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A quand l’éclatement de la prochaine bulle mondiale et de la zone euro ?

La zone euro sur la sellette

Bridgewater, le plus gros hedge fund (fonds d’investissement — gère 160 Mds $ d’actifs) du monde a misé 22 Md $ contre la zone euro : les positions à la baisse (« vendeuses  ») du fonds prouvent qu’il parie contre de nombreuses entreprises européennes (Airbus), allemandes (Siemens, Deutsche Bank) françaises (Total, BNP Paribas) et italiennes (Intesa Sanpaolo, Enel et Eni), entre autres. La société n’est pas connue pour s’attaquer à des entreprises en particulier, mais plutôt pour parier sur la santé de l’économie en général.

Depuis 2011, 4 000 Mds € ont été injectés dans la zone euro (c’est-à-dire au sein des banques commerciales) par la Banque Centrale Européenne (BCE), ce qui représente plus d’un tiers du PIB de la zone. La majorité de cette monnaie se situe principalement en Allemagne et au Luxembourg, pays qui, vous en conviendrez, ne sont pas les plus en difficulté de la zone. Plus grave, une grande partie de ces liquidités n’ont pas financé l’économie réelle par le biais du crédit aux particuliers et aux entreprises. À la place, les banques commerciales ont épargné 2 000 Mds € de cet argent frais sur leur compte à la BCE jusqu’à fin 2017 (contre 300 Mds € début 2011) pour « respecter leur ratio de liquidité » (avoir suffisamment de dépôt en cas de crise de monnaie liquide). Comme aux États-Unis, l’assouplissement quantitatif a permis à la banque centrale de renflouer les banques privées en rachetant leurs créances. Autrement dit, les dettes du secteur privé sont payées par le contribuable sans aucun retour sur investissement. Parallèlement, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a lancé un appel en faveur de moins de régulation et plus de fusions-acquisitions bancaires dans l’UE, en prenant pour modèle… le secteur bancaire US.

La BCE prévient aussi que la zone euro risque carrément d’éclater à la prochaine crise si elle n’est pas renforcée. Autrement dit les États membres doivent d’ici là réformer leur économie, dégager des marges budgétaires et intégrer les marchés et les services à l’échelle de la zone pour mieux absorber les pertes potentielles sans faire appel aux contribuables. Un instrument fiscal comme un budget de la zone euro contrôlé par un ministre des finances européen, comme le défend le président Emmanuel Macron, aiderait également à faire face à un choc économique majeur qui semble inévitable. Autant dire que cela s’avère problématique au vu du peu de consensus sur le sujet et notamment une frilosité allemande. La Banque centrale européenne a émis l’idée fin 2017, prévue de longue date par les économistes sérieux, d’abolir la limite de 100 000 € garantis en cas d’opération de sauvetage ou de faillite bancaire (Faits & Document n° 443, 15/11/17–15/12/17 p.8 et 9).

La Bundesbank juge également que l’économie allemande est plus fragile qu’il n’y parait, avec des prix immobiliers survalorisés de 15 % à 30 % et des banques parmi les moins rentables du continent avec un rendement des actifs parmi les plus bas et un ratio coût/bénéfice parmi les plus élevés de la zone euro (74,9 %). En lien, le rapport confidentiel gouvernemental allemand Prospective stratégique 2040 a été révélé par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel  : le Ministère fédéral allemand de la Défense a officiellement entériné la possibilité d’un effondrement de l’UE.

Fin 2017, le solde Target 2 de l’Allemagne a dépassé les +900 Mds €, un record depuis la création de l’euro. Ce terme de Target 2 traduit, entre autres, l’état des balances des paiements courants intra-zone euro, et donc dans notre cas, le solde de la balance de l’Allemagne sur les autres pays membres. Si la France est presque à l’équilibre, le solde négatif de l’Italie avoisine les -450 Mds € et celui de l’Espagne les -400 Mds €. La classe politico-financière germanique est très inquiète des capacités du bilan de la Bundesbank à absorber les créances (douteuses) des autres banques centrales des pays du sud de l’Europe.

Le parti politique Union Populaire Républicaine a traduit un article du journal allemand Die Welt (15/03/18) traitant d’une récente conférence à Berlin, réunissant plusieurs économistes allemands célèbres. Le thème de la conférence annonce la couleur : « L’euro peut-il vraiment survivre et, sinon, que va-t-il se passer ? ». C’est la viabilité de la monnaie unique et l’asymétrie des soldes Targets qui y ont été questionnées. M. Fuest, n°1 du prestigieux institut d’études économiques Institut für Wirtschaftsforschung (IFO), y a plaidé pour l’introduction d’une clause de sortie de la monnaie euro. Hans-Werner Sinn, ancien patron de l’IFO a y notamment déclaré : « Je ne sais pas si l’euro va tenir dans la durée, mais son système de fonctionnement est condamné. »

Les conséquences inéluctables de l’économie financiarisée

C’est la seconde fois en un siècle que l’indice de Shiller (qui analyse les probabilités de bulles financières) dépasse son record : la dernière fois qu’un tel niveau d’euphorie boursière avait été atteint, c’était juste avant le krach de 1929, soit la plus grande crise économique du XXe siècle. Des points communs avec l’avant-crise de 2008 sont également à signaler. La Banque des règlements internationaux (« la banque centrale des banques centrales »), la Banque d’Angleterre et le célèbre gestionnaire de fonds Neil Woodford relèvent des signaux économiques inquiétants dans le monde : surchauffe des marchés financiers, dette des consommateurs et des devises et actifs financiers surévalués. Tandis qu’une énième étude prouve que les inégalités socio-économiques et la concentration des capitaux se sont accrues dans le monde entier ou presque depuis plus de 30 ans, selon un rapport du World Wealth and Income Database (travail collectif de plus d’une centaine de chercheurs).

