Par Andre Damon

Jeudi, Facebook a retiré certains des pages et des comptes contestataires les plus populaires du plus grand réseau de médias sociaux au monde dans un assaut massif et inconstitutionnel contre la liberté d’expression.

Sans avertissement ni transparence envers le public, plus de 800 pages et comptes ont été sommairement retirés d’Internet. Les pages supprimées comprennent Police the police (surveiller la Police), suivie par plus de 1,9 million de personnes, Cop Block (bloquer les flics), suivies par 1,7 million de personnes, et Filming Cops (filmer les flics), suivies par 1,5 million de personnes. Parmi les autres pages ciblées, citons l’« Anti-Media », avec 2,1 millions d’adeptes, la Reverb Press, avec 800 000 abonnés, Counter Current News, 500 000 abonnés, et The Resistance, 240 000 abonnés.

Des publications de droite, dont la page Right Wing News, ont également été supprimées.

Il n’y a aucun précédent pour cette initiative dans l’histoire moderne d’Internet. Les travailleurs des États-Unis et du monde entier doivent être prévenus : l’élite dirigeante fait face à une vague de grèves croissante des travailleurs avec l’extension de la censure et les mesures prises par l’État policier.

Sur son blog, Facebook a annoncé qu’il « interdisait […] les pages, les groupes et les comptes créés pour susciter un débat politique », en faisant référence à « une activité inauthentique coordonnée ».

Ces pages utilisent « un contenu politique sensationnel » pour « créer un public et générer du trafic vers leurs sites Web ». De manière révélatrice, les pages « ne se distinguent souvent pas du débat politique légitime », a déclaré le monopole des médias sociaux.

Facebook a déclaré que les pages étaient ciblées pour leur « comportement », y compris la gestion de « comptes multiples » et la publication de « clickbaits » (pièges à clics). Ces tentatives timides de nier le fait de cibler des pages Facebook contestataires contenant des allégations non fondées sur leur « comportement » sont un mensonge transparent.

La chef de l’exploitation de Facebook, Sheryl Sandberg, serre la main du président de la Commission du Sénat sur le renseignement, Richard Burr

La chef de l’exploitation de Facebook, Sheryl Sandberg, serre la main du président de la Commission du Sénat sur le renseignement, Richard Burr

En un instant, le plus grand monopole mondial des médias sociaux a éliminé les moyens permettant à la population américaine d’en savoir plus sur la criminalité policière, les meurtres d’État et les autres crimes du gouvernement.

Un article paru dans le New York Times sur les mesures de Facebook indique clairement que les mesures de censure d’Internet, qui ont été lancées sous le prétexte de combattre l’ingérence russe lors des élections de 2016, visent désormais ouvertement les organisations politiques nationales.

L’article « Fabriqué et distribué aux États-Unis : désinformation en ligne » fait allusion à la suppression des « campagnes d’influence » qui « constituent de plus en plus un phénomène domestique fomenté par les Américains de gauche et de droite ». Il désigne un « chercheur en guerre de l’information » de l’organisation New Media Frontier qui a déclaré : « Il existe maintenant des réseaux bien développés d’Américains qui ciblent d’autres Américains avec des manipulations délibérément conçues. »

Le Times cite aussi, Ryan Fox, le cofondateur de New Knowledge, affirmant que les pages et les organisations censurées « tentent de manipuler les gens en fabriquant un consensus – c’est aller à l’encontre de la liberté d’expression ». Ryan Fox travaillait auparavant pour la NSA et le Commandement intégré des opérations spéciales des forces armées américaines. Le directeur général de New Knowledge, Jonathon Morgan, est rattaché à la Brookings Institution et était auparavant conseiller spécial auprès du département d’État américain.

En partenariat avec l’État, Facebook et d’autres sociétés de médias sociaux décident quelles organisations constituent un « réseau bien développé » cherchant à « manipuler » l’opinion publique. Bien entendu, cela ne s’applique pas aux grands médias qui font l’objet d’une propagande gouvernementale constante, mais aux groupes d’opposition.

Les principales cibles sont les organisations de gauche. En août 2017, le World Socialist Web Site a publié une lettre ouverte à Google dans laquelle il affirmait que Google censurait les sites Web de gauche, socialiste et opposée à la guerre, ainsi que d’autres monopoles sur les médias sociaux. En raison des modifications apportées à l’algorithme de classement des recherches de Google, le trafic sur les pages de gauche a diminué de 75 pour cent.

« La censure à cette échelle équivaut à la mise en place d’une liste noire politique », a déclaré la lettre. « L’algorithme de censure de Google sert manifestement à bloquer les nouvelles que votre société voudrait passer sous silence, et étouffer des opinions avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Ce type de fichage politique n’est pas un usage légitime d’éventuelles prérogatives de Google en tant qu’entreprise commerciale. C’est un abus grossier d’un pouvoir de monopole. Vous attaquez la liberté d’expression. »

Le même acte d’accusation s’applique à la dernière action de Facebook.

Des personnalités du gouvernement américain, notamment les sénateurs démocrates Mark Warner et Dianne Feinstein, ainsi que le membre du Congrès démocrate Adam Schiff, ont incité à la censure des médias sociaux, exigeant que les entreprises suppriment le « contenu divisant » lors d’audiences répétées de la Chambre et du renseignement au Sénat et les comités judiciaires.

En agissant en tant qu’agents du gouvernement américain dans le cadre d’une censure de masse, Facebook enfreint directement le Premier amendement de la Constitution, qui interdit au gouvernement de « restreindre la liberté d’expression. »

En essayant de dissimuler leurs efforts derrière les faux prétextes de cessation d’un « comportement inauthentique », les sociétés de médias sociaux ont directement reconnu qu’elles participaient à des discussions internes en matière de censure politique. Un document interne de Google divulgué mardi a admis que « les entreprises de technologie se sont progressivement détournées de la liberté de parole sans intermédiaire vers la mise en place de la censure. »

Le document reconnaît que de telles actions constituent une rupture avec la « tradition américaine qui donne la priorité à la liberté d’expression pour la démocratie ». Face à la demande croissante du gouvernement et des entreprises publicitaires de faire pression sur ce que les usagers disent, la censure est un moyen « d’augmenter les revenus ».

Ces efforts vont tout à fait dans le sens des plans de l’armée américaine visant à passer à un régime d’État policier. Le mois dernier, le think tank Atlantic Council a résumé les travaux d’une conférence des forces spéciales américaines qui a appelé à une répression radicale de la liberté d’expression.

Le rapport a observé que « la technologie a démocratisé la capacité pour les groupes et les individus sous-étatiques de diffuser un récit avec des ressources limitées et une portée pratiquement illimitée », en contournant les « gardiens professionnels » des médias établis.

Les entreprises de médias sociaux ont été « investies d’un rôle central » dans leur tentative d’étouffer les points de vue politiques « incorrects », car la grande majorité de la population s’oppose à la censure directe du gouvernement, a noté le rapport.

En janvier, le World Socialist Web Site a appelé à la formation d’une coalition internationale de sites Web socialistes, anti-guerre et progressistes, afin de s’opposer à la volonté du gouvernement de censurer Internet. Nous appelons toutes les organisations censurées par Facebook à nous contacter et à rejoindre cette coalition.

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