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Big Brother : les progrès de la reconnaissance faciale vont-ils nous jeter dans un monde où il n’y aura plus nulle part où se cacher ?

De nombreux experts ont déjà sonné l’alarme en ce qui concerne la reconnaissance faciale. Si elle était à l’origine utilisée pour des questions de sécurité uniquement, elle s’est grandement démocratisée, jusqu’à devenir une technologie prédictive. Des chercheurs affirment d’ailleurs aujourd’hui pouvoir déterminer votre sexualité grâce à elle...

Michal Kosinski et Yilun Wang, de Stanford, ont utilisé un logiciel de reconnaissance faciale entrainé sur 35 326 photos de profil publiques de 14 776 personnes d’une application de rencontre pour identifier avec précision la sexualité des sujets.

Voici les résultats de leurs recherches, résumées par The Economist :

Lorsqu’on lui montrait une photo d’un homme homosexuel puis d’un homme hétérosexuel, tous deux choisis aléatoirement, le modèle était capable de les identifier correctement 81% du temps. Lorsqu’on lui montrait cinq photos de chaque homme, la sexualité était correctement établie 91% du temps. Le modèle est moins performant avec les femmes, distinguant les homosexuelles et hétérosexuelles avec une précision de 71% en analysant une seule photo et 83% avec cinq photos. Dans les deux cas, le niveau de réussite dépasse la capacité humaine à faire cette distinction. En utilisant les mêmes photos, les gens détectent l’homosexualité dans 61% des cas pour les hommes et 54% pour les femmes. Cela coïncide avec de précédentes recherches suggérant que l’homme est capable de déterminer la sexualité avec un simple visage en utilisant autre chose que la chance.

L’intelligence artificielle fait ainsi largement mieux que l’homme, là encore. Et cette fois, il n’y a même pas eu à créer de nouveau logiciel, les technologies existent déjà. Facebook utilise la reconnaissance faciale pour identifier les personnes sur les photos et votre comportement pour déterminer votre sexualité, même si vous ne l’indiquez pas explicitement. Google, quant à lui, n’a qu’à utiliser votre historique de recherche pour le savoir…

Cette technologie pourrait donc facilement être utilisée à de mauvaises fins. En Tchétchénie, par exemple, les homosexuels sont emprisonnés, on les oblige à révéler les noms d’autres homosexuels…

Big Brother : les progrès de la reconnaissance faciale vont-ils nous jeter dans un monde où il n’y aura plus nulle part où se cacher

Les technologies de reconnaissance faciale se développent notamment avec les prochaines générations de Smartphones qui pourront être débloqués grâce à ce moyen d’identification du propriétaire.

Atlantico : Les technologies de reconnaissance faciale se développent notamment avec les prochaines générations de Smartphones qui pourront être débloqués grâce à ce moyen d’identification du propriétaire.Quels sont les avantages et les inconvénients que soulève cette technologie ?

Jean-Paul Pinte : La reconnaissance faciale est une technique d’identification biométrique fondée sur un traitement automatique d’images numériques d’un individu et permettant de l’identifier à partir des caractéristiques de son visage.

Cette méthode d’identification semble être la plus naturelle, puisque, nous nous connaissons les individus en regardant les visages.

Aborder les capacités de reconnaissance faciale a toujours fasciné les chercheurs qui voient dans cette technologie des avancées utiles pour notre société sans forcément en avoir mesuré toutes les facettes négatives et positives. Les idées autour de cette reconnaissance faciale laissent en effet rêveurs celles et ceux qui pensent que notre personne pourrait uniquement attester de son identité pour un paiement, un contrôle d’identité, ou encore toute action dans notre société devenue complexe.

