pays membres. Si la France est presque à l’équilibre, le solde négatif de l’Italie avoisine les -450 Mds € et celui de l’Espagne les -400 Mds €. La classe politico-financière germanique est très inquiète des capacités du bilan de la Bundesbank à absorber les créances (douteuses) des autres banques centrales des pays du sud de l’Europe.

Le parti politique Union Populaire Républicaine a traduit un article du journal allemand Die Welt (15/03/18) traitant d’une récente conférence à Berlin, réunissant plusieurs économistes allemands célèbres. Le thème de la conférence annonce la couleur : « L’euro peut-il vraiment survivre et, sinon, que va-t-il se passer ? ». C’est la viabilité de la monnaie unique et l’asymétrie des soldes Targets qui y ont été questionnées. M. Fuest, n°1 du prestigieux institut d’études économiques Institut für Wirtschaftsforschung (IFO), y a plaidé pour l’introduction d’une clause de sortie de la monnaie euro. Hans-Werner Sinn, ancien patron de l’IFO a y notamment déclaré : « Je ne sais pas si l’euro va tenir dans la durée, mais son système de fonctionnement est condamné. »

Les conséquences inéluctables de l’économie financiarisée

C’est la seconde fois en un siècle que l’indice de Shiller (qui analyse les probabilités de bulles financières) dépasse son record : la dernière fois qu’un tel niveau d’euphorie boursière avait été atteint, c’était juste avant le krach de 1929, soit la plus grande crise économique du XXe siècle. Des points communs avec l’avant-crise de 2008 sont également à signaler. La Banque des règlements internationaux (« la banque centrale des banques centrales »), la Banque d’Angleterre et le célèbre gestionnaire de fonds Neil Woodford relèvent des signaux économiques inquiétants dans le monde : surchauffe des marchés financiers, dette des consommateurs et des devises et actifs financiers surévalués. Tandis qu’une énième étude prouve que les inégalités socio-économiques et la concentration des capitaux se sont accrues dans le monde entier ou presque depuis plus de 30 ans, selon un rapport du World Wealth and Income Database (travail collectif de plus d’une centaine de chercheurs).

Suite à la chute récente et vertigineuse du dollar (une baisse comme on n’en avait pas constaté depuis 2003), les banquiers centraux auront besoin de désigner un responsable pour se dédouaner en cas d’éclatement de bulle, qui serait concevable à court terme. Certains analystes postulent même que la Réserve fédérale des États- Unis a désormais son excuse pour augmenter ses taux d’intérêt rapidement maintenant que le dollar chute, pour que cette bulle explose rapidement sous l’administration Trump. En 2018, le cours du dollar a perdu 4 % de sa valeur par rapport aux six principales devises mondiales et la tendance continue. Le FMI avait d’ailleurs assuré au dernier Forum économique mondiale (ou forum de Davos), que la prochaine crise frappera plus fort et plus tôt que prévu. De même que l’augmentation importante de la cotation de l’or ne laisse présager rien de bon pour l’économie internationale.

Patrick Artus, économiste directeur de la recherche et des études de Natixis, montre dans une récente étude que les économies développées de l’OCDE sont entrées dans la dynamique finale décrite par Karl Marx. La baisse du rendement du capital s’accroît (les investissements rapportent de moins en moins) et les baisses de salaires pour compenser le phénomène commencent à s’essouffler. Les opérations spéculatives (rachat d’actions, spéculations immobilière et financière, achats d’actifs risqués, bitcoins, etc.) explosent, car la productivité réelle ne suffit plus. Les prochaines étapes se résumeront donc en une hausse des inégalités de revenu et une énorme crise financière, selon Artus et Marx.

Franck Pengam, Avril 2018.

www.geopolitique-profonde.com

Source : Agoravox

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Publié par le 20 avril 2018 dans économie, général, International

 

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Etes-vous prêts à assister à l’éclatement de la plus grosse bulle de l’histoire ?

King World News - Are You Prepared For The Unwinding Of The Biggest Bubble In History?

Alors que la fête de Thanksgiving vient d’avoir lieu la semaine dernière, êtes-vous prêts à assister à l’éclatement de la plus grosse bulle de l’histoire ?