Suite à la chute récente et vertigineuse du dollar (une baisse comme on n’en avait pas constaté depuis 2003), les banquiers centraux auront besoin de désigner un responsable pour se dédouaner en cas d’éclatement de bulle, qui serait concevable à court terme. Certains analystes postulent même que la Réserve fédérale des États- Unis a désormais son excuse pour augmenter ses taux d’intérêt rapidement maintenant que le dollar chute, pour que cette bulle explose rapidement sous l’administration Trump. En 2018, le cours du dollar a perdu 4 % de sa valeur par rapport aux six principales devises mondiales et la tendance continue. Le FMI avait d’ailleurs assuré au dernier Forum économique mondiale (ou forum de Davos), que la prochaine crise frappera plus fort et plus tôt que prévu. De même que l’augmentation importante de la cotation de l’or ne laisse présager rien de bon pour l’économie internationale.

Patrick Artus, économiste directeur de la recherche et des études de Natixis, montre dans une récente étude que les économies développées de l’OCDE sont entrées dans la dynamique finale décrite par Karl Marx. La baisse du rendement du capital s’accroît (les investissements rapportent de moins en moins) et les baisses de salaires pour compenser le phénomène commencent à s’essouffler. Les opérations spéculatives (rachat d’actions, spéculations immobilière et financière, achats d’actifs risqués, bitcoins, etc.) explosent, car la productivité réelle ne suffit plus. Les prochaines étapes se résumeront donc en une hausse des inégalités de revenu et une énorme crise financière, selon Artus et Marx.

Franck Pengam, Avril 2018.

www.geopolitique-profonde.com

Source : Agoravox

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Publié par le 20 avril 2018 dans économie, général, International

 

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La dissimulation de l’écocide : le triomphe du mensonge et de la propagande

La manière dont nous nous comportons est profondément influencée par notre expérience du monde, qui est profondément influencée par la manière dont nous percevons le monde, qui est profondément influencée par ce que nous croyons à son sujet.

— Derrick Jensen, « The Myth of Human Supremacy » (Le mythe de la suprématie humaine)

Le regard que l’on choisit de porter sur le monde qui nous entoure découle de notre éducation — de notre conditionnement, de nos connaissances. Ce qui explique pourquoi, malgré le déroulement actuel d’un véritable drame socio-écologique, celui-ci soit si peu discuté, à peine aperçu, et à peine dénoncé. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi ce drame peut se produire en premier lieu.

Les tenanciers du désastre de notre époque, ses acteurs les plus influents, les grands patrons de multinationales, de banques, de fonds d’investissement, les dirigeants des superpuissances étatiques, ceux qui ont beaucoup investi, qui misent gros, et qui ont donc beaucoup à perdre, propagent, à travers leurs nombreux outils d’acculturation et d’enculturation (programmes nationaux d’éducation, médias, institutions culturelles, etc.), une certaine vision de notre situation globale. Et ce depuis des siècles.

L’école a en effet été conçue comme un outil de contrôle et de formatage au service d’oligarchies ou d’autocrates et certainement pas comme un outil d’émancipation populaire — exemple parmi tant d’autres, Napoléon Bonaparte : « Mon but principal, dans l’établissement d’un corps enseignant, est d’avoir un moyen de diriger les opinions politiques et morales ». Véritable usine d’aliénation institutionnalisée (au « programme » fixé par l’état), elle inculque des valeurs toutes plus nocives les unes que les autres (l’obéissance aveugle, le travail, la compétition, etc.) et enseigne l’Histoire selon l’angle des vainqueur (à propos de l’école, il faut lire l’article de Carol Black sur la scolarisation du monde, que nous avons traduit). Le concept d’Histoire est d’ailleurs un vecteur de l’idéologie des classes dominantes. Il marque une séparation entre la préhistoire (la majeure partie de l’existence humaine), peu étudiée, probablement parce que considérée comme peu intéressante (des hommes qui grognaient dans des caves, tout au plus), et l’Histoire (la vraie, l’importante, celle qui compte vraiment, celle dans laquelle on se doit d’entrer, façon Sarkozy).

Dans son excellent livre « Zomia ou l’art de ne pas être gouverné », le professeur James C. Scott écrit que :

Les termes traditionnels utilisés en birman et en thaï pour le mot ‘histoire’, respectivement ‘yazawin’ et ‘phonesavadan’, signifient littéralement tous deux ‘histoire des vainqueurs’ ou ‘chronique des rois’. […]

Dans la même veine, Philip Slater, critique social états-unien, écrivait que :

L’histoire […] est en très grande majorité, même aujourd’hui, un récit des vicissitudes, des relations et des déséquilibres créés par ceux qui sont avides de richesse, de pouvoir, et de célébrité.

Quant à la presse, sa diffusion et son contenu ont toujours été contrôlés par les pouvoirs en place, par les possédants, depuis l’Ancien Régime et son « Privilège du Roi » jusqu’à aujourd’hui où dix milliardaires contrôlent une grande partie des médias français. Et si la presse est désormais insidieusement qualifiée de « libre » c’est simplement parce que la classe des dominants s’est rendue compte que le mensonge et l’hypocrisie étaient de meilleurs outils de contrôle que la (menace de) violence physique (bien que la menace de violence physique et la violence elle-même soient encore très utilisées aujourd’hui). La même raison fait que notre régime gouvernemental actuel est qualifié de « démocratie », que le système d’échange financier est qualifié de « libre marché », et que les pays où tout ça a été décidé s’auto-qualifient de « monde libre ». La liberté, à mesure qu’elle disparaissait dans les faits, était placardée et plastronnée partout.

