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Qui va encore acheter de la dette américaine ?

usa dollar
Durant le mois d’avril, les taux des obligations américaines ont grimpé de façon significative. Le média américain Zero Hedge s’est posé la question de savoir pourquoi. Et en examinant les statistiques fournies par les autorités américaines, il en a déduit que la Russie est en partie responsable de ce mouvement. Moscou a vendu pas moins de la moitié de son portefeuille d’obligations américaines, soit plus de 47 milliards de Treasuries !

Et ce ne sont pas les seuls … Donc c’est une bonne question de savoir qui va acheter de la dette US … La Belgique ?
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Précédemment, nous avons vu que la trajectoire budgétaire américaine n’est plus considérée comme soutenable. Qui va acheter toute cette dette américaine ?

La Fed projette de diviser son bilan par deux  d’ici 2022.

Comme l’expliquait le blog Economica (1) le 21 février, la Fed a prévu de diviser la taille de son bilan par deux afin qu’il passe de 4 500 Mds$ à 2 200 Mds$ d’ici 2022. Par conséquent, la Fed sera vendeuse nette d’obligations américaines, et l’ensemble de la dette nouvellement issue sera mise sur le marché.

Bilan de la Réserve fédérale et fin du QE (milliers de Mds$)

La demande étrangère est « en grève » depuis fin 2014

Les investisseurs étrangers  ont été très demandeurs de dette fédérale au cours des dernières années et en détenaient pour 6 300 Mds$ en décembre 2017

Cependant, « depuis que le QE s’est terminé fin 2014, les étrangers se sont fondamentalement mis en grève, n’ajoutant que 150 Mds$ de dette à leur stock en un peu plus de trois ans », commente Economica.

Montant total de la dette américaine détenu par des étrangers (milliers de Mds$)

La Chine et le Japon sont vendeurs nets de dette US depuis 2011 et 2015

Dans le détail, trois groupes d’investisseurs détiennent chacun autour de 18% (55% au total) du total des 6 300 Mds$ de dette US aux mains des investisseurs étrangers.

Stocks de dette fédérale américaine de la Chine et du Japon

La Chine a frénétiquement acheté de la dette US jusqu’au débat sur le plafond de la dette en juillet 2011, après quoi elle est devenue (légèrement, pour le moment) vendeuse nette. A cette époque, le Japon a dans une certaine mesure pris le relais de la Chine dans l’absorption de la dette US, mais le pays est devenu vendeur net depuis 2015, pour finalement revenir à sa position de juillet 2011 avec 1 100 Mds$.

Il y a enfin le groupe des BLICS (Belgique, Luxembourg, Irlande, Île Cayman, Suisse), au sujet duquel il précise que « c’est l’augmentation de 800 Mds$ d’achat de dette US par les BLICS depuis juillet 2011 qui a maintenu la demande étrangère en vie ».

Et si les pays étrangers dégainaient l’« option nucléaire » en réponse à la guerre commerciale américaine ?

Comme le fait remarquer Zero Hedge, le déclenchement de la guerre commerciale par Donald Trump fait ressurgir le vieux serpent de mer de la cession des titres de dette US par les banques centrales étrangères.

Voici le détail de l’évolution des positions étrangères sur un an, de décembre 2016 à décembre 2017. Comme vous pouvez le constater, la France ne pèse pas lourd avec seulement 80 Mds$ dans la balance. La Russie – qui  a été vendeuse nette sur les trois premiers mois de 2018 – n’arrivait qu’en 15ème position avec 102 Mds$.

Au total, 4 000 Mds$ (soit presque les deux tiers du montant total détenu par l’étranger) sont détenus non pas en direct par les particuliers mais par des banques centrales, des fonds souverains, etc.

Rappelons que ce stock accumulé au fil des ans correspond à des importations payées à crédit par les Etats-Unis. Un système bien rodé sur lequel repose le modèle économique américain.

Inutile de préciser que si les plus gros détenteurs de dette US décidaient d’en vendre une partie, il se passerait des choses intéressantes au niveau des taux longs, comme l’explique Natixis (3).

Même si les velléités chinoises ne sont jusqu’à présent restées que des mots, « la menace est réelle », estime Kristina Hooper, Chief global market strategist chez Invesco. Elle est d’autant plus grave que les Etats-Unis ne se sont jamais trouvés sur une trajectoire budgétaire aussi insoutenable.

L’équipe de recherche de Patrick Artus prend moins de gants pour exprimer son opinion :

« Cet équilibre coopératif est clairement en train de se rompre aujourd’hui, ce qui sera surtout coûteux pour les Etats-Unis ».

D’ailleurs, comme le montrait Deutsche Bank au mois d’avril avril, la demande étrangère pour les bons du Trésor tend globalement à s’affaiblir depuis 2016.

L’appétit des étrangers pour la dette fédérale américaine décline

L’appétit des étrangers pour la dette fédérale américaine décline

Cependant, déverser des quantités énormes de titres de dette US sur les marchés reviendrait par exemple pour la Chine à se tirer une balle dans le pied, faisant mécaniquement augmenter les taux et diminuer la valeur des titres en question.