Voici l’extrait de la dernière publication de Peter Boockvar alors que le monde attend le prochain cycle de folie monétaire: Je souhaite entamer la semaine en vous disant que cette histoire de stagnation économique, c’est de la connerie ! En tant que partisan du libre échange et des avantages liés à la concurrence et aussi en espérant qu’il n’y ait pas de conflits à ce sujet pendant les 4 prochaines années, je tiens à réitérer mon optimisme sur le potentiel libérateur de l’économie américaine via des taux d’imposition sur les sociétés plus faibles et donc plus compétitifs ainsi que sur un desserrement de la camisole réglementaire sur l’économie.

Cela dit, avant que cela n’aille mieux économiquement (ce dont je ne doute pas) Je ne peux pas m’empêcher d’émettre une alerte sur ce que provoquera l’éclatement de la plus grosse bulle jamais créée, celle du crédit dont la responsabilité incombe aux banquiers centraux…

Rappelez-vous, au cours du mois d’Octobre 2016, le FMI avait mesuré l’ampleur de cette énorme bulle de crédit et expliqué que la dette mondiale avait atteint 152.000 milliards de dollars en 2015, ce qui représente 225% du PIB mondial (voir le graphique ci-dessous), UN RECORD ! Le FMI avait expliqué que « le secteur privé représentait les 2/3 du montant total de la dette mondiale. » Voilà dans quel contexte nous évoluons actuellement si on entrait dans un cycle de hausse des taux d’intérêt. Malgré l’avertissement lancé à juste titre par le FMI sur la forte augmentation de cette dette mondiale, « personne n’est d’accord pour savoir si cette situation est excessive ou non »

La dette mondiale vient d’atteindre un niveau record

global-debtSelon la Securities Industry and Financial Markets Association (SIFMA), le marché obligataire de la dette souveraine américaine qui sera lourdement impacté par la hausse des taux, totalisait 40.7T dollars à la fin du 2nd trimestre (un ratio similaire au PIB comme le rapport mondial). Cette dette est constituée de treasuries, d’obligations municipales, de créances hypothécaires, d’obligations d’entreprises, de titres émis par des organismes publics, d’instruments sur le marché monétaire, et adossements à des actifs.

Des taux plus élevés impacteront des marchés clés

Des taux plus élevés influenceront immédiatement les consommateurs et impacteront inévitablement certains marchés comme ceux de l’automobile et de l’immobilier (ce sera néfaste sur le coût de financement d’une maison, mais positif pour les primo accédants qui espèrent voir des taux élevés de 5% ou + et assister à une baisse du prix des habitations ce qui leur permettra de réaliser un gain à l’achat)

Baverez: « Une forte remontée des taux est exclue sinon tout le monde explosera financièrement ! »

Tenez-vous prêts à une hausse des taux d’intérêt, à une récession majeure et à un effondrement des marchés

Les bénéfices des entreprises seront facilités par une croissance plus rapide des revenus dans les prochaines années, du fait d’une baisse des taux d’imposition et de règlements allégés, mais l’abaissement de la charge des intérêts, en ralentissant l’endettement des entreprises par des rachats d’actions, des allègements multiples et l’impact négatif du coût plus élevé du capital à la fois pour les entreprises et les individus créera un déséquilibre.

En synthèse

En synthèse, les banques centrales ont maintenu cette bulle sous la surface pendant près de 10 ans mais elle a fini par remonter. En particulier, l’augmentation progressive des taux qu’avait déclaré mettre en place à plusieurs reprises la FED et de façon progressive, n’est bien entendu pas ce à quoi nous avons assisté sur les marchés.

Egon Von Greyerz: « Tout ceci va ébranler le monde et mettre les pays à genoux »

Egon Von Greyerz: « La prochaine catastrophe financière mondiale sera dévastatrice »

Dans un monde où les niveaux d’endettement sont sans précédent, il serait naïf de ne pas se soucier du marché obligataire dont le cycle haussier de 35 années touche à sa fin, et ce indépendamment des aspects positifs économiques qu’apportera la présidence de Donald Trump.

