Kay Bailey Hutchison, ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN, est une diplomate de haut rang. Ses propos, quels qu’ils puissent être, sont officiels. En appliquant leur politique de persuasion percutante ou de diplomatie coercitive, le recours à l’ultimatum et à la menace est devenu de plus en plus banal chez les diplomates étasuniens. Leurs déclarations belliqueuses ont pour but d’impressionner.

Le 2 octobre, Mme Hutchison en a encore fait la démonstration. D’après sa déclaration, Washington est prêt à employer la force contre la Russie. En fait, elle a posé un ultimatum : Moscou doit mettre fin au développement d’un missile qui, de l’avis des États-Unis, violerait le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (Traité INF). Sinon, l’armée des États-Unis le détruira avant qu’il ne soit opérationnel. « Nous étudions en ce moment la possibilité d’éliminer tout missile (russe) capable d’atteindre n’importe quel pays à nous, » a déclaré Mme Hutchison lors d’une conférence de presse. « Les contre-mesures (des États-Unis) seront de détruire les missiles développés par les Russes en violation du traité, » a-t-elle ajouté. « Ils sont prévenus. » Ce qu’elle dit n’est rien de moins qu’une menace de frappe préventive.

Il est vrai que le respect du traité INF est une question controversée. Moscou a maintes fois accusé Washington de le violer, et cela est avéré. Ainsi, le système Aegis Ashore qui a été installé en Roumanie et qui doit être déployé en Pologne, utilise le lanceur Mk-41 qui est capable de tirer des missiles Tomahawk à portée intermédiaire. C’est une violation flagrante du traité INF. Le fait est indéniable. Les États-Unis accusent Moscou d’avoir et de tester un missile de croisière lancé depuis le sol d’une portée de 500 à 5500 kilomètres, mais rien n’a jamais prouvé cela. La Russie a toujours démenti l’accusation en disant que le missile en question, le 9M729, est conforme aux dispositions du traité, n’a jamais été mis à niveau et il n’a jamais été vérifié que son rayon d’action est interdit.

Cette thèse est raisonnable. Après tout, il n’existe aucun moyen d’empêcher la détection et la surveillance par satellite des tests de ce genre. Les États-Unis pourraient soulever la question auprès de la Commission spéciale de vérification. Au lieu de le faire, ils menacent de guerre.

Tout cela est très important, car les paroles de l’ambassadrice n’étaient ni une déclaration non préparée, ni un commentaire en l’air, mais venait en fait à la suite d’un autre ‘avertissement’ lancé dernièrement par un autre fonctionnaire.

S’exprimant le 28 septembre lors d’un événement de l’industrie organisé en Pennsylvanie par Consumer Energy Alliance, le Secrétaire de l’Intérieur, Ryan Zinke, a suggéré que la marine de guerre serve à imposer un blocus restreignant le commerce de l’énergie des Russes. Ce qu’il a dit, « Les États-Unis, avec leur marine de guerre, ont la capacité de faire en sorte que les voies maritimes soient ouvertes et, le cas échéant, de les bloquer… pour s’assurer que leur énergie ne soit pas mise sur le marché, » a révélé que cette option était envisagée. Le ministère de l’Intérieur n’a rien à voir avec la politique étrangère, mais Ryan Zinke est un membre de haut rang de l’administration.

Deux déclarations belliqueuses faites coup sur coup, et les deux à la limite de la déclaration de guerre ! Le blocus est un acte hostile qui serait contré par la force, et les États-Unis en sont bien conscients. Ils savent aussi que la Russie se défendra. Il est important de noter qu’aucun commentaire ou explication n’est venu de la Maison Blanche. Cela confirme que ce qu’ont dit les fonctionnaires reflète la position de l’administration.

Cela rappelle que la loi Interdiction and Modernization of Sanctions a été adoptée par la Chambre des représentants. Elle donnerait le droit d’inspecter les ports chinois, iraniens, syriens et russes. Parmi ces derniers il y a les ports de Nakhodka, Vanino et Vladivostok. L’adoption de cette loi est un acte ouvertement hostile en violation flagrante du droit international. Si ce projet de loi devient loi, la guerre va probablement se déclencher, avec les États-Unis dans le rôle de l’agresseur.

Trident Juncture, le plus grand entraînement organisé par l’OTAN depuis 2002, débutera le 25 octobre et se poursuivra jusqu’au 7 novembre 2018. Il se tiendra à proximité des frontières de Russie. Les manœuvres russes Vostok-2018 de septembre, ont été les plus importantes depuis la guerre froide, mais elles se sont déroulées en Extrême-Orient, loin de la zone de responsabilité de l’OTAN. En organisant des manœuvres de cette envergure près des frontières de Russie, c’est l’OTAN, pas la Russie, qui dégrade la situation déjà tendue en Europe.

La Russie n’est pas le seul pays menacé de guerre. Il y a aussi les tentatives d’intimidation contre la Chine. La situation se tend fortement en mer de Chine méridionale, là où des navires étasuniens et chinois se sont côtoyés dangereusement le 30 septembre. La collision a été évitée de justesse. Du coup, le Secrétaire à la Défense James Mattis, a dû suspendre sa visite en Chine, celle-ci ayant été annulée par Pékin. Le dialogue sur la sécurité entre les deux pays a été retardé.

La seule chose qu’il reste à faire est sans doute de renoncer aux relations normales avec les États-Unis. La déclaration de l’ambassadrice Hutchison envoie un message clair : « oubliez la diplomatie, nous revenons à l’âge de pierre, » avec Washington montrant l’exemple. C’est la nouvelle réalité, alors soyons prêts. Ne prêtons pas attention aux États-Unis et essayons de nous passer d’eux, mais soyons vigilants et prêts à repousser toute éventuelle attaque.

Il faut remarquer que la Russie n’a jamais menacé les États-Unis d’action militaire. Les Russes n’ont jamais déployé de forces militaires à proximité des côtes étasuniennes, ni incité à toutes ces sanctions sans fin et ces guerres commerciales. En révélant les violations d’accords internationaux des États-Unis, ils n’ont jamais dit se réserver l’option de recourir à la force. Ils se sont efforcés de relancer le dialogue sur le contrôle des armements et de coordonner les opérations en Syrie. Mais ils ont dû aussi prévenir des conséquences au cas où ils seraient amenés à réagir à tout acte hostile. Si le pire arrive, nous saurons tous qui en porte le chapeau. Washington endosse la responsabilité de pousser le monde au bord de la guerre.

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Note :

 Depuis, Hutchinson a fait marche arrière en déclarant dans un tweet : « je ne parlais pas de frappe préventive contre le Russie. Je parlais de la nécessité pour la Russie de respecter l’INF sinon nous aurons à équilibrer notre puissance pour protéger les intérêts des États-Unis et de l’OTAN »