Voici ce qu’analyse Zero Hedge (5) :

« Les étrangers n’ont pas besoin de liquider l’intégralité de leurs avoirs, ni même la majorité : tout ce qu’ils doivent faire, c’est s’engager dans une liquidation tranchante et aiguë qui enverrait les taux à un niveau nettement plus élevé, ce qui – comme l’ont montré les événements de début février – pourrait bien conduire à un krach boursier. Trump évaluant de plus en plus sa performance à l’aune des mouvements quotidiens sur le S&P, une chute brutale du marché pourrait bien être tout ce que les étrangers ont besoin d’accomplir pour forcer Trump à reculer [au sujet de la guerre commerciale] ».

L’histoire montre en effet que les marchés actions auraient sans doute beaucoup de mal à digérer une hausse des taux longs…

Les marchés actions ne performent pas lorsque les taux longs montent

Les marchés actions ne performent pas lorsque les taux longs montent

On notera aussi que, comme le soulignait Bloomberg début mars, la part des titres du Trésor détenus par les banques centrales étrangères (et la Fed) est passée de 45% en 2015 à 40% début 2018, et ce alors même que la dette US continue d’augmenter.

En résumé, les Etats-Unis comptent sur les acheteurs étrangers mais seront-ils au rendez-vous ?

C’est ce que nous verrons très prochainement.

(1) https://econimica.blogspot.fr/2018/02/who-is-it-that-wants-to-buy-trillions.html

(2) https://www.zerohedge.com/news/2018-03-03/will-foreigners-retaliate-trumps-trade-war-dumping-us-treasuries

(3)https://www.research.natixis.com/GlobalResearchWeb/main/globalresearch/ViewDocument/274Uf8Xj2yyvEZ6kuSUidw==

(4) https://www.zerohedge.com/news/2018-04-28/deutsche-us-about-suffer-debt-crisis-here-are-signs

(5) https://www.zerohedge.com/news/2018-02-14/albert-edwards-we-just-had-small-taste-coming-financial-collapse

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Publié par le 21 juin 2018 dans économie, général, International

 

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« L’incroyable proposition de loi américaine ! Rendre le dollar convertible en or !!! »

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Je dois vous avouer que j’en suis resté béat, baba, sidéré… Je me suis dit, voilà une information qui a tout d’une fausse information, voici encore un coup des popov (les Russes, pour les plus jeunes qui ne parlent pas la guerre froide), eh bien figurez-vous que non !

Il y a bien un député hurluberlu aux États-Unis d’Amérique qui vient d’avoir la très pertinente idée d’introduire une proposition de loi visant à rendre le dollar convertible en or, et cette proposition de loi est en elle-même tout un programme.

Comme je suis très gentil à l’égard de mes biens aimables lecteurs, je vais vous traduire intégralement cette proposition de loi, mais avant tout je voulais vous parler de l’or comme monnaie.

N’ayez pas peur… de la déflation !!

C’est les gouvernements qui ont peur de la déflation, car la déflation c’est l’inverse de l’inflation. Et les gouvernements ont assis leur pouvoir, leurs dépenses, leurs ressources et le financement de leurs mensonges électoraux sur la création monétaire et donc sur l’inflation. Sans inflation, nos dirigeants sont tous en faillite.

En ce qui concerne les sans-dents que nous sommes, la déflation est généralement un bonheur ineffable, enfin, la déflation est génétiquement une conséquence du capitalisme.

En effet, le capitalisme vise à faire toujours mieux avec moins. Cette recherche de la productivité porte en elle la conséquence naturelle de la déflation.

Je vous disais 3 lignes plus haut que vous aimiez la déflation (moi aussi). J’aime la déflation quand le prix de mon ordinateur ou de mon écran plat baisse, j’aime le prix des billets d’avion en chute libre (pas les avions), ou encore lorsque j’ai de plus en plus de confort dans ma voiture, et que Dacia maintient ses prix (oui, cela marche un peu moins avec Porsche).

Dernier élément. Si pendant des siècles la croissance de la population a été très forte, nous avons commencé à voir, au niveau mondial, une déflation démographique très importante.

Si nous continuons d’augmenter la quantité de monnaie alors que la population diminue, nous allons augmenter le phénomène de perte de valeur des monnaies.

Prenez l’exemple éclairant du Japon, à ce sujet très en avance sur la déflation démographique et la création monétaire assez débridée.

Proposition H. R. 5404 à la Chambre des représentants en date du 22 mars 2018

Cette proposition numéro 5404 est intitulée « Définir le dollar comme un poids fixe d’or ». Tout un programme qui vient réjouir mes chastes oreilles de « monétariste ».

Ce projet de loi a été déposé par un presque illustre inconnu au niveau international, Monsieur Mooney, député de la Virginie-Occidentale. Mooney… Money, il n’y a qu’un pas symbolique à franchir !!

Au moment où lirez ces lignes, le projet de loi a été renvoyé au Comité des services financiers qui va certainement décider de classer tout cela sans suite, mais c’est tout de même une belle provocation politique que de porter ce genre d’idée économiquement subversive au sein des instances législatives.

L’or est la seule monnaie qui a toujours rendu visible toutes les tricheries des gouvernements et limité leur pouvoir néfaste sur les peuples et leurs tentations naturelles à la dictature.
Voici le texte traduit de cette proposition de loi américaine.

Définir le dollar comme un poids fixe d’or.

Qu’il soit promulgué par le Sénat et la Chambre des représentants des États-Unis d’Amérique réunis au Congrès,

SECTION 1.

