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Appliquer les recettes du Portugal à la France ? Chiche !

23 Août

Ces derniers temps, on a vu apparaître quelques ronflants articles sur l’actuelle réussite économique du Portugal. D’une publication à l’autre, une nouvelle réalité semble faire jour : le redressement de ce pays ne doit rien à la politique prônée par Bruxelles et montre d’excellents signes de retour à la santé alors même que les mesures prises par le gouvernement actuel sont en parfaite contradiction avec les recommandations officielles.

La presse semble unanime : ce redressement économique prend le contre-pied de Bruxelles, le plein emploi sera atteint alors qu’on fait l’inverse de ce qu’exigent les recettes turbolibérales (forcément turbolibérales) de l’Union Européenne, c’est même, comme l’écrit la brillante rédaction de La Dépêche, un « miracle embarrassant pour Bruxelles car il repose sur une politique anti-austérité ».

Pas de doute, l’ultraturbo-néolibéralisme ne fonctionne pas et son contraire, en revanche, fait des « miracles » ! Pour toute la clique de gauche, c’est fête à tous les étages et tout le monde reprend deux fois des nouilles.

Ou presque, parce qu’à bien y regarder, les rédactions qui se sont jetées sur cette nouvelle et ont fourni cette analyse, ainsi que tous ceux qui se sont empressés de les relayer fiévreusement sur les réseaux sociaux, additionnés d’un petit « Je te l’avais bien dit ! » tout à fait symptomatique d’une vision particulièrement biaisée de la réalité semblent, les uns comme les autres, avoir oublié quelques petits détails qui font une montagne de différence.

Dans un raccourci qui serait comique s’il n’était finalement à la fois le reflet d’une ânerie que certains pensent vraiment, dur comme fer, et la démonstration d’un biais de logique consternant, si le Portugal a vu passer son chômage de près de 18% en 2013 à 7% aujourd’hui (contre 9% pour la France), c’est bel et bien grâce à une augmentation du salaire minimum, des retraites, des allocations familiales, un bonne petite bastonnade taxation des plus riches et via une jolie diminution des impôts pour les classes moyennes et populaires.

Ben voyons. On se demande pourquoi en France, après avoir appliqué les recettes ci-dessus, on n’a pas obtenu le même résultat flamboyant que le Portugal. Zut alors : la logique est prise en défaut, mais cela n’a aucune importance. Sans doute n’en a-t-on pas fait assez !

parabole de l'aspirine (c) Maître Du Monde

La réalité est cependant nettement plus contrastée, et finalement pas tellement en faveur des discours résolument ancrés à gauche qui prévalent autour de la réussite portugaise.

D’une part, il faut bien se rappeler que le Portugal part de fort bas : la crise de 2008 a laissé des traces profondes dans le pays qui a subi une baisse de plus de 20% de son PIB entre 2008 (262 milliards de dollars) et 2016 (204 milliards). C’est une chute 5 points plus lourde que pour la France sur la même période.

Cette lourde chute a directement obligé le gouvernement de Pedro Passos Coelho (centre droite) alors en place à appliquer des mesures un peu plus vigoureuses que les petites limonades amusantes qui nous furent présentées, en France, comme de l’austérité. Ainsi, les dépenses publiques du pays ont chuté (oui, chuté, j’insiste) de 10% entre 2010 et 2018. Pour rappel, en France, dans le même temps, elles n’ont jamais cessé d’augmenter (oui oui, augmenté, j’insiste) – de 8% sur la même période.

Là où l’austérité française fut un véritable foutage de gueule institutionnel et politique seulement bon aux gargarismes populistes de nos politiciens les plus démagos, le Portugal a effectivement mis en place des mesures de redressements. Celles-là même que les économistes libéraux (et, incidemment, les gens de bon sens) recommandent, à savoir qu’un gouvernement dépense moins qu’il ne gagne, qu’il libère les énergies créatrices en abaissant les impôts après avoir diminué sa gloutonnerie, etc.

