Regain de tension sur l’Italie. En décidant d’un déficit public plus élevé que prévu sur les trois prochaines années, la nouvelle coalition populiste et antisystème (le Mouvement 5 étoiles et La Ligue) au pouvoir en Italie a pris le risque d’un vif conflit avec la Commission européenne mais aussi de placer la troisième économie de la zone euro dans le collimateur des intervenants sur les marchés. Vendredi, l’indice actions phare de la Bourse de Milan, le FTSE MIB, a ainsi plongé de 3,7%, tandis que l’Euro Stoxx 50 a perdu 1,5% et que l’euro s’est déprécié de près de 1% en l’espace de quelques heures, à 1,16 dollar.

En parallèle, le taux d’intérêt des emprunts d’Etat italiens à 10 ans a bondi, passant de 2,9% à 3,15% (autrement dit, les cours des obligations souveraines ont chuté, sur fond de ventes). Et les valeurs bancaires de l’Union monétaire – en première ligne en cas de turbulences sur la dette italienne – ont lourdement chuté. “Vous avez une agitation et une émotion toute justifiée de la part des banques, puisque les banques européennes (…) sont très fortement détentrices de la dette italienne », a expliqué à cet égard Franklin Pichard, directeur général de Kiplink Finances, dans un entretien avec l’AFP. Et il est vrai que l’Italie se retrouve désormais en dangereuse posture. Voici pourquoi.

Au terme d’un dur et long bras de fer avec le ministre modéré des Finances, Giovanni Tria, qui plaidait pour un déficit à 1,6% du produit intérieur brut (PIB) pour éviter toute tension, le Mouvement 5 étoiles (extrême gauche) et la Ligue (extrême droite) ont obtenu gain de cause. Le déficit public atteindra ainsi 2,4% du PIB en 2019, alors que le précédent gouvernement de centre-gauche visait 0,8% – soit 3 fois moins -, et le même chiffre en 2020 et 2021.

Avec son niveau de dette (la dette publique atteint 2.300 milliards d’euros, soit près de 130% du PIB) et de croissance du PIB (1,4% cette année et 1,2% en 2019, selon les prévisions du Crédit agricole), l’Italie “doit avoir un déficit de 2,6% pour stabiliser son ratio dette sur PIB. C’est ce que l’on appelle le déficit stabilisant. Au-dessus de ce chiffre, le déficit n’est donc pas tenable et la dette croît de manière exponentielle”, indique Stéphane Déo, stratégiste chez La Banque postale asset Management.

Or, “avec un déficit probablement proche de 2% cette année et qui devait être réduit l’année prochaine, on était donc sur une réduction du ratio dette sur PIB, certes pas à un rythme rapide, mais le mouvement était clairement enclenché. A 2,4% on est très près de la limite, et les finances publiques italiennes sont sur le fil du rasoir”, souligne l’expert. “Jusqu’ici, tout va bien, ce déficit ne pose pas de problème à court terme, mais tout ralentissement économique va immédiatement remettre en cause la soutenabilité à long terme de la dette italienne. La prochaine crise va donc être extrêmement difficile à gérer”, met-il en garde.

La Banque Postale Asset management (sources OCDE et La Banque Postale Asset management)

Le marché recommence à jouer avec l’idée d’un Itaxit, ou sortie de l’Italie de la zone euro. Un scénario qui aurait, pour le pays, “des conséquences aux proportions bibliques” relève Stéphane Déo, qui ajoute qu’en comparaison, le Brexit apparaîtrait comme “une aimable partie de campagne”. Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Mais alors que Rome était déjà dans le collimateur des agences de notation, ce projet de budget assez laxiste pourrait inciter les deux principales – Standard & Poor’s et Moody’s – à abaisser d’un cran la note du pays d’ici la fin du mois.

Or, l’Italie est déjà à seulement deux crans de tomber dans la catégorie dite “spéculative”, celle des junk bonds (ou “obligations pourries”, c’est-à-dire les titres d’emprunt dont le remboursement est jugé très incertain). Dans ces conditions, de nouvelles turbulences sur les marchés italiens – et sur ceux de la zone euro par contagion – sont loin d’être exclues au cours des prochains mois et trimestres…

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