Quand je vois une gigantesque statue de la liberté à l’entrée du port d’un grand pays, je n’ai pas besoin qu’on m’explique ce qu’il y a derrière. Si on se sent obligé de hurler : « Nous sommes un peuple d’hommes libres ! », c’est uniquement pour dissimuler le fait que la liberté est déjà fichue ou qu’elle a été tellement rognée par des centaines de milliers de lois, décrets, ordonnances, directives, règlements et coups de matraque qu’il ne reste plus, pour la revendiquer, que les vociférations, les fanfares et les déesses qui la représentent.

— B. Traven, « Le vaisseau des morts »

La culture, au sens large, produit d’une ingénierie culturelle séculaire, élaborée par les élites et pour les élites (et pour ceux qui n’en sont pas mais sont éduqués à vouloir en être), conditionne les masses de façon à obtenir une main d’œuvre docile et soumise, en véhiculant ces mêmes valeurs, en glorifiant l’idéologie de la classe dominante — le mythe du progrès. Par un grotesque mécanisme de dressage systématique récompensant les comportements conformes aux volontés des élites, et par la fabrication du consentement qui en découle, toutes les institutions et toutes les populations se mettent au diapason — c’est ainsi qu’on dresse les chiens.

Et c’est ainsi que partout on vante les mérites du « développement », du « progrès », et de la « civilisation » triomphante.

***

Un des principaux travers de l’idéologie dominante — de l’idéologie des élites, qui, par un ruissellement culturel, devient l’idéologie de leurs sujets, les masses —, est sa profonde aliénation vis-à-vis de la nature. Cette perte du lien avec le monde naturel semble aussi ancienne que la civilisation (en tant que culture, que type d’organisation sociale et que mode de vie spécifique), dont elle est une caractéristique essentielle — avec son corollaire : le mythe de la suprématie humaine, cette idée selon laquelle l’être humain serait une créature supérieure, toute-puissante, aux prérogatives d’essence quasi-divine. Ainsi que Derrick Jensen le rappelle :

Les humains civilisés détruisent les terres, et ce depuis l’aube de la civilisation. L’un des premiers mythes écrits de cette culture décrit Gilgamesh, déforestant ce que nous appelons aujourd’hui l’Irak — rasant des forêts de cèdres si épaisses que la lumière du soleil ne pouvait atteindre le sol, tout cela pour construire une grande cité, ou, plus exactement, pour que l’on retienne son nom.

Aristote, en son temps, écrivait que :

Les plantes existent pour les animaux, et les autres animaux pour l’homme, les animaux domestiques pour son usage et sa nourriture, les animaux sauvages, sinon tous du moins la plupart, pour sa nourriture et d’autres secours puisqu’il en tire vêtements et autres instruments. Si donc la nature ne fait rien d’inachevé ni rien en vain, il est nécessaire que ce soit pour les hommes que la nature ait fait tout cela. C’est pourquoi, en un sens, l’art de la guerre est un art naturel d’acquisition (car l’art de la chasse est une partie de cet art) auquel nous devons avoir recours contre les bêtes et les hommes qui sont nés pour être commandés mais n’y consentent pas : cette guerre-là est juste par nature.

& Cicéron :

Ce que la nature a fait de plus impétueux, la mer et les vents, nous seuls avons la faculté de les dompter, possédant l’art de la navigation ; aussi profitons-nous et jouissons-nous de beaucoup de choses qu’offre la mer. Nous sommes également les maîtres absolus de celles que présente la Terre. Nous jouissons des plaines, nous jouissons des montagnes ; c’est à nous que sont les rivières, à nous les lacs ; c’est nous qui semons les blés, nous qui plantons les arbres ; c’est nous qui conduisons l’eau dans les terres pour leur donner la fécondité : nous arrêtons les fleuves, nous les guidons, nous les détournons ; nos mains enfin essaient, pour ainsi dire, de faire dans la nature une nature nouvelle.

Enfin, citons Saint-Simon, qui, en 1820, écrit ce qui pourrait tout à fait résumer la pensée des classes dirigeantes de notre époque industrielle :

L’objet de l’industrie est l’exploitation du globe, c’est-à-dire l’appropriation de ses produits aux besoins de l’homme, et comme, en accomplissant cette tâche, elle modifie le globe, le transforme, change graduellement les conditions de son existence, il en résulte que par elle, l’homme participe, en dehors de lui-même en quelque sorte, aux manifestations successives de la divinité, et continue ainsi l’œuvre de la création. De ce point de vue, l’Industrie devient le culte.

L’antidote à ce poison du mythe de la suprématie humaine, qui passe souvent pour un humanisme, a été brillamment formulé par Claude Lévi-Strauss dans une interview donnée au journal le Monde en 1979  :

On m’a souvent reproché d’être anti-humaniste. Je ne crois pas que ce soit vrai. Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profondément la nocivité, c’est cette espèce d’humanisme dévergondé issu, d’une part, de la tradition judéo-chrétienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renaissance et du cartésianisme, qui fait de l’homme un maître, un seigneur absolu de la création.