Le Congrès constate ce qui suit :

(1) Le dollar des États-Unis a perdu 30 % de son pouvoir d’achat depuis 2000, et 96 % de son pouvoir d’achat depuis la fin de l’étalon-or en 1913.

(2) En vertu de l’objectif annuel d’inflation de 2 % de la Réserve fédérale, le dollar perd la moitié de son pouvoir d’achat à chaque génération, soit tous les 35 ans.

(3) Les familles américaines ont besoin d’une stabilité des prix à long terme pour répondre aux besoins de dépenses de leur ménage, épargner de l’argent et planifier leur retraite.

(4) La politique d’inflation à long terme de la Réserve fédérale a rendu l’industrie manufacturière américaine non-compétitive, augmentant le coût des produits manufacturés des États-Unis de plus de 40 % depuis 2000, contre moins de 20 % en Allemagne et en France.

(5) Entre 2000 et 2010, l’emploi dans le secteur manufacturier aux États-Unis a diminué d’un tiers après s’être stabilisé pendant 30 ans à près de 20 000 000 d’emplois.

(6) L’économie américaine a besoin d’un dollar stable, de taux de change fixes et d’une masse monétaire contrôlée par le marché et non par le gouvernement.

(7) L’étalon-or met le contrôle de la masse monétaire entre les mains du marché au lieu de celles de la Réserve fédérale.

(8) L’étalon-or est le cours légal défini par une certaine quantité d’or et convertible en une certaine quantité d’or.

En vertu de l’étalon-or jusqu’en 1913, l’économie des États-Unis a connu une croissance annuelle moyenne de quatre pour cent (4 %), soit un tiers de plus que le taux de croissance depuis lors et deux fois plus élevé que depuis l’an 2000.

(10) L’étalon international d’échange de l’or de 1914 à 1971 ne prévoyait pas un dollar des États-Unis convertible en or et a donc contribué à provoquer la Grande Dépression et la stagflation.

(11) La politique de la Réserve fédérale, qui consiste à accroître la masse monétaire sans que la demande ne progresse au même rythme, a enrichi les propriétaires d’actifs financiers, mais a mis en danger les emplois, les salaires et les économies des cols bleus.

(12) Le rétablissement de la prospérité de la classe moyenne américaine nécessite un changement de politique monétaire autorisé par le Congrès dans l’article I, section 8, clause 5 de la Constitution.

SECTION 2. DÉFINIR LE DOLLAR EN TERMES D’OR.

En vigueur 30 mois après la date d’entrée en vigueur de la présente loi.

(1) Le secrétaire du Trésor (appelé dans la présente loi le  » secrétaire « ) définit le dollar en fonction d’un poids fixe d’or, basé sur le cours de clôture de l’or ce jour-là ; et

(2) Les banques de la Réserve fédérale rendront les billets de la Réserve fédérale échangeables contre de l’or selon la définition statutaire de l’or du dollar.

SECTION 3. LA DIVULGATION DE LA DÉTENTION.

Au cours de la période de 30 mois suivant la date d’entrée en vigueur de la présente loi, le gouvernement des États-Unis doit prendre des mesures opportunes et raisonnables pour divulguer tous ses avoirs en or, ainsi qu’un rapport simultané de tous les achats ou ventes du gouvernement des États-Unis, améliorant ainsi la capacité du marché et des participants au marché d’arriver à la parité fixe dollar-or d’une manière ordonnée.

Fin…

Oui… Un monde avec une monnaie neutre serait un monde certainement bien meilleur, un monde qui resterait encore imparfait, mais une grande partie des souffrances de l’humanité serait limitée.

N’oubliez pas ce que disait le Général de Gaulle, un grand amateur de l’or comme monnaie nationale : « Celui qui parie sur les gouvernements et leurs papiers monnaies parie contre 6 000 ans d’histoire. »

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

 
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Publié par le 10 avril 2018 dans économie, général, International, or et argent métal

 

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Le désastre de la civilisation américaine

On a parlé ici de la crise du tourisme en Amérique. Parlons de la crise de la civilisation en Amérique, cette nation indispensable qui crée un monde zombi à son image.

Il reste un cinéaste américain, Alexander Payne, qui nous conte à travers des films comme les Descendants, Schmidt ou Nebraska le désastre de la civilisation américaine. La matrice américaine entre les mains des oligarques a tué la civilisation américaine et l’a dévitalisée. Michael Snyder sur son blog ne cesse de nous donner semaine après semaine des nouvelles de cet effondrement physique de l’Amérique, cette Amérique représentée par les jeunes filles odieuses et monstrueuses comme la grosse Kardashian ou l’Ivanka Trump-Kushner.

Le néant US accompagne bien sûr une extension du domaine de la lutte, pour reprendre l’expression de Houellebecq. Car la matrice fait vivre de plus en plus mal les gens à l’intérieur, et elle fait souffrir ou extermine de plus en plus de peuples à l’extérieur, du monde musulman aux banlieues industrielles chinoises et bengalis (cinq euros par mois pour fabriquer des chemises vendues soixante chez Gap) en passant par la banlieue française. Comme dans un livre de Jack London que j’ai analysé récemment,l’oligarchie devient de plus en plus fasciste et dangereuse, car elle carbure moins à l’impérial qu’au prétexte humanitaire : réparation du monde (tikkun), lutte contre le nationalisme, le sous-développement, le terrorisme (sauf Daesh), l’islamisme, etc.

