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A quand l’éclatement de la prochaine bulle mondiale et de la zone euro ?

La zone euro sur la sellette

Bridgewater, le plus gros hedge fund (fonds d’investissement — gère 160 Mds $ d’actifs) du monde a misé 22 Md $ contre la zone euro : les positions à la baisse (« vendeuses  ») du fonds prouvent qu’il parie contre de nombreuses entreprises européennes (Airbus), allemandes (Siemens, Deutsche Bank) françaises (Total, BNP Paribas) et italiennes (Intesa Sanpaolo, Enel et Eni), entre autres. La société n’est pas connue pour s’attaquer à des entreprises en particulier, mais plutôt pour parier sur la santé de l’économie en général.

Depuis 2011, 4 000 Mds € ont été injectés dans la zone euro (c’est-à-dire au sein des banques commerciales) par la Banque Centrale Européenne (BCE), ce qui représente plus d’un tiers du PIB de la zone. La majorité de cette monnaie se situe principalement en Allemagne et au Luxembourg, pays qui, vous en conviendrez, ne sont pas les plus en difficulté de la zone. Plus grave, une grande partie de ces liquidités n’ont pas financé l’économie réelle par le biais du crédit aux particuliers et aux entreprises. À la place, les banques commerciales ont épargné 2 000 Mds € de cet argent frais sur leur compte à la BCE jusqu’à fin 2017 (contre 300 Mds € début 2011) pour « respecter leur ratio de liquidité » (avoir suffisamment de dépôt en cas de crise de monnaie liquide). Comme aux États-Unis, l’assouplissement quantitatif a permis à la banque centrale de renflouer les banques privées en rachetant leurs créances. Autrement dit, les dettes du secteur privé sont payées par le contribuable sans aucun retour sur investissement. Parallèlement, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a lancé un appel en faveur de moins de régulation et plus de fusions-acquisitions bancaires dans l’UE, en prenant pour modèle… le secteur bancaire US.

La BCE prévient aussi que la zone euro risque carrément d’éclater à la prochaine crise si elle n’est pas renforcée. Autrement dit les États membres doivent d’ici là réformer leur économie, dégager des marges budgétaires et intégrer les marchés et les services à l’échelle de la zone pour mieux absorber les pertes potentielles sans faire appel aux contribuables. Un instrument fiscal comme un budget de la zone euro contrôlé par un ministre des finances européen, comme le défend le président Emmanuel Macron, aiderait également à faire face à un choc économique majeur qui semble inévitable. Autant dire que cela s’avère problématique au vu du peu de consensus sur le sujet et notamment une frilosité allemande. La Banque centrale européenne a émis l’idée fin 2017, prévue de longue date par les économistes sérieux, d’abolir la limite de 100 000 € garantis en cas d’opération de sauvetage ou de faillite bancaire (Faits & Document n° 443, 15/11/17–15/12/17 p.8 et 9).

La Bundesbank juge également que l’économie allemande est plus fragile qu’il n’y parait, avec des prix immobiliers survalorisés de 15 % à 30 % et des banques parmi les moins rentables du continent avec un rendement des actifs parmi les plus bas et un ratio coût/bénéfice parmi les plus élevés de la zone euro (74,9 %). En lien, le rapport confidentiel gouvernemental allemand Prospective stratégique 2040 a été révélé par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel  : le Ministère fédéral allemand de la Défense a officiellement entériné la possibilité d’un effondrement de l’UE.

Fin 2017, le solde Target 2 de l’Allemagne a dépassé les +900 Mds €, un record depuis la création de l’euro. Ce terme de Target 2 traduit, entre autres, l’état des balances des paiements courants intra-zone euro, et donc dans notre cas, le solde de la balance de l’Allemagne sur les autres pays membres. Si la France est presque à l’équilibre, le solde négatif de l’Italie avoisine les -450 Mds € et celui de l’Espagne les -400 Mds €. La classe politico-financière germanique est très inquiète des capacités du bilan de la Bundesbank à absorber les créances (douteuses) des autres banques centrales des pays du sud de l’Europe.