J’ai le sentiment que toutes les tragédies que nous avons vécues, d’abord avec le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son prolongement naturel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la frontière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trouvé amené à reporter cette frontière au sein de l’espèce humaine, séparant certaines catégories reconnues seules véritablement humaines d’autres catégories qui subissent alors une dégradation conçue sur le même modèle qui servait à discriminer espèces vivantes humaines et non humaines. Véritable péché originel qui pousse l’humanité à l’autodestruction.

Le respect de l’homme par l’homme ne peut pas trouver son fondement dans certaines dignités particulières que l’humanité s’attribuerait en propre, car, alors, une fraction de l’humanité pourra toujours décider qu’elle incarne ces dignités de manière plus éminente que d’autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d’humilité principielle ; l’homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l’abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l’humanité même.

Malheureusement, il n’a été que formulé. Les classes dirigeantes n’ayant que faire de ces conseils, principalement parce qu’elles souhaitent conserver leurs pouvoirs et leurs privilèges, mais aussi parce qu’elles restent persuadées de la justesse de leur croyances (qu’elles rationalisent toujours, de quelque manière que ce soit), à travers les principaux hauts-parleurs culturels, c’est généralement le mythe de la suprématie humaine qui est véhiculé.

***

Parmi les mensonges officiels sur lesquels se fonde l’idée de « progrès » qui est au cœur du discours dominant, il faut souligner l’entreprise de diabolisation du passé et d’exaltation du futur. Le passé est présenté comme inférieur au présent, lui-même inférieur au futur, selon un principe temporel d’amélioration linéaire. Cette idée est manifestement fausse, ce qu’il est facile de comprendre pour peu que l’on porte un regard un tant soit peu lucide sur notre réalité. Ce noircissement du passé repose sur de multiples falsifications historiques, selon lesquelles plus on remonte dans le temps, plus on plonge dans la barbarie, plus la vie humaine était courte, brutale, dure, malheureuse et sombre – on mourait d’un simple rhume, ou de vieillesse à 20 ans, ou de carences alimentaires, ou de violences omniprésentes, etc.

En réalité, la liberté dont l’être humain jouissait par le passé a diminué à mesure de l’expansion des premières formes d’état, à l’instar de l’authenticité, de l’originalité, de l’indépendance, de l’autonomie, et de la richesse, qui caractérisaient la diversité des vies et des cultures humaines ayant existé, et qui caractérisent celles des quelques peuples non-civilisés qui subsistent encore. L’insistance sur l’augmentation de l’espérance de vie, dont il faut rappeler qu’elle ne saurait être un but en elle-même, et dont la plupart des gens se font une idée fausse, fait aussi partie de cette entreprise de dénigrement du passé. Par ailleurs, il est grotesque, présomptueux et méprisant (à l’égard des temps passés) de prétendre que la modernité et son « progrès » apportent le bonheur, ce qui, au vu du mal-être mondialisé, de l’explosion du stress, des burnouts, des dépressions, des angoisses et des troubles mentaux, des taux de suicides et des prescriptions d’antidépresseurs, est aisément contestable.

Et pourtant la civilisation industrielle — désormais planétaire, s’étant imposée partout à grands renforts de colonisations et d’impérialisme, basée sur l’esclavage salarial obligatoire, sur un extractivisme permanent, où les richesses et les bénéfices se concentrent entre les mains d’un nombre toujours plus restreint d’individus, qui a rendu l’air cancérigène, qui a contaminé les sols, les eaux et l’atmosphère de millions de produits de synthèse parfois extrêmement toxiques, qui détruit les forêts du monde entier et rempli les océans de plastiques, dont l’expansionnisme prédateur engendre actuellement la 6ème extinction de masse de l’histoire de la planète et un dérèglement climatique aux conséquences potentiellement dramatiques — est considérée, « progrès » oblige, comme le pinacle de l’existence humaine.

Cette inversion des réalités est dénoncée depuis longtemps. Pour prendre un exemple, voici un passage tiré du livre « Les temps futurs » d’Aldous Huxley :

Dès le début de la révolution industrielle, il avait prévu que les hommes seraient gratifiés d’une présomption tellement outrecuidante pour les miracles de leur propre technologie qu’ils ne tarderaient pas à perdre le sens des réalités. Et c’est précisément ce qui est arrivé. Ces misérables esclaves des rouages et des registres se mirent à se féliciter d’être les Vainqueurs de la Nature, vraiment ! En fait, bien entendu, ils avaient simplement renversé l’équilibre de la Nature et étaient sur le point d’en subir les conséquences. Songez donc à quoi ils se sont occupés au cours du siècle et demi qui a précédé la Chose. A polluer les rivières, à tuer tous les animaux sauvages, au point de les faire disparaître, à détruire les forêts, à délaver la couche superficielle du sol et à la déverser dans la mer, à consumer un océan de pétrole, à gaspiller les minéraux qu’il avait fallu la totalité des époques géologiques pour déposer. Une orgie d’imbécillité criminelle. Et ils ont appelé cela le Progrès. Le Progrès ! Je vous le dis, c’était une invention trop fantastique pour qu’elle ait été le produit d’un simple esprit humain — trop démoniaquement ironique ! Il a fallu pour cela une Aide extérieure. Il a fallu la Grâce de Bélial, qui, bien entendu, est toujours offerte — du moins, à quiconque est prêt à coopérer avec elle.