Jack London écrit dans le talon de fer : « La force motrice des oligarques est leur conviction de bien faire. » Les milliardaires éduquent ensuite leurs enfants et les rendent tout prêts à amender l’humanité, et à l’exterminer comme populiste quand elle ne veut pas être amendée !

Et s’il y a un cinéaste, il y a aussi un grand analyste du désastre US (qui est devenu le nôtre lors de notre passage à la globalisation), et qui se nomme Howard Kunstler. Je donne ici deux extraits de son dernier texte, qui résume son œuvre maîtresse, The Long Emergency (merci à Hervé pour la traduction).

Froidement Kunstler présente ainsi son pays :

« Je vis dans un coin de cette Amérique périphérique, où vous pouvez facilement lire les conditions de vie sur les murs : les rues principales vides, surtout quand la nuit tombe, les maisons sans soins et se dégradant d’année en année, les fermes abandonnées avec des granges qui tombent en ruine, les outils agricoles rouillant sous la pluie et les pâturages couverts de sumacs, ces chaînes nationales de magasins parasites, poussant comme des tumeurs aux abords de chaque ville. »

Ce pourrissement culturel créé par l’oligarchie avide et folle, les Wal-Mart, la multiplication des « détritus urbains » (Lewis Mumford) et la crétinisation médiatique crée une humanité à la hauteur :

« Vous pouvez le lire dans le corps des gens dans ces nouveaux centre-ville, c’est-à-dire le supermarché : des personnes prématurément vieilles, engraissées et rendues malades par la consommation de mauvaises nourritures, faites pour avoir l’air et avoir un goût irrésistible, aux pauvres qui s’enfoncent dans le désespoir, une consolation mortelle pour des vies remplies par des heures vides, occupées à regarder la trash-télé, des jeux informatiques addictifs et leurs propres mélodrames familiers conçus pour donner un sens narratif à des vies qui, autrement, ne comportent aucun événement ou effort. »

Tout programme télé me semble à moi aujourd’hui totalement insupportable. Il ne faut plus être tour à fait humain pour se gaver de télé. Evidemment cela rend ensuite la démarche plus dure à l’antisystème : comment peut-il expliquer le monde à un zombi nourri de l’arme de destruction massive qu’est la télévision ? Et l’on rencontre ce problème tous les jours. On est dans le classique de Don Siegel.

Une illustration donnée par Snyder a magnifiquement illustré l’involution américaine des années Eisenhower aux années Obama. On peut en dire autant du cinéma. Godard disait qu’il ne critiquait pas le cinéma américain contemporain parce qu’il était anti-américain, mais parce que ce cinéma est devenu mauvais. Où sont passés les Walsh, Ford et Minnelli d’antan ?

Il y a dix-sept ans j’avais publié un roman d’anticipation sur ce thème, les territoires protocolaires. C’est que la construction européenne avait facilité l’émergence d’une Europe déracinée et défigurée, présente déjà en France à l’époque de Pompidou : les grandes surfaces, les autoroutes, les zones de luxe, le pourrissement culturel par la télévision. Cet anéantissement de toute civilisation présent aussi au Maroc (agglomérations interminables autour de Tanger, aéroports, centres commerciaux, villas et immigration de luxe – gourbis et HLM pour les autochtones) se répand dans le monde comme un cancer. L’insensibilité des populations toujours plus hébétées (Baudrillard) par les médias accompagne ce phénomène. On cherche à en savoir plus sur le simulacre Kardashian (soixante millions de tweeter ; et je rappelle : un million de commentaires par chanson Gaga) que sur la prochaine guerre ou l’état de son âme.

Lorsque j’avais découvert et commenté – en 2012 – Howard Kunstler pour la presse russe, il était encore à la mode en Amérique, et prévoyait comme toujours une catastrophe énergétique (prévoir une catastrophe financière ou autre est devenu une usine à gaz), mais surtout il décrivait cette apocalyptique réalité – celle que Kunstler appelle le sprawling, la prolifération de cette géographie du nulle part qui s’étend partout et pourrit tout l’espace mondial (repensons à Guénon).

L’impérialisme américain devenu risible et hors de contrôle, mais impuissant aussi, ne doit pas nous faire oublier la vraie menace, celle du modèle économique et urbain. C’est par là que l’on devrait commencer les prochains combats qui nous guettent. Au lieu de prévoir des catastrophes imprévisibles, voir enfin ce désastre américain qui nous entoure et nous consume.

Nicolas Bonnal
Sources

Le blues national – Le Saker Francophone

Nicolas Bonnal – les territoires protocolaires ; les grands auteurs et la théorie… (Kindle)

Kunstler, James Howard, The Geography of Nowhere (Simon and Schuster, 1994). Kunstler, James Howard, The Long Emergency (Atlantic Monthly Press, 2005).

Jack London – le talon de fer (ebooksgratuits.com)

 
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Publié par le 18 octobre 2017 dans général, société

 

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L’énorme bulle immobilière américaine en graphiques

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

Vous avez aimé la bulle immobilière de 2007?

Vous avez aimé les conséquences de ce krach et les 10 ans de crises économiques qu’elle a pu déclencher à elle seule ou presque?

Vous avez aimé les paniques bancaires?

Vous avez aimé les plans de relance nécessaires qui ont mené des Etats entiers au bord de la ruine.

Vous avez aimé l’impression presque illimitée des monnaies pour “sauver” le monde?