Le parti politique Union Populaire Républicaine a traduit un article du journal allemand Die Welt (15/03/18) traitant d’une récente conférence à Berlin, réunissant plusieurs économistes allemands célèbres. Le thème de la conférence annonce la couleur : « L’euro peut-il vraiment survivre et, sinon, que va-t-il se passer ? ». C’est la viabilité de la monnaie unique et l’asymétrie des soldes Targets qui y ont été questionnées. M. Fuest, n°1 du prestigieux institut d’études économiques Institut für Wirtschaftsforschung (IFO), y a plaidé pour l’introduction d’une clause de sortie de la monnaie euro. Hans-Werner Sinn, ancien patron de l’IFO a y notamment déclaré : « Je ne sais pas si l’euro va tenir dans la durée, mais son système de fonctionnement est condamné. »

Les conséquences inéluctables de l’économie financiarisée

C’est la seconde fois en un siècle que l’indice de Shiller (qui analyse les probabilités de bulles financières) dépasse son record : la dernière fois qu’un tel niveau d’euphorie boursière avait été atteint, c’était juste avant le krach de 1929, soit la plus grande crise économique du XXe siècle. Des points communs avec l’avant-crise de 2008 sont également à signaler. La Banque des règlements internationaux (« la banque centrale des banques centrales »), la Banque d’Angleterre et le célèbre gestionnaire de fonds Neil Woodford relèvent des signaux économiques inquiétants dans le monde : surchauffe des marchés financiers, dette des consommateurs et des devises et actifs financiers surévalués. Tandis qu’une énième étude prouve que les inégalités socio-économiques et la concentration des capitaux se sont accrues dans le monde entier ou presque depuis plus de 30 ans, selon un rapport du World Wealth and Income Database (travail collectif de plus d’une centaine de chercheurs).

Suite à la chute récente et vertigineuse du dollar (une baisse comme on n’en avait pas constaté depuis 2003), les banquiers centraux auront besoin de désigner un responsable pour se dédouaner en cas d’éclatement de bulle, qui serait concevable à court terme. Certains analystes postulent même que la Réserve fédérale des États- Unis a désormais son excuse pour augmenter ses taux d’intérêt rapidement maintenant que le dollar chute, pour que cette bulle explose rapidement sous l’administration Trump. En 2018, le cours du dollar a perdu 4 % de sa valeur par rapport aux six principales devises mondiales et la tendance continue. Le FMI avait d’ailleurs assuré au dernier Forum économique mondiale (ou forum de Davos), que la prochaine crise frappera plus fort et plus tôt que prévu. De même que l’augmentation importante de la cotation de l’or ne laisse présager rien de bon pour l’économie internationale.

Patrick Artus, économiste directeur de la recherche et des études de Natixis, montre dans une récente étude que les économies développées de l’OCDE sont entrées dans la dynamique finale décrite par Karl Marx. La baisse du rendement du capital s’accroît (les investissements rapportent de moins en moins) et les baisses de salaires pour compenser le phénomène commencent à s’essouffler. Les opérations spéculatives (rachat d’actions, spéculations immobilière et financière, achats d’actifs risqués, bitcoins, etc.) explosent, car la productivité réelle ne suffit plus. Les prochaines étapes se résumeront donc en une hausse des inégalités de revenu et une énorme crise financière, selon Artus et Marx.

Franck Pengam, Avril 2018.

www.geopolitique-profonde.com

Source : Agoravox

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Publié par le 20 avril 2018 dans économie, général, International

 

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À quand la fin de l’impunité pour la pègre de la finance ?

Cliff – Flickr cc

C’est à nous, citoyens, de mettre fin à cette véritable Pègre qu’est la finance internationale . Ça ne peut passer que par une révolution, ou en s’unissant pour mettre un gros coup de pression sur notre gouvernement d’abord, en espérant un effet de contagion mondial . (j’envisage les 2 solutions à terme) Z 

« Pègre : Monde des voleurs, des escrocs formant une sorte d’association, de classe. » (Petit Robert)

Avec la crise financière de 2007-2008, chacun a pu mesurer les effets désastreux des agissements spéculatifs des banques, en particulier sur les populations les plus vulnérables. Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire et docteur en droit, n’hésite pas à parler à ce sujet de « prédation criminelle » |1|.