Bien entendu, le discours des médias et des principales institutions culturelles ignore volontiers le désastre en cours, d’où la prolifération de sujets de divertissement, d’où une véritable culture de la distraction permanente et frénétique (tout plutôt que parler de l’éléphant dans la pièce, ce qui risquerait de perturber le business-as-usual, et qui menacerait donc les intérêts des classes dominantes). Il n’insiste pas sur la myriade d’exactions engendrées par la civilisation industrielle planétaire, dont celles précédemment citées (réchauffement climatique, 6ème extinction de masse, etc.), qui sont les principales, mais qui sont loin d’être les seules ; bien d’autres sont passées sous silence, dont voici quelques exemples, pêle-mêle : le réseau d’exploitation sexuelle et d’esclavage salarial qui sévit actuellement dans l’agriculture sicilienne et dans lesquelles des milliers de femmes sont violées et battues ; le réseau d’esclavage moderne qui exploite près de 40 000 femmes en Italie continentale, des italiennes et des migrantes, dans des exploitations viticoles ; les épidémies de suicides et la pollution massive qui frappent actuellement la région de Bangalore (qualifiée de capitale mondiale du suicide) en Inde, où le « développement » détruit les liens familiaux et les communautés humaines ; l’exploitation de burkinabés de tous âges dans les camps d’orpaillage du Burkina Faso, où ils vivent et meurent dans des conditions dramatiques, entre malaria et maladies liées à l’utilisation du mercure, au bénéfice des riches et puissantes multinationales des pays dits « développés » ; le sort des pakistanais qui se retrouvent à trier les déchets électroniques cancérigènes des citoyens du monde libre en échange d’un salaire de misère (et de quelques maladies) ; l’exploitation de nicaraguayens sous-payés (la main d’oeuvre est la moins chère d’Amérique centrale) dans des maquiladoras, où ils confectionnent toutes sortes de vêtements pour des entreprises souvent nord-américaines, coréennes ou taïwanaises ; les épidémies de maladies de civilisation liées à la malbouffe industrielle, qui ravagent les populations du monde entier, dont les communautés du Mexique (deuxième pays au monde en termes de taux d’obésité et de surpoids, après les USA), qui connait une épidémie de maladies liées au gras et au sucre, où 7 adultes sur 10 sont en surpoids ou obèses, ainsi qu’1 enfant sur 3 – d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les mexicains sont les premiers consommateurs de soda (163 litres par an, et par personne), et la population la plus touchée par la mortalité liée au diabète de toute l’Amérique latine ; l’exploitation d’enfants et d’adultes au Malawi dans des plantations de tabac (où ils attrapent la « maladie du tabac vert » par intoxication à la nicotine) destiné à l’exportation, au bénéfice des groupes industriels comme British American Tobacco (Lucky Strike, Pal Mal, Gauloises, …) ou Philip Morris International (Malboro, L&M, Philip Morris…) ; la transformation de l’Albanie en poubelle géante (où l’on importe des déchets d’un peu partout pour les traiter, ce qui constitue un secteur très important de l’économie du pays, des milliers de gens vivent de ça, et vivent dans des décharges) ; la transformation de la ville de Guiyu en Chine, en poubelle géante de déchets électroniques (en provenance du monde entier), où des centaines de milliers de chinois, enfants et adultes, travaillent à les trier, et donc en contact direct avec des centaines de milliers de tonnes de produits hautement toxiques (les toxicologues s’intéressent aux records mondiaux de toxicité de Guiyu en termes de taux de cancer, de pollutions des sols, de l’eau, etc.) ; les pollutions massives de la mer Méditerranée, qui font d’elle la mer la plus polluée du monde, et sa surexploitation, qui fait d’elle un désert bleu ; les destructions environnementales en Mongolie (liées au « développement » du pays et à son industrie minière), où des villes parmi les plus polluées au monde suffoquent dans ce que certains décrivent comme « un enfer » ; les destructions des récifs coralliens, des fonds marins et des forêts des îles de Bangka et Belitung en Indonésie, où des mineurs d’étain légaux et illégaux risquent leur vie et perdent leur santé pour obtenir ce composant crucial des appareils électroniques, embourbé dans une vase radioactive ; la contamination des sols et des cours d’eau de plusieurs régions tunisiennes, où du cadmium et de l’uranium sont rejetés, entre autres, par le raffinage du phosphate qui y est extrait, avant d’être envoyé en Europe comme engrais agricole (raffinage qui surconsomme l’eau de nappes phréatiques et qui génère une épidémie de maladies plus ou moins graves sur place) ; les déforestations massives en Afrique, en Amazonie, en Indonésie, et un peu partout sur le globe, qui permettent l’expansion des monocultures de palmiers à huile, d’hévéa, d’eucalyptus et d’autres arbres (parfois génétiquement modifiés) utilisés par différentes industries, ou l’expansion des plantations de soja, ou l’expansion des surfaces destinées à l’élevage industriel ; comme vous le comprenez peut-être, cette liste est infinie, ou presque. Et chaque jour le bilan s’alourdit.

(Individuellement, il nous est impossible de suivre. La plupart des gens n’ont ni le temps, ni l’envie, ni la curiosité nécessaire pour évaluer et appréhender tout cela. Le travail et le divertissement sont de puissants outils de contrôle social, et puisque les médias de masse et les principales institutions culturelles n’en parlent pas, ou si peu, tout ceci est méconnu.)

Le monde entier se modernise, s’industrialise, de plus en plus de ressources sont nécessaires pour satisfaire toujours plus de nouveaux besoins artificiels (d’où l’explosion des ventes de smartphones en Asie, en Afrique, et ailleurs, des ventes de téléviseurs, etc.).