Vous aimez toujours les taux 0 et l’absence de rendement?

Alors vous allez adorer la prochaine bulle immobilière qui est encore plus grosse que celle de 2007!

Vous allez me dire “pas” possible!

Comme à l’accoutumée, ce n’est pas moi qui vais vous asséner une “vérité”… je vais vous démontrer graphiques des autres à l’appui et source parfaitement officielle que ce que je vous dis est vrai, même si personne ne vous en parle, car encore une fois, l’objectif c’est de vous faire dormir l’esprit apaisé.

Oui il y a une bulle immobilière encore pire qu’en 2007 car les taux sont encore plus bas qu’en 2007…. alors comme les taux sont encore plus bas, les bulles sont encore plus grosses ce qui est d’une logique évidente.

Plus grave, souvenez-vous, en 2007, la FED monte ses taux pour faire exploser la bulle immobilière, ce qu’elle a parfaitement réussi. En montant les taux pas loin des 6% la bulle a explosé avec toutes les conséquences que l’on sait.

Or que fait la FED aujourd’hui? Elle veut monter les taux et réduire la taille de son bilan. Si elle le fait elle provoquera un nouveau krach bien plus important que celui de 2007.

2017/2018, sera donc 2007 en puissance X!

La preuve en images avec l’évolution des prix, grandes villes par grandes villes! De quoi frémir. Je vais commencer par les graphiques qui concernent quelques grandes villes américaines, mais pas parmi les plus connues juste pour vous démontrer que cette bulle immobilière est bien généralisée à l’ensemble des Etats-Unis. Puis nous finirons par les plus grandes villes, celles que nous connaissons tous comme New-York, San-Francisco ou encore Los-Angeles.

Mais tout d’abord voici l’évolution des prix au niveau national. Vous voyez très bien cette bulle générale.

Voilà mes chers lecteurs, mes chers impertinents qui ne croyez en aucune fable fut-elle belle et douce à entendre.

Voilà la réalité économique, froide. Factuelle.

Une nouvelle bulle immobilière bien plus grosse que la précédente nous menace.

Elle a été gonflée artificiellement à l’hélium de la création monétaire des banques centrales et des taux bas ou négatifs.

La FED en voulant mettre fin à ce cycle va soit le faire et cette bulle explosera ce qui aura des conséquences dantesques, soit elle ne le fera pas, et cela sera bénéfique pour les actifs tangibles dont l’immobilier et l’or qui monteront jusqu’au ciel et pour l’éternité.

Dans tous les cas, assurez vos patrimoines et rendez-le résilient et robuste aux chocs inévitables qui se profilent. Celles et ceux qui ont bien conscience des risques et des problèmes et qui souhaitent pouvoir se faire accompagner peuvent rejoindre notre communauté des Stratégistes en s’abonnant ici à ma lettre STRATEGIES dans laquelle je vous accompagne pour vous aider à naviguer dans les eaux troubles de ce nouveau monde qui tarde à émerger, laissant tous les ménages dans l’incertitude et la peur.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

 
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Publié par le 29 septembre 2017 dans économie, général, International

 

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Monsanto reconnue coupable d’atteinte aux droits humains par un Tribunal international

Au Tribunal Monsanto, à La Haye (Pays-Bas), en octobre 2016, cinq juges internationaux écoutent les témoins venus du monde entier.

Des taux hors normes de glyphosate ont été retrouvé dans les urines de personnalités :

Après avoirmontré la présence de perturbateurs endocriniens dans les cheveux de députés écologistes, l’association Générations futures s’est intéressée aux taux de glyphosate décelables dans l’urine de diverses personnalités. Rendues publiques jeudi 6 avril, les analyses de l’association concernent des individus d’âges différents, végétariens ou non, vivant en ville ou à la campagne.

Le test est sans appel : 100 % des échantillons contiennent du glyphosate, la molécule active de l’herbicide Roundup produit par Monsanto. Cette molécule est le pesticide le plus utilisé au monde, surtout en agriculture. On en trouve des traces dans l’eau et dans l’air ou dans l’alimentation.

Monsanto reconnue coupable d’atteinte aux droits humains par un Tribunal international

Six mois après le procès citoyen intenté au géant de l’agrochimie, les juges ont rendu, mardi, leur « avis consultatif » et demandent la reconnaissance de l’écocide dans le droit international.

Les conclusions du Tribunal international Monsanto sont sans appel. La compagnie américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles a été reconnue coupable de pratiques portant atteinte à de nombreux droits humains.

Elle était accusée de crimes contre l’humanité et d’écocide, se voyant notamment reprocher la commercialisation de produits toxiques ayant causé la mort de milliers de personnes, comme les polychlorobiphényles (PCB), le glyphosate – utilisé dans des herbicides comme le Roundup commercialisé par la multinationale –, ou encore l’acide 2,4,5-trichlorophénoxyacétique, constituant l’« agent orange », un herbicide pulvérisé par avion par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam.