Source: kingworldnews – Via BB

 
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Publié par le 28 novembre 2016 dans économie, général, International

 

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Alan Greenspan nous met en garde contre l’éclatement de la bulle sur le dollar

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Le mois dernier, il a été révélé que l’ancien gouverneur de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, grand architecte des politiques monétaires employées par quatre présidents américains, anticipe un évènement de marché significatif en conséquence des trillions de dollars qui ont été injectés dans l’économie au cours de ces dernières années. Selon Greenspan, un évènement important est sur le point de se produire.

Ses commentaires ont été partagés par le célèbre analyste des ressources, BrienLundin, qui a pu discuter en privé avec Greenspan à l’occasion de la Conférence sur l’investissement de l’an dernier à la Nouvelle-Orléans. Dans son plus récent entretien, Lundin a mentionné l’opinion que se fait Greenspan des politiques économiques et monétaires actuelles, et lève le voile sur la suggestion de l’ancien gouverneur de la Fed selon laquelle un évènement important devrait bientôt se produire.

Greenspan a soulevé certains points importants. Il se dit inquiet de l’inflation. Il est particulièrement préoccupé par les réserves existantes, qui représentent à l’heure actuelle aux alentours de trois trillions de dollars sur les bilans de la Fed. Tout cet argent est suspendu au-dessus de l’économie américaine tel un ballon d’eau de liquidité qui n’attend plus rien qu’une aiguille qui vienne le faire éclater.

Greenspan y a fait référence comme à une poudrière d’inflation qui n’attend plus rien qu’une étincelle.

Regardez l’entretien ici :


(Lien vers la vidéo Youtube)

Selon Greenspan, d’ici cinq ans, le prix de l’or sera beaucoup plus élevé que ce qu’il est aujourd’hui, en raison des excès de liquidités qui finiront par être injectés sur le marché ouvert. Un tel évènement mènera sans aucun doute à des émeutes aux quatre coins des Etats-Unis à mesure que le public, qui n’est absolument pas préparé à la hausse des prix qui naîtra de l’éclatement de la bulle sur le dollar, n’aura plus accès aux ressources critiques que sont la nourriture, le gaz et autres.

L’effondrement du dollar, une inévitabilité suggérée par Alan Greenspan, devrait changer les règles du jeu pour quadrupler le coût de la vie pour l’Américain moyen.

Les Etats-Unis sont à l’aube de l’un des évènements les plus importants de leur histoire, dans un monde d’instabilité monétaire et économique extrême et de marchés plus élevés que jamais. Plus encore, les secteurs qui ont le plus d’importance – énergie, agriculture, or et sociétés minières productrices de métaux précieux – ont récemment été décimés :

Une majorité des gens qui ont participé à la conférence sur l’investissement semblent partager mon opinion selon laquelle nous rebondissons désormais au fond du gouffre, que les métaux précieux n’ont peut-être pas encore atteint leurs prix les plus bas, mais qu’ils ne pourront pas aller beaucoup plus loin, parce qu’ils sont déjà très proches de leur coût de production. Le risque à la baisse est peut-être de 20%, mais le risque à la hausse pour les sociétés qui disposent de bons projets se situe aux alentours de 300 à 400% une fois que le marché aura redémarré.

Comme l’a expliqué Brien Lundin, compte tenu de la demande des banques centrales et du public, ainsi que des problèmes inhérents au système, le prix de l’or aurait dû grimper, mais s’est effondré. C’est bien évidemment une bonne nouvelle pour les investisseurs et ceux qui cherchent à se protéger face à l’effondrement à venir. La réalité de la situation est que nous sommes en difficulté, et qu’Alan Greenspan, qui est peut-être l’insider le mieux renseigné de la planète, ne pense pas que nous puissions retourner en arrière :

Greenspan semble penser inévitable que la libération de ces réserves génère une inflation importante. La Fed espère qu’elle pourra s’en sortir en un seul morceau. Un environnement de taux d’intérêts normalisés, qui est ce que la Fed dit rechercher sur le plus long terme, est fiscalement hors de la portée des Etats-Unis à l’heure actuelle.