Dans le courant des années 90, Joseph J. Atick a largement contribué au développement des technologies liées à la reconnaissance faciale. A l’époque, le physicien croit dur comme fer au potentiel de ce système, utilisé par les autorités pour identifier les criminels et empêcher l’usurpation d’identité. « Nous avons sauvé des vies et résolu des crimes » expliquait-il en mars 2014, à l’occasion d’une conférence sur le sujet. Plus tard il s’inquiètera au cœur de l’affaire PRISM de la manière dont la reconnaissance faciale est utilisée : « elle est utilisée pour voler l’anonymat de tout le monde » estime-t-il dans un entretien accordé au New York Times

Même malgré de nombreux progrès dans ce sens l’exploitation des composantes du visage reste assez complexe car nous avons tous des émotions comme le sourire, la tristesse, l’étonnement, ce qui complique la tâche lorsqu’il s’agit d’attester et d’authentifier un visage  (Choix du cadrage, de la forme, problème des visages multiples, …)

Ces systèmes de reconnaissance faciale sont principalement utilisés avec les systèmes de vidéo surveillance pour des raisons:

– De sécurité. Dans les stades, les aéroports et les centres commerciaux dans plusieurs pays pour interdire l’accès de certains individus fichés.

– contrôler l’accès des employés aux entreprises.

Dans les stades, par exemple une première a eu lieu. Sans aller jusqu’à parler de police prédictive un homme a été appréhendé le 31 mai 2017 par des policiers du Pays de Galles du Sud. Le site Ars Technica révèle, révèle que c’est la technologie de reconnaissance faciale automatique installée sur un camion équipé de caméras qui aurait conduit à cette action.

On évoque même l’intégration de cette technologie dans le futur IPHONE 8 en remplacement du bouton central voué à disparaître.

Rappelons que ce moyen d’identification par empreinte digitale (Touch ID) avait déjà fait l’objet de plusieurs détournements comme celle de l’utilisation d’une résine copiant votre peau et permettant de reprendre de l’utilisateur à son insu.

Ce qui est positif c’est que la recherche avance bien dans ce sens comme le cas de chercheurs de l’université de Hong Kong qui ont mis au point un algorithme jugé plus puissant que l’œil humain, nommé GaussianFace.

Le logiciel serait capable de gérer différentes composantes parfois mal analysées par certains systèmes : un mauvais éclairage ou des changements physiques (maquillage, coupe de cheveux) ne seraient pas un problème pour ce super-système.

Cette dernière est plus pertinente que la méthode de reconnaissance faciale Eigenfaces employant la technique de l’analyse en composante principale (PCA), qui est différente aux méthodes géométriques ou locales. Elles se basent sur les particularités du visage analysé, et dont les défauts résident dans son manque de précision, ainsi que sa sensibilité aux informations qui ne sont pas pertinentes.

En France, c’est le projet Défi Repère (Reconnaissance de personnes dans des émissions audiovisuelles) qui fait parler de lui, en associant trois technologies : la reconnaissance des visages, celle des paroles et celle des caractères de texte.

Le visage affiche beaucoup d’autres informations, et les machines peuvent aussi lire cela, il faut voir quelque part des avantages de ce côté !

Tous ces systèmes d’authentification améliorés  devraient permettre de protéger nos données qui seront couplées de plus en plus à des applications en interaction permanente avec d’autres. C’est aussi l’occasion de supprimer les mots de passe (Depuis que l’on en parle…) et par là même une usurpation d’identité et le vol de données en pleine recrudescence.

Pour les aspects plus sombres sur le site de ZATAZ on peut lire que le FBI aurait accès à une base de données biométrique gigantesque. Des bases de données biométriques que l’agence fédérale consulterait sans avoir la moindre autorisation, de la justice et des sociétés qui archives les données en question. Environ 80% des photos dans le réseau du FBI seraient des informations de personnes « non criminelles », y compris des photos des permis de conduire et des passeports. Les algorithmes utilisés pour identifier les correspondances produiraient environ 15% de fausses alertes et ont encore du mal à identifier des photos d’individus blancs ou noirs.

La prise de conscience progressive de cette reconnaissance faciale sur les réseaux sociaux devait enfin accroître certains risques chez les jeunes mais à la lecture de cet article de Sciences et Avenir il y a de quoi alerter les défenseurs de la vie privée car l’anonymat ne serait plus garanti si ces méthodes venaient à être de plus en plus employées. D’autant que, comparées aux autres techniques biométriques, celle de la reconnaissance faciale s’effectue à distance !