Des entreprises minières qui convoitent depuis longtemps les terres rares et autres minerais (comme l’uranium) des sous-sols groenlandais — récemment rendus accessibles, par chance, grâce au réchauffement climatique qui ouvre la voie à l’industrialisation de ce pays autrefois isolé et qui, accessoirement, a entièrement détruit leur mode de vie traditionnel, qui a anéanti les populations de poissons et autres animaux marins de la région — se préparent maintenant à commencer à les extraire. Une compagnie australo-chinoise a d’ores et déjà obtenu un permis. Les locaux semblent divisés vis-à-vis de ces exploitations. Certains sont préoccupés par les risques écologiques que cela pose. D’autres s’en foutent. Quoi qu’il en soit, les compagnies assurent que leurs extractions seront respectueuses de l’environnement (ne riez pas) ; qui plus est, ces terres rares et autres minerais tout aussi géniaux (comme l’uranium) sont extraits afin d’alimenter « l’économie verte » (pour fabriquer éoliennes, voitures hybrides, etc.). Ce qui nous amène à un nouveau mythe inventé il y a plus de 40 ans afin de désamorcer le doute et la contestation qui germaient à l’égard du « développement » et du « progrès », afin de rassurer et d’endormir les populations qui commençaient à se préoccuper du sort réservé au monde naturel : le mythe du « développement durable ».

A propos de l’inutilité et de l’ineptie des alternatives soi-disant vertes : http://partage-le.com/2015/03/les-illusions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-questions/

Car si l’on se chamaille parfois en France, et ailleurs, entre partisans de la gauche, de l’extrême-gauche, de la droite et de l’extrême-droite, on s’accorde tous en ce qui concerne des choses comme l’électrification, unanimement considérée comme un « progrès » — évidemment ! On pense tous que le « développement » des ressources naturelles est une bonne chose — cela va de soi ! Le monde qu’ils appellent de leurs vœux, bien que différant sur des détails, est grosso modo le même : dans tous les cas, le soi-disant « progrès » technologique est à garder (téléviseurs, automobiles, grille-pains, réfrigérateurs, micro-ondes, smartphones, ordinateurs, tablettes, etc.). De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, on est d’accord sur l’essentiel. Si l’on entend parfois tel ou tel partisan d’un parti de gauche affirmer qu’il porte un projet radicalement différent de celui de tel ou tel partisan d’un parti de droite, ou inversement, c’est simplement parce qu’à leurs yeux, le débat politique est encapsulé dans un cadre droite-gauche (ou extrême-droite  extrême-gauche), auquel il se limite. Tous ceux qui s’expriment au sein de ce cadre s’accordent sur un grand nombre de prémisses, qu’ils soient de droite ou de gauche ; tous sont les apôtres d’une même idéologie. D’une certaine manière, il n’y a qu’un seul parti qui règne en maître dans la quasi-totalité des pays du globe : le parti du progrès et du développement. Un parti unique, à peine critiqué sur la forme de ses accomplissements.

En effet, beaucoup d’individus plus ou moins conscients d’une partie des problèmes qu’engendrent ce progrès et ce développement ne souhaitent pas pour autant y renoncer, car encore trop aliénés et hypnotisés par leurs promesses miraculeuses. Ils adhèrent alors volontiers au mythe du « développement durable », à l’idée relativement absurde et manifestement fausse selon laquelle il est possible de tout avoir : le développement ET l’écologie, de tout concilier : un système mondialisé hautement technologique ET le respect de l’environnement, une société high-tech ultracomplexe planétaire ET une véritable démocratie. Ce mythe sert à protéger le statu quo. Les énergies soi-disant renouvelables sont une opération marketing. Elles reposent sur l’extractivisme, sur des pratiques anti-écologiques et sur des infrastructures industrielles entièrement insoutenables. D’ailleurs, la focalisation de la question écologique sur la seule problématique de la production énergétique permet de dissimuler l’ampleur de ce qui pose réellement problème : toutes les productions industrielles sont polluantes, toutes sont toxiques, toutes sont insoutenables (de l’industrie chimique, à l’industrie textile, en passant par les industries agricole, automobile, électro-informatique, du jouet, de l’armement, cosmétique, etc.). Les hautes technologies reposent toutes sur des processus similaires et anti-écologiques ; leur gestion requiert une spécialisation poussée, une division du travail, et donc une organisation sociale très hiérarchisée (anti-démocratique).

Ceux qui choisissent de croire en ce qu’il est possible de tout avoir basent leur espérance sur une forme de foi (et manifestement pas sur le monde réel, sans quoi ils se seraient aperçus du fait que ce qu’ils fantasment est fonctionnellement et intrinsèquement irréalisable). Une foi religieuse en la toute-puissance de la science et du développement technologique, en la toute-puissance de l’être humain, finalement, ce qui illustre bien l’hubris de la civilisation.

Quoi qu’il en soit, si l’on met de côté le caractère profondément anti-écologique des hautes technologies, ce qui échappe encore largement à ceux qui croient au mythe du « développement durable » comme à tous ceux qui croient en l’idéologie du « progrès », c’est que l’essence même d’une société de masse (qui plus est d’une société de masse hautement technologique), est liberticide. Ainsi que Traven le souligne dans le passage cité plus haut, plus le fonctionnement d’une société est rigidifié par des lois, des décrets, des règlements, des arrêtés, etc., plus la liberté est érodée. Plus une société regroupe d’individus, plus son potentiel démocratique diminue (ainsi que Rousseau le comprenait, la démocratie sied à un village ou à une commune, certainement pas à une société de la taille de nos états modernes). Et plus le système technologique de cette société se complexifie, moins l’individu le contrôle : plus il perd en autonomie, plus il en devient dépendant, plus son existence en devient captive (pour approfondir et mieux saisir ce phénomène, lire Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Lewis Mumford, ou Ivan Illich). Sans parler du fait que les matières premières nécessaires au développement hautement technologique, ou à la subsistance de ceux qui vivent de manière non-autonome, doivent bien venir de quelque part, ce qui implique l’impérialisme prédateur qui caractérise la civilisation depuis des millénaires.