C’est un fait très répandu parmi les cercles de la Fed, et ceux qui le savent prennent actuellement position sur les actifs physiques pour se parer à ce qui deviendra vite l’effondrement du dollar et du mode de vie américain.

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Publié par le 20 avril 2015 dans général, International

 

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Jacques Sapir : Vers l’éclatement de l’Ukraine ?

Kiev

L’Ukraine est en faillite, on a tendance à trop l’oublier … et ça peut exploser n’importe quand . Z .

Les événements de ces derniers jours à Kiev montrent que les tendances à la désintégration du pays se renforcent. Ces tendances étaient en réalité présentes dès la constitution d’un Ukraine indépendante. On pouvait le constater à la fois d’un point de vue économique, mais aussi culturel et religieux.

L’idée d’une Ukraine polarisée entre attirance pour l’Ouest et attirance pour la Russie constituait en réalité une très dangereuse simplification. L’Ukraine était bien plus diverse, et le problème posé en 1991 était de savoir comment gérer ces tendances à l’éclatement. Elles avaient été contenues pendant près de vingt ans par les compromis pragmatiques entre les hommes politiques, mais aussi entre l’Ukraine et la Russie, compromis dont une bonne partie était resté implicite. Ce que nous voyons sous nos yeux est l‘effondrement de ces compromis qui réactive de manière brutale ces tendances.L’Ukraine soumise à la guerre des oligarques

L’influence des oligarques sur le pouvoir de Kiev a toujours été très importante. Il y a peu de partis politiques constitués sur des bases correspondant à des choix, ou des options, politiques. Le plus souvent ces partis ne sont que l’expression, plus ou moins déguisées, des appétits de l’oligarque qui les finance. Dans ce contexte, le désordre institutionnel issu des événements de février 2014 a renforcé l’influence de ces oligarques. Ces derniers, unis dans leur opposition à l’ancien Président, M. Ianoukovitch, se sont répartis le pays et se déchirent à belles dents depuis un an. Il faut ainsi citer Rinat Akhmetov, dont la fortune était concentrée dans la sidérurgie, l’actuel Président, Porochenko, dont la fortune venait de l’agro-alimentaire, Dmitro Firtash (actuellement en état d’arrestation à Vienne sur une affaire de corruption) et M. Igor Kolomoïski. C’est Dmitro Firtash qui, depuis son domicile à Vienne, et alors qu’il était assigné à résidence et sous la menace d’une extradition aux Etats-Unis, a réuni ces oligarques et les a convaincu d’agir contre M. Ianoukovitch, lui-même un autre oligarque, mais le Président régulièrement élu du pays.

Ce « complot des oligarques » a joué un rôle important, à la fois parce qu’il a permis de faire dévier le mouvement de Maïdan qui, au départ, était anti-oligarchique et anti-corruption et représentait une révolte légitime d’une partie de la population, mais aussi parce qu’il a joué un rôle important dans la séquence des événements qui ont poussé le Président Ianoukovitch à fuir Kiev. Cette alliance n’a nullement mis fin aux oppositions féroces qui traversent les milieux oligarchiques. En un sens, ces dernières ont été aiguisées par la brutale contraction que l’économie connaît. Dans un pays où le PIB s’est contracté de —7% en 2014, où la partie la plus productive de l’industrie, celle qui se trouve à l’Est du pays, est à l’arrêt, et qui en proie à une inflation brutale, un pays où les paiements sont au mieux incertains, seul le contrôle sur des rentes, ou des revenus fournis par l’étranger (l’aide économique), est en mesure de satisfaire leurs appétits. Cela renforce les antagonismes anciens, un instant masqués par une commune opposition à Ianoukovitch.Cette opposition a pris un tour particulièrement spectaculaire avec l’éviction de M. Igor Kolomoïski mardi 24 mars au soir du poste de gouverneur de la région de Dniepropetrovsk. Mais l’enjeu de ce conflit a bien au-delà d’une simple révocation. Ce qui s’est joué entre le 22 et le 24 mars, avec la montée de la tension déjà perceptible depuis plusieurs semaines entre M. Porochenko et M. Kolomoïski n’est pas seulement un nouvel épisode de cette « guerre des oligarques ». La personnalité de M. Kolomoïski dépasse en effet le seul domaine économique. Les positions politiques qu’il a prises depuis un an en font en effet un homme clef du pouvoir à Kiev.