L’article du journal The Economist pointe les problèmes liés à la discrimination raciales et les discriminations sur le sexe des individus qui seront filmés. Des personnes pourraient sur ces seuls critères se voir refuser des postes notamment. Quel est la réalité sur ce problème ? La reconnaissance faciale pourrait-elle entraver les libertés individuelles ?

Les libertés individuelles et nos données personnelles seront automatiquement impactées par ces technologies de reconnaissance faciale et il y a fort à parier qu’il faudra redéfinir de nouvelles règles éthiques assez vite.

L’impact sera plus fort encore pour les personnes de couleur dont l’image pourra modifier l’appréciation du recruteur par exemple.

Un utilisateur du service Google Photos, une application capable de détecter le contenu de clichés, s’est ainsi plaint d’avoir été identifié comme un gorille par le logiciel.

Que dire aussi quand vous pourrez voir comme en Chine sur un grand écran votre visage, votre nom, votre adresse, si vous ne respectez pas le code de la route …

Le perfectionnement des caméras à reconnaissance faciale devrait aussi être à la source d’autres problèmes touchant à l’identité individuelle d’une personne en lui développant des composants à son ADN numérique. Ces outils pourraient pourtant avoir de nombreux débouchés. « On est intéressés par ce type d’outils, pour analyser le comportement des gens quand ils voient des publicités à la télévision, pour connaître leur degré d’acceptation et d’intérêt en voyant la publicité », explique François Klipfel, de l’institut GfK.

Autre utilisation en matière de sécurité, la caméra peut enregistrer une liste de visages, et donc repérer toute physionomie inconnue. Détectant la présence d’éventuels cambrioleurs dans une maison, la caméra peut envoyer le film sur smartphone à son propriétaire, qui pourra décider d’alerter les secours ou non.

Des systèmes de reconnaissance faciale comme les tests réalisés à la Gare du Nord et à l’aéroport de Roissy devraient pourtant aider à lutter contre le terrorisme et la délinquance dans ces lieux fréquentés.

Dans les démocraties, au moins, comme le précise l’article, la législation pourra aider à modifier l’équilibre des bons et des mauvais résultats. Les régulateurs européens ont en effet intégré un ensemble de principes dans la future réglementation de la protection des données, décrétant que les informations biométriques, qui incluent les «empreintes faciales», appartiennent à son propriétaire et que son utilisation nécessite un consentement – afin que, en Europe, contrairement à l’Amérique, Facebook ne puisse pas vendre simplement des publicités aux visiteurs. Les lois contre la discrimination pourront être appliquées à un employeur qui sélectionnerait les images des candidats. Les fournisseurs de systèmes commerciaux de reconnaissance faciale devront se soumettre à des audits, afin de démontrer que leurs systèmes ne mettent pas en doute leurs usagers. Les entreprises qui utiliseront ces technologies devraient être aussi tenues responsables.

A quel point ce dispositif est-il déjà répandu ? Qui sont les gens, quels sont les métiers qui l’utilisent déjà ? Cette proportion de personnes concernées progressera-t-elle ?

Si le marché de la reconnaissance faciale parait récent il est né dans les années 70 et compte déjà de nombreux adeptes dans les stratégies des entreprises. Le marché de la reconnaissance faciale devrait croître ainsi à un rythme annuel de 28% jusqu’en 2018

Le marché du marketing digital s’est engagé dans la technologie.

Du programme « Deepface » de Facebook au logiciel de Google « Facenet », il n’est rien de dire que la reconnaissance faciale représente depuis plusieurs années déjà un enjeu colossal pour les géants du web.

Adossée à des programmes d’intelligence artificielle de plus en plus évolués, ceux-ci ambitionnent de référencer le plus grand nombre de visages à des fins commerciales à peine déguisées ou via dans le marketing via des panneaux interactifs qui modifient la publicité en fonction du nombre d’interaction avec le passant…

Facebook peut ainsi identifier près 1 milliard de personne grâce à la reconnaissance faciale. Quid des photos prises en selfies ?

Pour ne pas tous les citer ici tant ils tendent à se développer, on peut néanmoins insister sur les dernières nouveautés proposées par de grands groupes.