Rendu public à La Haye, aux Pays-Bas, mardi 18 avril, après six mois de travail, cet avis « consultatif » du tribunal, sous la présidence de Françoise Tulkens, ex-juge à la Cour européenne des droits de l’homme, n’a pas valeur de condamnation au sens juridique du terme ; il n’est pas « juridiquement contraignant », ainsi que le précise le document. « Il ne fait par conséquent mention d’aucun plaignant, aucun procureur ni aucun prévenu au sens juridique de ces termes. »

Alerter l’opinion et faire avancer le droit

Le Tribunal Monsanto est un procès citoyen, sans reconnaissance officielle, dont le but est d’alerter l’opinion et de faire avancer le droit. Durant deux jours du 16 au 18 octobre 2016 à La Haye, cinq magistrats professionnels (venant d’Argentine, de Belgique, du Canada, du Mexique et du Sénégal) avaient auditionné une trentaine de témoins, d’experts, de victimes, d’avocats. Monsanto avait refusé de « comparaître ». Six questions étaient posées au « tribunal ».

L’avis consultatif des juges ne laisse place à aucun doute quant aux agissements de Monsanto. Aux quatre premières questions relatives au respect du droit à un environnement sain, à l’alimentation, au droit à la santé et à la « liberté indispensable à la recherche scientifique », le tribunal estime que la multinationale contrevient aux réglementations et au respect des droits fondamentaux.

« Monsanto se livre à des pratiques qui ont de graves répercussions sur l’environnement », estiment les juges. Des activités qui affectent, selon eux, les droits des peuples autochtones et des communautés locales.

« Commercialisation agressive des semences OGM »

Les droits à l’alimentation et à la santé sont aussi bafoués. Le tribunal détaille en particulier « la commercialisation agressive de semences OGM » qui altère ces droits « en forçant des agriculteurs à adopter des modes de culture qui ne respectent pas les pratiques des cultures traditionnelles ». Les cinq juges dénoncent aussi les pratiques de Monsanto qui nuisent à la liberté de la recherche scientifique, ainsi qu’à « la liberté d’expression et au droit à l’accès à l’information ».

Sur les deux dernières questions qui lui étaient posées, le tribunal est moins affirmatif. S’agissant de la complicité de crimes de guerre, il dit ne « pas être en mesure de formuler une conclusion définitive ». Mais, reconnaissant la destruction de l’environnement ainsi que les dommages causés à la population vietnamienne, les juges avancent que l’hypothèse selon laquelle Monsanto « a donné les moyens de faire la guerre au Vietnam », « connaissait l’utilisation qui devait être faite du produit » et « disposait des informations relatives à ses effets préjudiciables sur la santé et l’environnement » ne peut être écartée.

Autant dire que la charge de ce tribunal est lourde. Il conclut d’ailleurs qu’une procédure par voie civile aurait dû être engagée et que, si le crime d’écocide venait à être inclus dans le statut de Rome de la Cour pénale internationale, « au titre d’une cinquième catégorie de crimes internationaux », les juges auraient pu se prononcer sur ces actes de destruction perpétrés au Vietnam.

Reconnaissance du crime d’écocide

C’est d’ailleurs l’ultime conclusion et réponse à la dernière question posée : le crime d’écocide doit être reconnu dans le droit pénal international. Il aurait alors permis de caractériser les activités de Monsanto, argumentent les juges.

Pour rappel, cette notion avait été évoquée, dès 1972, lors de la conférence des Nations unies sur l’environnement, à Stockholm, dans son discours d’ouverture, par le premier ministre suédois en évoquant la guerre du Vietnam.

Depuis, le droit de l’environnement a progressé lentement dans les législations nationales. La nature s’est même vu accorder des droits comme en 2008 en Equateur lorsque le gouvernement a donné un statut juridique aux montagnes, aux rivières et aux terres.

Le Tribunal international Monsanto veut aller plus loin. Il estime « que le temps est venu de proposer la création d’un nouveau concept juridique pour le crime d’écocide et de l’intégrer dans une future version amendée du statut de Rome établissant la Cour pénale internationale ». Et les magistrats rappelent qu’en 2016 « la procureure de la Cour pénale internationale a annoncé qu’un point d’honneur particulier sera mis sur la poursuite en justice des auteurs de crimes (…) ayant pour objectif ou pour conséquence, entre autres, la destruction de l’environnement (…) ».

« Juges et parties »

La firme Monsanto qui avait déjà, en octobre 2016, exprimé son opinion et ses réserves sur la tenue de ce tribunal citoyen, l’estimant juge et partie, ne reconnaît pas de valeur à ses conclusions.

« Cet événement a été orchestré par un groupe restreint d’opposants à Monsanto et aux technologies agricoles qui se sont érigés en organisateurs, juges et parties. Ce tribunal a nié l’existence des preuves scientifiques et des décisions de justice sur plusieurs sujets pour conclure à un verdict prédéterminé, confie Brian Carroll, porte-parole de Monsanto en EuropeNous continuerons à travailler avec les organisations et instances réglementaires légitimes dans les différentes régions dans lesquelles nous sommes présents et réaffirmons notre engagement à trouver des solutions aux enjeux de la faim dans le monde, de la sécurité alimentaire, et au rôle des agriculteurs pour nourrir durablement une population mondiale en constante croissance. »

Si l’entreprise avait décliné l’invitation de la juge Françoise Tulkens de se rendre à La Haye en octobre 2016, l’avis du tribunal n’en a pour autant pas moins de valeur, estime la présidente. « C’est un jugement en droit, il n’y a pas eu de procès avec la confrontation de deux parties, mais nous avons établi nos conclusions sur la base de nombreux rapports et sur des témoignages qui n’ont pas été contredits, de faits qui n’ont pas été contestés. J’espère que cet avis fera évoluer la justice internationale », a expliqué Mme Tulkens au Monde.