Si la corruption, la pollution, la destruction, les inégalités, les injustices, et tous les maux qui nous accablent, ne parviennent pas à être endigués, c’est parce notre mode de vie, notre société — la civilisation industrielle — ne peuvent être réformés. C’est parce qu’il n’y a pas de solution qui permette de conserver les conforts technologiques modernes, les commodités (relatives) apportés par le « progrès » et le « développement », ET de ne pas détruire la planète. C’est parce qu’il est impossible de concilier l’idéologie du progrès et du développement avec l’écologie et la démocratie.

Aussi difficile à comprendre que ce soit aux yeux de ceux qui sont nés dans ce bourbier de culture progressiste et développementiste qu’est la civilisation, qui sont profondément imprégnés de sa mythologie toxique et de ses valeurs malsaines (chez qui on provoquerait une migraine à tenter de leur expliquer que la télévision, l’ordinateur, la voiture, internet, l’électrification et la civilisation sont manifestement autant de fourvoiements), la seule manière de mettre fin à l’écocide et au suicide en cours, et la seule manière de faire en sorte que les générations futures de non-humains et d’humains connaissent un futur relativement supportable (ou simplement pour qu’elles aient un futur), qui ne soit pas rendu absolument infernal et insupportable (par un détraquement et une destruction trop poussés des écosystèmes, par un dérèglement climatique aux conséquences trop dévastatrices, par une pollution des sols, de l’air et des eaux qui les rendent invivables), consiste à précipiter l’inéluctable effondrement de cette société mortifère.(source)

 

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Ce que pense Urvoas de la déchéance de nationalité et de l’état d’urgence

Jean-Jacques Urvoas, en novembre 2015. REUTERS/Charles Platiau

Jean-Jacques Urvoas, en novembre 2015. REUTERS/Charles Platiau

Bon à savoir – Le député breton a été nommé ministre de la Justice en remplacement de Christiane Taubira. Il n’avait pas vraiment prévu de porter la réforme constitutionnelle sur la déchéance de nationalité.

Christiane Taubira a démissionné de son poste de Garde des Sceaux ce mercredi 27 janvier. Cette décision avait été actée dès samedi 23, mais, dans un communiqué, l’Élysée a fait savoir qu’elle a remis sa démission ce matin à François Hollande qui l’a acceptée:

«Ils ont convenu de la nécessité de mettre fin à ses fonctions au moment où le débat sur la révision constitutionnelle s’ouvre à l’Assemblée nationale, aujourd’hui, en commission des Lois.»

La désormais ancienne ministre de la Justice s’est exprimée sur son compte Twitter:

Cette démission se fait sur fond de débat sur la déchéance de nationalité. Comme le rappelait l’Élysée dans son communiqué, c’est ce 27 janvier que le texte doit arriver en commission. Christiane Taubira avait fait part à plusieurs reprises de son désaccord sur le sujet.

«Je ne fais pas mystère du fait que, oui, je pense que la déchéance de la nationalité n’est pas souhaitable pour des Français binationaux parce que l’efficacité –c’est reconnu unanimement, je l’ai dit avant tout le monde, et le Premier ministre en a convenu sans difficulté– est absolument dérisoire. Par contre, cela touche un pilier relativement important et je ne m’en suis pas cachée.»

C’est le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas, jusque-là président de la commission des Lois de l’Assemblée nationale, qui la remplace. Dans son live, FranceTVInfo souligne par ailleurs que «son nom avait déjà circulé pour la Justice ou l’Intérieur lors de précédents remaniements». Dans ce jeu de chaises musicales, «le député PS de Loire-Atlantique Dominique Raimbourg a été nommé rapporteur du projet de loi constitutionnelle», tandis que le député socialiste «Jean-Yves Le Bouillonnec prend lui la tête de la commission des lois de l’Assemblée nationale», indique Le Monde.

Évolution sécuritaire

Jean-Jacques Urvoas est bien connu par les associations de défense des libertés publiques comme l’homme derrière la loi Renseignement. Libération retraçait en mai 2015 son évolution sécuritaire en l’espace de quelques mois:

«Dans l’opposition, Urvoas était un des adversaires à la loi sarkozyste Loppsi 2, qui multipliait la vidéosurveillance. Maintenant, il légalise l’utilisation de valises espionnes capables de capter tous les échanges téléphoniques. Avant, il voulait désarmer les polices municipales. Maintenant, il tente de protéger le “secret des affaires”, comme en rêve le Medef. Avant, il préconisait de fusionner l’Intérieur et la Justice dans un “grand ministère de la Règle et du Droit”. Il se contenterait bien, maintenant, d’être à la tête du premier.»

Il a donc finalement obtenu la Justice.

Silence réservé

Sur le sujet de ces prochains jours, la déchéance de nationalité, RTL rappelle que, jusqu’à aujourd’hui, Jean-Jacques Urvoas était «chargé d’une mission [en tant que président de la commission des Lois] pour trouver une solution à la réforme constitutionnelle de la déchéance de nationalité, à laquelle Christiane Taubira s’était publiquement opposée à plusieurs reprises».