Aux États-Unis, le scandale des subprimes qui a spolié, jeté à la rue et plongé dans la misère des millions de ménages modestes est un exemple de ces pratiques délétères. En France, nous en avons une autre illustration avec les emprunts toxiques qui ont permis à un cartel de banques privées de piller les finances de milliers de collectivités, hôpitaux et organismes de logement social. |2| Mais de part et d’autre de l’Atlantique on observe de significatives différences de traitement à l’égard des banques impliquées.

En effet, si depuis le début de la crise financière, les régulateurs financiers américains ont fait preuve d’une relative sévérité en infligeant aux banques fautives 185 milliards de dollars de pénalités entre 2007 et 2015, on ne peut que s’étonner de la grande mansuétude de leurs homologues de l’Union européenne. Pour mémoire, sur la même période, les amendes de la Commission européenne ont représenté en regard un montant dérisoire d’à peine 1,9 milliard d’euros |3|.

En France, dans les litiges relatifs aux emprunts toxiques, on relève un manquement qui exprime non pas une incapacité à remédier à une déficience mais un choix, une stratégie assumés tout à la fois par les autorités de contrôle et de régulation, les autorités de l’État, choix et stratégie ratifiés pour l’essentiel jusqu’à ce jour par la justice.

Les autorités de contrôle et de régulation

Quelques lignes noyées dans des rapports restés confidentiels tiennent lieu de service minimum de la part des autorités de contrôle et de régulation. En 2006, après avoir relevé l’imprécision de la réglementation en matière de gestion de dette, le Rapport public de la Mission Interministérielle d’Inspection du Logement Social (MILOS) attirait l’attention sur les produits structurés :

« Ces produits, conçus par les salles de marchés des établissements bancaires par une combinaison souvent complexe de plusieurs outils financiers, ont pu s’avérer attractifs et dans certains cas obéissent à une logique de couverture de risque, mais ils peuvent également présenter un caractère spéculatif. » |4|

De son côté, prenant position après des observations de chambres régionales de comptes, la Cour des comptes n’a véritablement tiré la sonnette d’alarme sur « le piège des emprunts structurés » qu’en juillet 2011, une fois le mal fait, dans son rapport, La gestion de la dette publique locale |5| dans lequel elle relevait « une prise de risque grandissante » |6|.

Pourtant destinataire et informé de ces alertes le gouvernement a tardé à réagir. Il a fallu attendre fin 2008 pour que le ministre de l’Intérieur et le ministre de l’Économie prennent une initiative qui a abouti un an plus tard à la rédaction d’une charte de bonne conduite à destination des banques, à un dispositif de médiation, puis à la circulaire du 25 juin 2010 |7|. Mais ces mesures non contraignantes qui officialisaient des pratiques critiquables et validaient des produits pourtant très risqués n’ont eu aucun effet positif.

Enfin, lorsqu’ils ont été auditionnés par une commission d’enquête parlementaire le 21 septembre 2011, le représentant du Trésor et le préfet ont refusé d’assumer la moindre part de responsabilité. Le trésorier-payeur général a renvoyé la patate chaude au contrôle de légalité du préfet, lequel s’est réfugié derrière un « contrôle d’un caractère essentiellement formel » qui « se fait a minima » |8|.

Quant aux autorités de régulation financière |9|, nous sommes toujours dans l’attente de leur première sanction contre les banques en matière d’emprunts toxiques.