« Redéfinir la hiérarchie des normes »

Selon elle, le document, d’une soixantaine de pages, devrait permettre d’asseoir le nouveau crime d’écocide et d’aider les Etats à mieux faire respecter les droits fondamentaux que sont l’alimentation, la santé, l’information, etc. « Les Etats signent des textes, en veux-tu-en-voilà, et ils ne sont pas appliqués ; nous aiderons peut-être à mieux faire comprendre leur portée », ajoute Françoise Tulkens.

Autre but avancé par Arnaud Apoteker, du comité d’organisation du Tribunal international Monsanto : « Cet avis doit inciter les victimes à utiliser les points juridiques pour poursuivre Monsanto devant les tribunaux nationaux. »

Parmi les changements importants que pourrait induire cet avis consultatif, qui devrait être transmis prochainement aux Nations unies, à la Cour pénale internationale, au Comité des droits de l’homme… et à la firme Monsanto, on trouve l’introduction de la responsabilité d’une entreprise dans un crime contre l’environnement. Jusqu’alors, seules les responsabilités individuelles des personnes physiques pouvaient être incriminées dans le statut de la Cour pénale internationale.

« Le droit des entreprises, des règles du commerce mondial, sont en train de primer sur les droits de l’homme et ceux de la nature. Il est temps de redéfinir la hiérarchie des normes », estime ainsi la juriste Valérie Cabanes, spécialisée dans le droit international humanitaire et les droits humains et auteur de Un nouveau droit pour la Terre (Editions du Seuil, 2016)

 
 

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Voici la redoutable agence d’espionnage américaine dont personne n’a jamais entendu parler

Le directeur de la National Geospatial-Intelligence Agency, Robert Cardillo (à droite) en discussion avec une sénatrice démocrate, Dianne Feinstein le 27 septembre 2016 à Washington, DC.

Le directeur de la National Geospatial-Intelligence Agency, Robert Cardillo (à droite) en discussion avec une sénatrice démocrate, Dianne Feinstein le 27 septembre 2016 à Washington, DC.

Incroyable . Il existe des agences d’espionnage qui ont un poids et qui jouent un rôle énorme, tentaculaires, dont même les présidents étasuniens n’entendent pas parler .

On comprend mieux le conflit qui oppose Trump aux différentes agences d’intelligence US , qui tentent de le faire tomber . (ce serait tellement plus simple si il pouvait virer tout le monde et mettre des hommes à lui à la place, mais apparemment il ne peut pas et il est pris au piège …)

Nous sommes décidément mal barrés ! Big Brother is Watching you … sans que vous ne le sachiez évidemment .

Voici donc une découverte : la NSA mais version « images », la NGA . Encore une fois, nous vivons dans un monde … Incroyable !

Voici la redoutable agence d’espionnage américaine dont personne n’a jamais entendu parler

À 25km au sud de Washington, sur une base militaire lourdement protégée, se trouve une agence d’espionnage dont peu de personnes connaissent l’existence. Barack Obama en personne semblait ne pas en reconnaître le nom après cinq mois de mandat. En mai 2009, alors qu’il se trouvait dans un fast-food de l’enseigne Five Guys, à Washington, pour un bain de foule, il s’était adressé à un client assis à une table. «Vous faites quoi dans la vie?» avait demandé le Président. «Je travaille à la NGA, la National Geospatial-Intelligence Agency», avait répondu le client. Obama avait semblé interloqué. «Et qu’est-ce exactement que cette National Geospatial…» avait-il dit, incapable de se rappeler du nom complet de l’agence. Huit ans après la diffusion de cette vidéo, la NGA reste, de loin, la moins célèbre des cinq grandes agences de renseignements américaines, parmi lesquelles se trouvent notamment la CIA et la NSA.

 

La NGA est aux images ce que la NSA est aux voix

Pourtant, en dépit de ce manque de reconnaissance, les bureaux de la NGA constituent le troisième bâtiment le plus important de l’agglomération de Washington. Ils sont plus grands que le siège de la CIA et que le Capitole.

Achevé en 2011 pour un coût de 1,4 milliard de dollars, le bâtiment principal mesure quatre terrains de football et couvre la même surface que deux porte-avions. En 2016, l’agence a acheté 40 hectares de terrain à St. Louis afin d’y construire un bâtiment supplémentaire pour y installer son personnel sans cesse croissant (déjà 3.000 employés en ville). Coût total: 1,75 milliard de dollars.

La NGA est aux images ce que la NSA est aux voix. Sa fonction principale est d’analyser les milliards d’images et de vidéos prises par les drones au Moyen-Orient ainsi que par les satellites-espions en orbite autour du monde. Toutefois, ayant toujours plus ou moins pointé ses caméras haute-résolution vers l’étranger plutôt que vers les États-Unis, comme le montrent plusieurs études, l’agence n’a jamais été impliquée dans des scandales d’espionnage intérieur comme ont pu l’être la CIA et la NSA. Il existe toutefois des raisons de penser que cela pourrait changer avec Donald Trump.

Durant toute la campagne des présidentielles et lors des premiers mois de son mandat, Donald Trump a bien montré sa volonté d’assouplir les contraintes sur les agences de renseignements, d’augmenter le budget de la défense et d’avoir une politique très sécuritaire. Il est par conséquent très probable que le nouveau président américain utilisera tous les outils à sa disposition pour mener sa politique à bien, y compris la surveillance aérienne.