Les métiers de la sécurité l’utilisent également en la combinant à un système de vidéosurveillance et cela permet d’interpeller des personnes recherchées. Puis, elle est utilisée par les organismes bancaires, et est aussi mise en place dans la conduite d’une voiture,

Bosch a même proposé au dernier salon de Las Vegas son système de  reconnaissance faciale et de personnalisation intelligente.

Une caméra (Driver Monitor Camera) permet une reconnaissance faciale et une personnalisation dès l’arrivée du conducteur. La voiture règle alors par exemple le volant, les rétroviseurs, la température dans l’habitacle ou encore la station de radio. La caméra est aussi capable de détecter le niveau de vigilance du conducteur. Si ce dernier risque de s’endormir, la voiture émet une alerte.

Delta Air Lines teste aussi la reconnaissance faciale et parle d’une « évolution naturelle » pour améliorer les services en aéroports avec ces dépôts de bagages automatisés et utilisant cette technologie. Les quatre machines rejoindront le RFID (identification par fréquence radio) pour lequel elle est « leader de l’industrie », les kiosques à billet d’avion ou l’enregistrement via l’app Fly Delta Mobile, qui ont déjà « décongestionné les halls d’aéroports et amélioré de façon drastique la satisfaction des clients ».

Dans le monde du smartphone, Synaptics a collaboré avec KeyLemon pour un système qui peut être utilisé aussi bien sur smartphone, tablette, que PC portable. L’utilisateur peut choisir s’il préfère utiliser l’empreinte ou la reconnaissance faciale pour son appareil. Il peut également combiner les deux pour plus de sécurité, tout dépendra des services proposés par les fabricants et leurs appareils.

En ce qui touche à la santé, des généticiens ont utilisé un système de reconnaissance faciale pour repérer une maladie génétique rare. Une avancée qui pourrait améliorer le dépistage.

Dans les transports une expérience d’un an à l’aéroport de Roissy a été menée. Cinq sas sont présents depuis le 28 décembre 2016 à l’aéroport Paris-Charles de Gaule. C’est encore une expérimentation. Elle doit se terminer en décembre 2017. Ces sas sont situés dans le terminal 2F. Près de 20.000 visages de personnels navigants, des pilotes, des hôtesses et des stewards, ont déjà été contrôlés de cette façon. Des passagers européens, à qui on a expliqué le système, ont accepté d’utiliser ces sas. A la Gare du Nord, les voyageurs qui prennent l’Eurostar, passent désormais dans des sas de contrôle qui intègrent la reconnaissance faciale

Une nouvelle start-up française appelée Start me up a proposé au CES 2016 un logiciel de reconnaissance faciale et d’analyse de visage en temps réel. La start-up grenobloise fait appel à des technologies de machine learning et d’intelligence artificielle.

Comme le signale Digital Colab, on voit que les usages qui découlent de la reconnaissance faciale sont multiples, on peut « tagger » automatiquement des individus figurant sur une vidéo ou participer à la protection des mineurs. Les nouvelles technologies d’analyse des images permettent de détecter les expressions des visages, l’âge, ainsi que les caractéristiques physiques. Les applications se trouvent aussi désormais dans la photo, l’électronique embarquée ou encore la robotique.

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Publié par le 13 septembre 2017 dans général, Nouvel ordre mondial, société

 

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En Australie, la reconnaissance faciale va remplacer le passeport au contrôle des frontières …

Déjà que L’Australie est devenu le premier pays à mettre en place les puces electroniques pour le public … C’est un Pays certes en avant garde dans pas mal de domaines, mais comme vous le constatez, ce n’est pas forcément toujours dans le bon sens . (c’est ça le progrès ? la « môôôôdernité » ???) 

Le Département australien de l’immigration et de la protection des frontières prévoit de remplacer le contrôle des passeports par un système de reconnaissance faciale automatique, un système qui ne dispensera toutefois pas d’apporter son passeport pour les séjours en Australie.