Libération soulignait par ailleurs que le nouveau ministre de la Justice n’avait pas tout à fait prévu de porter cette réforme constitutionnelle:

«Si Urvoas se voyait porter une réforme constitutionnelle, ce n’était sûrement pas celle-là. […] Ce Breton passionné et ex-maître de conférences en droit public ne s’est, en revanche, pas exprimé sur la déchéance de nationalité. Une discrétion qui trahirait ses réserves, croient savoir certains. “Il s’est enterré à Quimper toutes les fêtes et a attendu que ça passe”, sourit un socialiste de sa commission. Quand ceux-ci se sont retrouvés lors d’un déjeuner début janvier, il a veillé à garder le silence.»

Comme l’ajoute Le Monde«Jean-Jacques Urvoas, lui, n’avait jamais été un ardent défenseur de la mesure mais il s’était bien gardé de faire savoir publiquement ses réticences. Depuis que Manuel Valls lui avait demandé, mi-janvier, de trouver un compromis a priori impossible entre majorité, exécutif et opposition sur la déchéance de nationalité, ce Breton revendiqué s’était attelé à la tâche avec application, dans le plus grand secret. Et non sans une certaine fierté».

«État de crise»

Sur l’autre sujet du moment, le prolongation de l’état d’urgence, L’Opinion expliquait en novembre 2015 qu’à «l’expression “état d’urgence”, Jean-Jacques Urvoas préfère celle d’“état de crise”: “L’urgence signifie qu’il y a un pic. Celui de crise peut davantage s’inscrire dans la durée.”»

Un mois plus tard, il se montrait assez critique lors d’un premier bilan, comme le rapportait LCP:

«Jean-Jacques Urvoas a dressé mercredi [16 décembre] devant la commission des Lois un premier bilan du contrôle parlementaire de l’état d’urgence. “Des interrogations manifestes existent sur la justification de certaines mesures individuelles (comme les) perquisitions ou assignations à résidence ou générales (comme les) interdictions de manifester”, a noté le député socialiste.

Le président de la commission des Lois a donné l’exemple de la Dordogne: “En matière de proportionnalité, les mesures prises apparaissent manifestement disproportionnées…”

Jean-Jacques Urvoas a aussi jugé nécessaires “des approfondissements sur la caractérisation du ‘comportement’ dangereux”, qui peut justifier une assignation à résidence.»

Le Monde rappelle également qu’il avait «plaidé, avec succès, pour l’instauration d’un contrôle parlementaire de l’état d’urgence, lors du vote de la prorogation de celui-ci, quelques jours après les attentats de novembre 2015»:

«Et il ne s’était pas privé, en rendant compte de ses travaux, le 13 janvier, pour mettre en garde sur le fait que “les procédures gloutonnes permises par l’état d’urgence ne viennent pas dévorer le droit commun des libertés”.»

Un positionnement que l’on retrouve sur son blog, sur lequel on peut lire la retranscription de ses vœux, présentés le 14 janvier 2016, à la Maison pour tous de Penhars:

«Les Français n’ont jamais été aussi protégés, l’État ayant consenti des efforts conséquents de créations de postes et de crédits d’équipements pour nos forces de sécurité; si la République est une force, l’état d’urgence est son bouclier, une protection, qui permet d’agir dans un cadre de droit pour que l’ordre public soit garanti et que les libertés individuelles ou collectives soient préservées; et, sur ces sujets, il faut éviter la surenchère entre le vibrato et le vitriol, chercher toujours à dépasser les clivages, car quand l’essentiel est en jeu le pays doit se retrouver et ses représentants ne doivent pas se désunir.»

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Publié par le 27 janvier 2016 dans général, Politique, société

 

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Nimr al-Nimr, symbole de la résistance à l’oppression et de la liberté d’expression

Suite à mon article sur l’exécution de Nimr al-Nimr et les tensions entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, je publie un extrait d’un discours de Cheikh Nimr al-Nimr datant du 7 octobre 2011. Prononcé avant la prière rituelle du vendredi, il comprend deux sections, l’une religieuse et l’autre politique, une disposition traditionnelle chez les chiites depuis la Révolution Islamique de l’Imam Khomeini.

Cet extrait se situe à la transition entre ces deux sections, et en plus d’apporter des informations précises sur le « Printemps arabe » en Arabie Saoudite – soumis à un embargo politico-médiatique depuis 2011 –, il permet de voir comment la religion peut être non pas un vecteur d’oppression et d’arriération, mais bien un instrument de libération et d’émancipation des peuples, conception avec laquelle l’Occident n’est pas forcément familier.

La dénonciation politique de la religion en tant qu’instance de domination réactionnaire, inculquant la résignation aux peuples face au pouvoir politique temporel en échange d’hypothétiques récompenses éternelles, était combattue par Marx, farouchement athée, mais également par Rousseau, Robespierre et Jaurès, dont la pensée s’inspirait largement – et explicitement – de sources religieuses.

Par sa dénonciation virulente, éloquente et courageuse d’un régime barbare qui compte parmi les plus tyranniques au monde (mais ne laisse pas d’être un allié stratégique de Washington, Londres et Paris) et son combat pacifique pour la liberté et la dignité, qui n’étaient certes pas de vains mots pour lui, Nimr al-Nimr est incontestablement un martyr de la lutte pour l’auto-détermination des peuples et la liberté d’expression. Loin de l’étouffer et de l’éteindre, son exécution ne fera que donner un plus grand écho à sa voix.

Soumis au Blog par Salah Lamrani
 
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Publié par le 12 janvier 2016 dans général, International, Politique

 

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