En mars 2016, le Pentagone a publié les résultats d’une enquête conduite à l’initiative du bureau de l’inspecteur général du département de la Défense au sujet de l’utilisation de drones-espions militaires sur le territoire américain. Le rapport, classé «For Official Use Only»(réservé au service) et partiellement rédigé, montrait que le Pentagone avait utilisé moins de vingt fois des drones de surveillance non armés sur le territoire américain entre 2006 et 2015 (le rapport en question n’identifie pas la nature des missions, mais un autre document du Pentagone a recensé onze opérations domestiques de drones, principalement lors de catastrophes naturelles, pour des opérations de recherches et de secours et pour des entraînements de la garde nationale).

Faire d’une arme pour l’extérieur une arme intérieure

L’enquête citait également un article de l’Air Force law review qui signalait les inquiétudes croissantes de voir une technologie conçue pour espionner des ennemis à l’étranger se transformer rapidement en instrument de surveillance des citoyens à l’intérieur du pays. «À mesure que les États-Unis se retirent de ces guerres… les outils deviennent disponibles pour d’autres commandements combats (COCOM) ou agences des États-Unis et l’envie de les utiliser dans un cadre national pour recueillir des images aériennes ne cesse de grandir».

Même s’il était déclaré dans le rapport que toutes les missions étaient conduites dans le plus strict respect de la loi, il y était aussi indiqué que, pour ce qui était de 2015, il n’existait pas de statuts fédéraux uniformisés «traitant spécifiquement du recours à un DoD UAS (aéronef sans pilote) si cela était requis par les autorités civiles nationales». Au lieu de cela, les drones de reconnaissance dépendant d’un règlement du Pentagone qui impose que chacune de ces opérations sur le territoire national soit approuvée par le Secrétaire de la Défense. Ce règlement impose, en effet, que les drones ne puissent «procéder à des opérations de surveillance sur des ressortissants américains» que si elles sont permises par la loi et approuvées par le Secrétaire de la Défense. Ce règlement interdit également l’utilisation de drones armés sur le territoire américain hormis pour les entraînements militaires et les essais d’armements.

En 2016, à l’insu de nombre de responsables de la ville, la police de Baltimore a commencé à mener des opérations de surveillance aériennes récurrentes à l’aide d’un système développé pour un usage militaire en Irak. Peu de civils ont conscience du niveau de développement qu’ont atteint ces caméras militaires volantes. Parmi elles se trouve notamment l’ARGUS-IS, caméra la plus performante au monde avec une résolution de 1,8 milliard de pixels. Invisible depuis le sol à une altitude de 6 km, elle utilise une technologie baptisée «persistent stare» (regard persistant) — soit l’équivalent de 100 drones Predator qui surveilleraient en même temps une ville de taille moyenne— pour pister tout ce qui bouge.

Un seul de ces drones ayant la capacité de surveiller entre 25 et 40 km² environ de territoire en une seule fois, il suffirait de mettre deux drones au-dessus de Manhattan pour suivre en continu toutes les activités humaines qui s’y déroulent en extérieur, de jour comme de nuit. Leurs zooms sont si puissants qu’ils peuvent permettre de distinguer un morceau de beurre dans une assiette et ils peuvent stocker jusqu’à 1 million de téraoctets de données par jour. Ces capacités pourraient permettre à des analystes d’observer tout ce qui s’est passé dans une ville plusieurs jours, semaines ou mois auparavant. En outre, des recherches sont en cours pour permettre aux drones de rester en vol plusieurs années de suite.

Le danger de l’ère Trump

Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis s’y était déjà intéressé. En 2007, sous la présidence de George W. Bush, le département avait créé une agence, baptisée National Applications Office, afin de mettre en place un système de surveillance intérieur par satellite. Toutefois, le Congrès voyant d’un mauvais œil ce «Big Brother aérien» avait bloqué ses financements. Et en 2009, il fut supprimé par le gouvernement Obama.

Néanmoins, au contraire de la surveillance électronique opérée par la NSA, qui a été observée de près et soumise à une législation afin de protéger les libertés civiles, la surveillance aérienne intérieure a échappé autant à l’attention du Congrès que du public. Le gouvernement Trump pourrait bien tirer profit de ce vide.

Initiant une nouvelle ère de «surveillance persistante», Trump pourrait se servir des outils d’espionnage aériens pour cibler les musulmans ou les membres de Black Lives Matter. Trump s’est prononcé en faveur d’un renforcement de la surveillance des mosquées. La surveillance aérienne pourrait lui permettre facilement de pister les fidèles. Les drones pourraient également être utilisés pour la surveillance massive des immigrés illégaux en voie d’être expulsés et Trump a dit qu’il pourrait envoyer des forces fédérales à Chicago pour réprimer les violences. Dans ce cadre, des drones permettraient une surveillance de la ville 24h/24 7j/7.

Bien entendu, tout cela nécessiterait une augmentation significative de la National Geospatial-Intelligence Agency, afin d’analyser les images prises sur le territoire américain. Mais avant que cela ne soit possible, il faudrait déjà que Trump, comme Obama avant lui, découvre l’existence de cette agence.

 
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Publié par le 31 mars 2017 dans général

 

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