Le Sydney Morning Herald rapporte que le Département australien de l’immigration et de la protection des frontières souhaite remplacer le contrôle des passeports aux frontières par l’adoption des systèmes d’identification biométriques permettant de reconnaître un visage ou des empreintes digitales. C’est un changement qui entre dans le cadre du programme Seamless Traveler Initiative visant à automatiser et à rationaliser le contrôle des frontières.

Identifier de manière rapide et efficace les personnes inscrites comme « sensibles » sur les listes devrait être possible grâce à l’adoption de ce nouveau système de contrôle. Aujourd’hui, une identification peut prendre du temps pour les agents de contrôle qui doivent s’appuyer sur les informations contenues sur les billets, l’historique des déplacements aériens, le casier judiciaire de l’individu, etc. pour repérer ces individus « sensibles ». Selon John Coyne, chef de la sécurité aux frontières de l’Institut australien de réglementation stratégique, ce nouveau système permettra leur identification automatique.

Des freins semblent être toutefois toujours présents quant à la réelle efficacité de ce type de système. Le taux d’échec reste encore à ce jour trop important et il peine notamment à la reconnaissance des personnes noires. Un premier test de ce système devrait être mis en place dans le courant du mois de juillet prochain à l’aéroport de Canberra, la capitale australienne avec pour objectif l’adoption du système d’ici 2020 afin de vérifier l’identité de 90 % des voyageurs de manière fiable.

Toutefois, les Australiens auront toujours besoin de leur passeport quand ils voyageront à l’étranger et les étrangers désirant séjourner en Australie devront également transporter le leur.

Source via SP

 

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Norman Finkelstein sur la reconnaissance de l’Etat palestinien (VOSTFR)

 
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Publié par le 30 octobre 2014 dans général, International

 

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Barclays lance la reconnaissance vocale bancaire, deux banques américaines suivent , la banque centrale du NIGERIA impose la biométrie bancaire et le sans cash : vers la fin de la monnaie papier …

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Barclays lance la reconnaissance vocale bancaire , deux banques américaines suivent ,Us bank et Wells Fargo , et la banque centrale du NIGERIA impose la biométrie bancaire et le sans cash  : voici la société de demain , où tout sera contrôlé grâce aux nouvelles technologies : bienvenus chez BIG BROTHER ! Revue de presse 2013-2014 Z@laresistance 

L’ultime instrument de répression financière Par Andréas Hofert

L’idée d’abolir la monnaie papier anonyme pour contrer le crime pourrait être dangereuse.

Dans un récent éditorial publié dans le Financial Times, Kenneth Rogoff, professeur à Harvard, propose une idée originale: pourquoi ne pas abolir la monnaie papier «anonyme», à commencer par les grosses coupures? Ses arguments font mouche, tout au moins superficiellement.

Prenant comme exemple la découverte de quelque 200 millions de dollars en billets de 100 dollars lors de la récente arrestation du baron de la drogue mexicain Joaquín «El Chapo» Guzmán, Kenneth Rogoff avance l’hypothèse qu’une bonne partie de ces espèces aux mains des particuliers pourrait être liée à des activités criminelles ou à des transactions économiques occultes visant l’évasion fiscale.

En conséquence, une abolition des espèces rendrait le trafic de stupéfiants beaucoup plus compliqué. Il serait également plus difficile, voire impossible, de payer le plombier ou la femme de ménage au noir, et donc de se soustraire à la TVA ou aux cotisations de sécurité sociale. Dans la mesure où l’économie souterraine représenterait 10% du PIB américain et probablement plus en Europe, une interdiction des espèces semble donc une source évidente de nouvelles recettes pour les Etats.

Certes, il y a quelques inconvénients. Parmi eux, Kenneth Rogoff cite la perte des recettes de seigneuriage, que les Etats tirent de la différence entre la valeur faciale et la valeur intrinsèque des billets en dollars ou en euros fabriqués en papier ou en coton. Toutefois, je ne suis même pas certain qu’il s’agisse d’un vrai problème.

Bien que les recettes de seigneuriage représentent une source de revenus importante pour les gouvernements dans des pays pauvres et en proie à une inflation chronique, elles sont à peine supérieures à 2% du PIB dans les économies développées. De plus, créer de la monnaie au moyen de bits électroniques doit être encore moins cher que d’imprimer celle-ci sur du papier.