Qui est Igor Kolomoïski?

M. Kolomoïski était jusqu’au 23 mars le gouverneur de la région de Dniepropetrovsk et, à tous les égards, un des grands barons de cette Ukraine semi-féodale qui a émergé depuis les événements de la place Maïdan. Le Président Porochenko a donc décidé de limiter le pouvoir économique de son rival, et il a voulu reprendre le contrôle sur certaines des compagnies de son rival. Mais, ce faisant, il s’est attaqué à un homme puissant, qui contrôle une partie du pays, et qui est riche.

Igor Kolomoïski possède autant de biens que de passeports. Il a de multiples nationalités (chypriote, israélienne) et il était jusqu’à ces derniers jours résident suisse sans avoir renoncé à sa nationalité ukrainienne. Mais il détient aussi PrivatBank, la première banque d’Ukraine, et la chaîne de télévision 1+1. Il possède aussi 43% des parts de la compagnie nationale de pétrole et de gaz UkrNafta et de sa filiale UkrTransNafta, qui gère plusieurs oléoducs. Dans les faits, il contrôle une large part de la circulation des carburants en Ukraine.Sa position stratégique s’est affirmée depuis le début de la crise. Il est l’un de ceux qui financent le groupe « Secteur Droit », et sa responsabilité que ce soit dans le massacre à Odessa, ou plus de 40 opposants au pouvoir de fait issu des événements de février furent brûlés vifs, ou dans des attaques contre de nombreux opposants, est clairement engagée. Il a consacré une partie de sa fortune, évaluée entre deux et trois milliards de dollars, à la mise sur pied de bataillons de volontaires. Aujourd’hui, ce sont 10 bataillons de la Garde Nationale qui sont directement financés par Igor Kolomoïski. Ces bataillons sont largement présents dans le sud de l’Ukraine, autour de Marioupol. Le mécène a donc endossé un rôle politique en devenant gouverneur de Dniepropetrovsk, une province stratégique car voisine de celle de Donetsk.

Ces bataillons constituent cependant une « armée privée », dont même la logistique ainsi que l’armement échappent au contrôle réel de l’armée régulière. On peut comprendre que le Président nouvellement élu, M. Porochenko, en ait pris ombrage et ait cherché à réduire le pouvoir de M. Kolomoïski. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre les événements qui se sont produits ces derniers jours. Ils s’apparentent au scénario du roi cherchant à réduire le pouvoir d’un grand féodal. L’histoire de France est remplie du tumulte et de l’écho de ces conflits. Qu’ils se produisent aujourd’hui en Ukraine est un indicateur indiscutable du fait que ce pays n’est pas encore un Etat au sens moderne du terme.
Au-delà du conflit d’intérêt, et n’oublions pas que Porochenko est lui aussi un oligarque, et ne serait pas opposé à récupérer certains des actifs de son rival, le problème essentiel est celui de l’intégration des bataillons de la Garde Nationale dans l’armée régulière ukrainienne. Or, les commandants de ces bataillons, s’ils déclarent ne pas être opposés à une telle intégration, déclarent qu’il s’agit pour eux d’une intégration en l’état et non d’intégrations individuelles. Ceci est évidemment refusé par le gouvernement de Kiev. A l’heure actuelle, il est clair que, des deux côtés, on cherche à éviter l’irréparable, mais qu’aucun accord de fond n’a été trouvé. Le risque de voir la baronnie de Kolomoïski faire sécession et s’allier à ceux-là même qu’elle combattait férocement hier ne peut donc pas être exclu.