Curieusement, c’est dans une note de 2008 de l’agence de notation FitchRatings, que nous trouvons la critique des emprunts toxiques la plus corrosive. |10| Dans leur étude, les analystes insistent sur la responsabilité des banques dans la mise en place de « produits… extrêmement risqués pour leurs souscripteurs » |11| et relèvent que du fait de pratiques comptables inadaptées, « les collectivités… sont… incitées à une véritable fuite en avant consistant à masquer leurs pertes potentielles par la souscription de nouveaux financements encore plus risqués. » |12| Ils résument la philosophie des emprunts toxiques en une simple phrase : « Les prêteurs ont donc réussi à imposer une situation paradoxale où, au lieu d’être rémunérés pour prendre un risque (de crédit) supplémentaire, ils l’ont été pour faire prendre un risque (de taux) à leurs clients. » |13| La conclusion des auteurs est sans appel :

« Les contrats de produits structurés échappent donc à toute réglementation spécifique alors même que la plupart des produits proposés aux collectivités sont contraires aux principes énoncés dans la circulaire de 1992. En effet, si un contrat de car, voire de swap, peut être considéré comme un instrument de couverture, les nombreux contrats apparus ces dernières années et qui conditionnent, par exemple, le niveau futur des charges financières au taux de change de devises étrangères, sont clairement spéculatifs. De plus, le lien entre l’intérêt général à « caractère local » avec des contrats indexés sur des devises étrangères n’est pas flagrant ». |14|

Les autorités politiques de l’État

L’État, désigné ici sous son double visage de gouvernement et de parlement, a eu une attitude que l’on aurait pu prendre pour de la passivité ou du laxisme mais qui s’est avérée en réalité au fil du temps l’expression d’un choix délibéré et revendiqué. Dès le départ, l’État a pris le parti des banques au lieu de défendre les acteurs publics locaux victimes des pratiques spéculatives des établissements financiers. Depuis 2008, le gouvernement et le parlement n’ont cessé d’apporter des milliards d’euros à Dexia sous la forme de cash en vue de sa recapitalisation ou de garanties. Cette situation est d’autant plus choquante que Dexia, la banque la plus impliquée dans le scandale des emprunts toxiques, apparaît plus de 30 000 fois dans les documents des « Panama Papers ». Nous apprenons qu’Experta Corporate and Trust Services, une de ses filiales basée au Luxembourg, a créé 1 659 sociétés offshore |15|. Plus grave encore, après la crise bancaire de 2008, alors qu’il venait de bénéficier d’une aide de 6,4 milliards d’euros de la part des États belge, luxembourgeois et français et d’une garantie financière de 150 milliards d’euros, le groupe Dexia a poursuivi ses agissements coupables dans les paradis fiscaux. Ainsi, dans le même temps où les États mettaient à sa disposition de l’argent provenant des impôts payés par leur population, cette banque aidait de riches contribuables à frauder contribuant ainsi à priver les États de ressources fiscales.

Face à l’ampleur du mécontentement des élus des collectivités locales et à la multiplication des litiges devant les tribunaux, le 8 juin 2011, l’Assemblée nationale créa la Commission d’enquête sur les produits financiers à risque souscrit par les acteurs publics locaux. À l’issue de ses investigations, cette Commission présidée par Claude Bartolone a publié un rapport très documenté |16| mais qui n’a cependant pas apporté pas de véritables solutions aux collectivités impactées par les emprunts toxiques.

Finalement, la réponse du gouvernement consista à faire voter par le parlement en juillet 2014 un projet de loi de validation rétroactive. Le but de cette loi était de rendre légaux des contrats que les juges, saisis par les collectivités, déclaraient illégaux. En effet, constatant l’absence où le caractère erroné du taux effectif global (TEG) dans les contrats ou les fax de confirmation des emprunts, les tribunaux de grande instance saisis par des collectivités annulaient la clause de taux d’intérêt du contrat pour substituer au taux appliqué par la banque le taux légal |17|, et ce avec effet rétroactif. Cela représentait évidemment un manque à gagner important non seulement pour les banques mais également pour l’État qui avait repris, à travers ses structures SFIL-CAFFIL, les encours d’emprunts de Dexia suite à la faillite de celle-ci |18|. Qu’à cela ne tienne, à défaut de changer le peuple ou en l’espèce les décisions des juges rendues au nom de ce même peuple, le gouvernement décida de changer la loi. Le TEG, jusque-là obligatoire dans les contrats d’emprunts, devint facultatif pour les acteurs publics avec le vote de la loi de validation rétroactive… il suffisait d’y penser. Après qu’une première mouture ait été déclarée inconstitutionnelle par le Conseil Constitutionnel le 29 décembre 2013, le projet de loi fut finalement adopté par le Parlement le 29 juillet 2014. Claude Bartolone, alors président de l’Assemblée nationale, si vindicatif quelques mois plus tôt dans ses habits de président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis pourfendeur des emprunts toxiques |19|, si pugnace dans ses fonctions de président de la Commission d’enquête sur les emprunts toxiques et si combattif dans son rôle de président de l’association Acteurs Publics Contre les Emprunts Toxiques (APCET), passa du côté obscur de la force de la finance dans la nuit du 25 au 26 juin 2012, date à partir de laquelle il siégea au perchoir de l’Assemblée nationale.