Un autre problème réside dans la réduction de la sphère privée. Les amateurs de séries policières américaines telles que «Les Experts» savent qu’on peut facilement retrouver des personnes (criminels ou victimes) grâce aux transactions réalisées avec leurs cartes de crédit ou aux distributeurs automatiques de billets.

Kenneth Rogoff n’ignore pas cet aspect, mais il le minimise, estimant qu’il s’agit d’un problème négligeable au vu des recettes potentiellement significatives que les Etats pourraient en tirer. Dans la mesure où le montant des espèces détenues par habitant aux Etats-Unis et en Europe se monte à l’équivalent de quelques 4000 dollars et est encore deux fois plus élevé au Japon, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une riche source de recettes encore inexploitée pour les Etats surendettés dans le monde.

Mais ce n’est pas tout. Et c’est ici que nous entrons sur le terrain glissant de la répression financière. Citant une publication académique de Willem Buiter, chef économiste de Citigroup et ancien membre du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre, Kenneth Rogoff affirme que la disparition des espèces «ferait sauter le seuil du taux d’intérêt zéro qui entrave l’action des Banques centrales depuis la crise financière. À l’heure actuelle, si les Banques centrales essaient de fixer des taux d’intérêt excessivement négatifs, les gens commenceront à se ruer vers les espèces.»

Pour moi, il s’agit d’une bien meilleure explication au fait que les Japonais détiennent deux fois plus d’espèces en moyenne que les Européens ou les Américains. Ce n’est pas parce que les yakuzas ont un penchant plus marqué pour les espèces que les gangsters en Europe et aux Etats-Unis, ni parce que le poids de l’économie souterraine par rapport au PIB serait deux fois plus élevé au Japon qu’aux Etats-Unis ou en Europe.

L’explication est plus simple: les Japonais sont confrontés à des taux d’intérêt nuls depuis maintenant près de vingt ans, alors que les Américains et les Européens ne sont dans cette situation que depuis cinq ans.

Voilà ce que Kenneth Rogoff affirme en creux: en abolissant les espèces, les Etats peuvent taxer explicitement l’argent sur les comptes bancaires au moyen de taux d’intérêt négatifs. Cette taxe s’avère supérieure à la taxe implicite lorsque les taux d’intérêt sont nuls et l’inflation positive. En l’absence d’espèces, les possibilités d’échapper aux taux d’intérêt négatifs ou de préserver son patrimoine sans prendre de risques s’amenuisent.

Rappelons-nous de la suggestion formulée l’année dernière par le FMI sur le recours à un prélèvement sur le capital – une taxe unique sur la fortune – pour réduire la dette publique en Europe. Rappelons-nous aussi de la manière dont la résolution de la crise bancaire chypriote a été louée comme un modèle pour les résolutions de crises de ce type à l’avenir, les propriétaires d’un dépôt étant subitement mis à contribution pour sauver les banques en faillites.

Du coup, l’idée d’abolir la monnaie sous forme d’espèces devient réellement effrayante. Un système 100% électronique, donc complètement transparent et ne laissant aucune place à la confidentialité des transactions et constamment à la merci d’une confiscation par l’Etat, signifie que l’argent cessera d’être un bien privé.

La route vers l’enfer est pavée de bonnes intentions. L’abolition des espèces au nom de la lutte contre le crime organisé et de la mise à contribution de l’économie souterraine pour obtenir des recettes fiscales supplémentaires pour les gouvernements pourrait aboutir au final à un cauchemar orwellien de répression financière.

ANDREAS HÖFERT Chef économiste  UBS Wealth Management/ Agefi Suisse 24/6/2014

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/lidee-dabolir-la-monnaie-papier-anonyme-pour-contrer-le-crime-pourrait-etre-dangereuse.html?issueUID=615&pageUID=18394&cHash=0c012f75a51a1a7260099cde0c1661d5

http://leblogalupus.com/2014/06/24/lultime-instrument-de-repression-financiere-par-andreas-hofert/

 
 

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