Les évolutions possibles

Les dernières déclarations de Kolomoïski où il se positionne en adversaire direct du Président, en défenseur de « l’esprit de Maïdan » (qui aura beaucoup servi…) face à un gouvernement d’incapables et de corrompus, et s’inquiète de la vague de morts suspects qui touche des anciens responsables du parti de Ianoukovitch, le « parti des Régions », et que le gouvernement actuel à Kiev lui qualifie de suicide, indiquent que l’ex-gouverneur de Dniepropetrovsk se pose en adversaire et en alternative au pouvoir de Kiev.Cette crise est appelée à durer. Elle vient alors que les accords de Minsk sont en partie respectés (le cessez-le-feu, les échanges de prisonniers) mais restent sur le fond lettre morte car le gouvernement de Kiev se refuse toujours à négocier avec les insurgés et ne semble pas prêt à promouvoir une véritable loi de fédéralisation. Cette crise témoigne aussi de ce que l’Ukraine est dans une crise politique et institutionnelle gravissime. L’existence de baronnies autonomes, et susceptibles de devenir indépendantes, ne se limite en effet pas au seul Sud-Est du pays.

En réalité, les dynamiques potentielles qui sont aujourd’hui à l’œuvre en Ukraine peuvent soit conduire à une reprise des affrontements, par exemple si chacun des camps en présence se décide à jouer de la surenchère nationaliste, soit au contraire ouvrir la voie à la paix si cette crise conduit à prendre au sérieux la question de la fédéralisation du pays. Pour cela, il convient que cette crise débouche effectivement sur un traitement sérieux et ouvert de la question de la fédéralisation.

Le meilleur moyen de mettre fin à la « guerre des oligarques » serait, en effet, d’aborder en pleine transparence et sans tergiverser la question institutionnelle et constitutionnelle en Ukraine. Cette démarche aurait dû être entreprise dès la fuite de M. Ianoukovitch. Cette fuite signifiait que l’ancien « pacte national » qui fondait l’Etat ukrainien n’était plus valide, ou alors il fallait reconnaître à M. Ianoukovitch le fait qu’il était le Président élu. On ne peut tout à la fois dire qu’il y a eu « révolution », ce qui implique suspension de l’ordre constitutionnel et prétendre en même temps que cet ordre constitutionnel continue d’exister.Cela n’implique nullement qu’il ne puisse y avoir de « pacte national » et que l’Ukraine ne puisse survivre, mais cela nécessite qu’il soit reformulé. Il est clair qu’un degré de fédéralisation, ou de confédération, s’imposera pour des raisons culturelles, religieuses et linguistiques. Le refus de reconnaître cette situation a conduit d’une part à la décision des habitants de la Crimée à se rattacher à la Russie et d’autre part à l’insurrection dans l’Est de l’Ukraine. Il faut ici souligner que la Russie s’est jusqu’à présent toujours refusée de reconnaître les républiques de Donetsk et de Lougansk. Il convient donc de reprendre aujourd’hui ce dossier. Il y a urgence. Faute de le faire, et de le faire vite et sans arrière-pensées, seule la guerre, et à terme le démantèlement de l’Ukraine, resteraient des options.

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur

 


B. Jarabik, « Ukraine, the kingdom of the oligarchs », Carnegie foundation

Parmi les personnes « suicidées » depuis la fin janvier 2015 on relève:
1. Le 26 Janvier 2015 se suicide Nikolai Sergienko, 57 ans, l’ex-chef adjoint des « Chemins de fer ukrainiens », il s’est tiré une balle avec un fusil de chasse.
2. Le 29 Janvier à son domicile on trouve le corps de Alex Kolesnik, ancien président de l’administration régionale de Kharkov.
3. Le 25 février est retrouvé pendu le maire de Melitopol, Sergei Walter, 57 ans.
4. Le 26 février est retrouvé dans son garage le cops de l’adjoint-chef de la police de Melitopol, Alexander Bordyuga, 47 ans.
5. Le 28 février, l’ancien vice-président du Parti des régions Mikhaïl Chechetov « saute » par la fenêtre de son appartement.
6. Le 10 mars 10 se suicide l’ex-député des Parti des Régions » Stanislav Miller.
7. Le 12 mars se suicide l’ancien président de l’administration régionale de Zaporojie, Oleksandr Pekluchenko.

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Publié par le 2 avril 2015 dans général, International, Politique

 

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