Fin 2013, sous le prétexte d’aider les collectivités à sortir du piège des emprunts toxiques, l’État mit en place un fonds de soutien. Initialement doté de 1,5 milliard d’euros, puis de 3 milliards d’euros, ce fonds était destiné à prendre en charge une partie des indemnités de remboursement anticipé (IRA) réclamées par les banques aux collectivités lors du remboursement anticipé des prêts toxiques refinancés par des emprunts classiques sans risque. Oubliés dans un premier temps, les hôpitaux se virent à leur tour allouer une enveloppe de 100 millions d’euros, portée ensuite à 400 millions d’euros. En réalité, la vocation véritable de ces fonds financés par les citoyens |20| était d’inciter les centaines de collectivités qui avaient engagé des procès contre les banques à abandonner leursactions, car l’octroi de l’aide est conditionné à la conclusion d’une transaction avec la banque et au renoncement définitif à toute poursuite contre celle-ci.

La justice

Si dans un premier temps les juges ont sanctionné les banques sur la base du TEG absent ou inexact, une fois la loi de validation votée, les décisions favorables aux collectivités ont été moins nombreuses et surtout moins avantageuses d’un point de vue financier. Pourtant, au-delà du seul TEG, les motifs de sanction ne manquaient pas. Défaut d’information, manquement au devoir de conseil et de mise en garde, vice du consentement (par exemple le dol), préjudice lié à une perte de chance pour l’emprunteur et surtout caractère spéculatif des contrats étaient autant de motifs susceptibles d’être retenus par les juges pour sanctionner les banques.

Cependant, malgré le vote de la loi de validation, quelques tribunaux de grande instance ont continué à sanctionner les banques sur des motifs autres que le TEG. Citons la décision du TGI de Nanterre du 26 juin 2015 (Saint-Cast-le Guido contre Dexia) ou celle du TGI de Paris du 7 janvier 2016 (Laval contre Depfa). Par ailleurs, le 4 juillet 2012, avant le vote de la loi, la Cour d’appel de Paris avait rendu un arrêt important dans une affaire opposant la commune de Saint-Etienne à Royal Bank of Scotland. Dans sa décision, la cour soulignait que la force légale du contrat ne vaut « que pour autant que la licéité de la convention ne soit pas entachée d’une contestation sérieuse », et elle concluait :

« Que tel n’est pas le cas en l’espèce dès lors qu’il n’est pas contesté que les prêts en cause sont soumis, après une première période de taux fixe, à un taux variable, sans qu’aucun plafond de ce taux ne soit prévu, ce qui contrevient à l’interdiction pour ces collectivités de souscrire des contrats spéculatifs et renvoie aux conditions de passation de ces prêts au regard notamment de cette contrainte légale et de l’obligation de conseil de la Royal Bank. »

