La devise digitale vole de records en records. De nombreux observateurs mettent en garde contre le risque de bulle.

Une bulle ne se reconnaît qu’au moment où elle éclate, dit-on. Avec le bitcoin, les observateurs en sont pourtant convaincus  : la cryptomonnaie est  un actif purement spéculatif .  Sa hausse ne correspond à aucune donnée fondamentale de marché, et les cours se dirigent tout droit vers une correction massive. Certains n’hésitent pas à y voir la plus importante bulle de toute l’histoire. Voici trois graphiques pour mettre en perspective  la folie qui s’est emparée du bitcoin et des autres cryptomonnaies.

-1- Le modèle classique d’une bulle

Robert Shiller, prix Nobel d’économie en 2013, est un spécialiste des phénomènes de bulle. Il a notamment écrit un livre sur « l’Exubérance irrationnelle » des marchés, en référence  au commentaire du patron de la Fed Alan Greenspan en 1997 . Dans son livre, publié quelques mois avant la bulle Internet, l’économiste estimait que les marchés actions étaient surévalués.

 

En 2005, Robert Shiller publie une nouvelle édition pour y inclure le marché immobilier qu’il juge également à des niveaux trop élevés. Dès 2007, les premiers signes de craquement apparaissent avant la grande crise financière en 2008. Aujourd’hui, Shiller s’intéresse de près aux cryptomonnaies.

Dans un entretien au site Quartz, l’économiste juge que le meilleur exemple du moment de bulle est le bitcoin. Il insiste sur le « storytelling » de la devise. Une création par un mystérieux Satoshi Nakamoto, un fonctionnement hors de toute banque centrale, l’impossibilité des gouvernements de réguler… bref, une devise qui  colle parfaitement à l’air du temps post-crise financière .

Les phases classiques d\'une bulle. - Wikimedia
Les phases classiques d’une bulle. – Wikimedia

C’est justement dans le sillage de la crise financière que l’économiste Jean-Paul Rodrigue a élaboré le graphique ci-dessus détaillant les phases d’une bulle, de sa formation à son éclatement. En le comparant au cours du bitcoin, la devise apparaît comme un exemple caricatural de bulle en formation. Après un décollage en 2013, il a connu une première correction en 2014. C’est avec une attention médiatique grandissante accompagnée de  celle des particuliers que le bitcoin a commencé à grimper en flèche depuis 2017.

Le cours du Bitcoin en dollars. - Coindesk
Le cours du Bitcoin en dollars. – Coindesk

-2- La bulle la plus rapide de l’histoire

Un autre graphique a beaucoup circulé dans la communauté des cryptomonnaies. Il compare l’évolution du cours du bitcoin avec celle d’autres indices qui ont formé une bulle. Cela a soulevé de nombreux débats – comme ici – sur le nombre d’années à retenir pour le bitcoin, ou l’échelle à utiliser – logarithmique ou non.

Charles Schwab
Charles Schwab

Au-delà de ces débats, en observant les bulles précédentes , celle de l’immobilier ou de  la bulle Internet , on remarque qu’elles ont grossi pendant 10 ans avant d’éclater. Sur ces 10 ans, elles ont gonflé de 1.000 %. Qu’en est-il du bitcoin ? Depuis un creux touché mi-janvier 2015 à 160 dollars, il y a à peine deux ans, il a pris 1.360 % à près de 17.000 dollars. De ce point de vue, le bitcoin serait l’une des bulles les plus rapides de l’histoire.

-3- Si c’est une bulle, est-elle dangereuse pour l’économie mondiale ?

La première chose à avoir en tête, c’est que même si la bulle devait éclater, la devise digitale ne disparaîtrait pas pour autant.  Amazon ou Apple ont tous les deux traversé la bulle Internet. La deuxième chose est de mesurer le poids du bitcoin pour mieux saisir le choc potentiel d’un krach de la devise. En l’occurrence selon le site MarketCoinCap, la capitalisation totale des monnaies cryptographiques s’élève à plus de 400 milliards de dollars. Le bitcoin à lui seul frôle les 260 milliards.

Ces chiffres peuvent paraître énormes, mais dans le monde financier, cela n’a rien d’impressionnant. Sur les marchés des changes, l’équivalent de 5.100 milliards de dollars sont échangés tous les jours. La capitalisation boursière mondiale s’élève à 78.000 milliards de dollars. Au moment de la crise des subprimes, l’endettement des ménages américains approchait les 13.000 milliards.

La capitalisation des cryptomonnaies frise les 420 milliards de dollars. - CoinMarketCap.com
La capitalisation des cryptomonnaies frise les 420 milliards de dollars. – CoinMarketCap.com

En réalité, plus que de la taille, le danger vient surtout des liens entre acteurs via des produits dérivés. Ainsi le petit hedge fund  Long Term Capital Management (LTCM) a-t-il secoué les marchés mondiaux en 1998 lors de sa quasi-faillite. LTCM, qui avait un fort effet de levier, était très connecté aux banques qui sont elles-mêmes interconnectées et financent toute l’économie.

 

Même chose pour  la crise des « subprimes »  : le montant de la dette subprime aux Etats-Unis était relativement petit, mais elle a contaminé tout le marché américain du crédit et l’ensemble de la planète en étant mélangée avec d’autres actifs dans  des produits dérivés complexes via la titrisation .

Pour le moment, peu d’entreprises se financent en bitcoins, et en l’absence de cotation officielle sur des bourses reconnues, il est encore difficile d’élaborer des produits dérivés à base de bitcoins. Mais cela devrait changer dans les prochains temps. En effet, le CME Group s’apprête à  lancer un contrat à terme sur la devise digitale. (source)