Pourtant, même si elles reconnaissent des manquements de la part des banques, ces décisions ne sont pas satisfaisantes car elles ne vont pas, selon nous, au bout du raisonnement. Les juges du TGI de Nanterre, tout en relevant la responsabilité de la banque, coupent la poire en deux en répartissant les surcoûts à 50 % entre Saint-Cast-le-Guildo et Dexia. Dans le litige entre Laval et Depfa, la juridiction parisienne botte en touche en invitant les parties à organiser une mesure de médiation judiciaire afin de fixer le montant du préjudice. Ces décisions en demi-teinte ne peuvent qu’inciter les collectivités à opter pour le recours au fonds de soutien, quitte à ce que les protocoles valident, « en toute légalité », d’authentiques escroqueries. Nous ne citerons que deux exemples pour le démontrer. Le 22 avril 2016, la communauté d’agglomération de Nîmes Métropole a passé un protocole avec le Crédit Foncier de France (une filiale du Groupe BPCE) pour sortir d’un emprunt toxique. La collectivité a accepté de verser à la banque, en plus des 10 millions d’euros du capital restant dû, une indemnité de remboursement anticipé de 58 617 300,20 euros, soit près de six fois le montant du capital restant dû. Même si l’ « aide » du fonds de soutien a été chiffrée à 36 598 643,49 euros, le coût pour la collectivité et ses administrés est considérable. Une action en justice a d’ailleurs été engagée par deux élus et un administré contre les délibérations prises le 29 mars et le 11 juillet 2016 pour valider cette opération. |21| Deuxième exemple, au premier semestre 2016, c’est près d’un demi-milliard d’euros que la Métropole de Lyon et le département du Rhône se sont engagés à payer à la troïka SFIL-CAFFIL-Dexia pour sortir de trois emprunts toxiques |22|. Dans ces deux cas, les banques ont chiffré des indemnités exorbitantes sans apporter le moindre élément pour justifier ces montants et expliquer leur mode de calcul.

Le dispositif mis en place par l’État pour sortir des emprunts toxiques est critiquable à plusieurs titres. Il évite aux banques d’être jugées, fait supporter la totalité des surcoûts financiers aux contribuables et au final assure aux délinquants de la finance une quasi-totale impunité. Jean-François Gayraud a bien identifié les rouages de l’impunité dont bénéficie le monde de la finance.

« Cette impunité… s’appuie sur un double mécanisme. D’abord, la justice punitive a dérivé vers une justice négociée : la transaction comme mode de traitement de la faute financière l’a emporté sur la justice rétributive… Ensuite, la responsabilité individuelle s’est évaporée, la personne morale occupant désormais le devant de la scène pénale. » |23|

Ce constat factuel s’applique parfaitement au cas des emprunts toxiques.

À ce jour, aucune décision définitive n’est intervenue dans les litiges liés à cette question. Le 15 juin 2016, la Cour d’appel de Versailles siégeant en chambres réunies a examiné quatre affaires entre des collectivités (Carrières-sur-Seine, Saint-Cast-Le Guildo, Saint-Dié-des-Vosges, Saint-Leu-la-Forêt) et SFIL-CAFFIL-Dexia. Ce jour-là, lors de sa plaidoirie, l’avocate de Saint-Cast-Le Guildo, Maître Hélène Féron-Poloni dédia la moitié du temps qui lui avait été alloué à expliquer aux juges le mécanisme des emprunts structurés, en détaillant notamment le mécanisme de la soulte et le rôle de la banque de contrepartie qui assure la banque prêteuse. Ce fut hélas peine perdue, car à l’issue de cette intervention, la présidente de la Cour d’appel persista dans son attitude à considérer comme négligeable le rôle de la banque auprès de laquelle Dexia avait souscrit un contrat de swap |24| afin d’assurer son risque. Cela ne semble pas de bon augure pour les décisions qui doivent être rendues le 21 septembre 2016 sur ces dossiers.

Mais quelle que soit l’issue de ces procès, il est probable qu’une ou plusieurs affaires vont remonter jusqu’à la Cour de cassation. Il appartiendra alors à celle-ci de dire le droit. Les juges de la haute juridiction courberont-ils l’échine devant le pouvoir d’État, ou rendront-ils enfin la justice « au nom du peuple français » ? La décision leur appartient.

Source et nombreuses notes

 
 

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Le cours du Bitcoin = une once d’or. A quand la parité avec le lingot ?

leadimg
Je vous l’avait dit hier ! Maintenant le tout est de voir comment le BTC va se comporter face au prix de l’or , mais mon instinct me dit que le but de BERNANKE la semaine derniere était de voir un tel titre dans tous les journaux : hé bien c’est réussi ! si ils avaient voulu casser le sentiment envers l’or ils ne pouvaient mieux s’y prendre ! C’est une bulle, n’entrez jamais dans une bulle, qui est peut être dans sa phase terminale, en tout cas loin du bas ! Qui est assez fou pour mettre autant dans rien ? Le moment venu quand ça aura « pét* » , à ceux qui veulent essayer ,  je donnerai la marche à suivre ; même si je sais que la plupart ne m’attendrons pas ; Écoutons toute l’expérience de Philippe . 

revue de presse 2013 Z@laresistance

▪ Non il n’y a pas de bulles, nulle part. C’est certifié par les membres de la Fed, le bon de livraison de ce postulat aux médias a été validé et tamponné par Ben Bernanke, contresigné par Janet Yellen.

Personne, oh non, absolument personne un peu passionné d’informatique et de produits financiers exotiques ne se comporte aujourd’hui comme un piranha qui vient de flairer une moitié de hamburger bien juteux échappé des mains trop grasses d’un touriste navigant sur le fleuve Amazone.

Ben Bernanke a qualifié le Bitcoin d’alternative intéressante en tant que véhicule de transfert d’argent dans le monde entier. 10 jours après cette déclaration, le Bitcoin a doublé, passant de 600 $ à 1 200 $.

Le Bitcoin a triplé depuis le 15 novembre, quintuplé depuis le 28 octobre. Sa valeur exprimée en dollar a été multiplié par 100 depuis le 15 janvier… et il vaut désormais l’équivalent d’une once d’or à 1 240 $.

Au rythme actuel — progression exponentielle –, son cours attendra celui du lingot d’or d’ici Noël. Si jamais quelqu’un détenait par exemple 1 000 Bitcoins achetés 5 $ en janvier 2012 et qu’il décidait de les convertir en lingots, cela représenterait alors une transaction de 40 millions de dollars (une tonne d’or).

Aujourd’hui déjà, l’heureux détenteur de 1 000 Bitcoins dispose déjà d’un pouvoir d’achat (sorti du néant) de 1,24 millions de dollars. Cela représente 1 000 pièces de 20 $ or (ou de 50 pesos mexicain)… soit un total quasi intransportable de 33 kilos d’or.

Peut-être serait-il plus malin d’acheter des actions ! Elles ont ces temps-ci un pouvoir d’appréciation bien supérieur à celui du métal précieux… d’autant qu’il est plus facile d’acheter un million de titres Google (1 065 $/pièce) qu’un million d’onces d’or (33 tonnes) !

Ben Bernanke a publiquement adoubé une crypto-devise qui avait déjà vu son cours multiplié par 50 depuis le 1er janvier (un simple détail sans importance). Puisque la valeur du Bitcoin s’exprime principalement en dollar, le billet vert qui se déverse à raison de quatre milliards par jour ouvré dans les circuits financiers est en train de se dévaluer depuis un mois à la vitesse du dollar zimbabwéen au début des années 90 !

Le Bitcoin n’est adossé ni à un stock d’or, ni à une richesse tangible — présente ou future — mais seulement à une (très grosse) capacité de calculs algorithmiques (le “minage”). Sachant cela, son évolution — non proportionnelle à la croissance économique mais constituant le pur reflet du degré d’avidité des acquéreurs — est ce qui s’apparente le plus à l’hystérie spéculative des bulbes de tulipes, avec une multiplication par 100 de leur valeur en deux ans (la culmination survenant en février 1637).

Le Bitcoin fait d’ores et déjà mieux. Il lui aura fallu moins d’un an… et il n’a même pas eu besoin de fleurir en avril dernier.

Cependant, la Fed est formelle : aucun danger que la fausse monnaie qu’elle imprime suscite ou encourage le moindre comportement spéculatif ni suscite le moindre phénomène de survalorisation.

P.S : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 88 20 36* pour une analyse exclusive des coulisses boursières… et des conseils pour y adapter votre portefeuille.

http://la-chronique-agora.com/cours-bitcoin-or/

 
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Publié par le 29 novembre 2013 dans général, or et argent métal

 

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