Et concrètement, le gouvernement portugais a, suite à la crise, mis en place de très nombreuses réformes : réforme des impôts (particuliers et sociétés), du marché du travail, de l’administration publique, libéralisation de l’économie par la promotion de la concurrence, réduction de la réglementation, introduction d’une règle d’or limitant les dépenses et le déficit et la réduction des délais de paiement, privatisations importantes à hauteur de 10 Md€ (transports terrestres et aériens, déchets, électricité, assurances, postes, etc.) ou restructuration (compagnies des eaux, rail), augmentation de l’âge de départ à la retraite (66 ans), allongement des heures de travail, diminution des effectifs de fonctionnaires et augmentation de leur temps de travail.

Et j’en passe.

Pendant ce temps, en France, …

À la suite de quoi, le Portugal a connu trois années de vaches maigres : dette, déficit public et chômage en hausses, croissance en berne, les années 2011 à 2014 furent difficiles pour le peuple lusitanien. En revanche, à partir de 2014, la tendance s’inverse nettement avec le retour de la croissance. Lorsque les élections ont lieu en 2017, le nouveau gouvernement bénéficie déjà d’une conjoncture favorable et peut commencer à distribuer quelques uns des dividendes des années précédentes de rigueur.

Autrement dit, les petits comiques qui utilisent l’actuel redressement économique du Portugal et proposent qu’on en applique ses recettes à la France réclament en fait une politique qui leur filerait immédiatement de l’urticaire : baisse des dépenses publiques, réformes structurelles massives, privatisations, recentrage de l’État, on est loin des colifichets et autres bricolages économiques approximatifs de la clique insoumise et de tous les nigauds qui s’abreuvent aux mêmes âneries, y compris dans l’actuel gouvernement ou, pire encore, dans l’opposition de droite (ou ce qui passe pour).

À juger les analyses qui sont faites du « miracle » économique portugais (qui n’est miraculeux que si l’on oublie tous les efforts faits en amont), on comprend que les gauchisteries économiques habituelles et la loi de la distribution tous azimuts de l’argent des autres ont encore de beaux jours en France.

Bien plus triste encore est l’inexistence en France du courage dont fit preuve le gouvernement portugais de Coelho : aucun des clowns actuellement au pouvoir ou aucun de ceux qui y prétendent dans notre pays ne semble en disposer.

Ce pays est foutu.

Source : H16

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4 Commentaires

Publié par le 23 août 2018 dans économie, général, International

 

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4 réponses à “Appliquer les recettes du Portugal à la France ? Chiche !

  1. Joetclo Assgong

    24 août 2018 at 5:25

    Comment mettre un pays et ses habitants en faillite totale. 50 ans d’expérience, à votre avis?

     
  2. moneygate

    28 août 2018 at 1:01

    L’empecher de battre monnaie, tout simplement. Presque chaque pays l’ont subi depuis 50 à 60ans.+-

     
    • Joetclo Assgong

      28 août 2018 at 12:36

      moneygate dit: Sans oublier que la france est le pays qui pénalise le +, mdr. Comme beaucoup vous êtes largué, sur la situation catastrophique et ingérable de la france.

       
  3. moneygate

    28 août 2018 at 1:09

    Parce que sinon au portugal, ils ont pas mal d’avancée sur certains sujets comme les drogues. Sinon ils ont aussi inviter et supprimer les impots à plein d’étrangers, et à ce niveau la, je ne sais pas si c’est bien pour le pays, enfin pour le pays, au niveau de ces caisses, si on ne regarde que ces années en cour, ptet que ça va mieux, mais en réalité c’est le peuple qui vit au portugal depuis des siècles qui subit et payent pour faire venir et bien recevoir des pensionnés d’autres pays européens qui ont en général + d’€ en pension que les portugais ayant vécu toute leur vie au pays… Les loyers ont augmenté très fort, les prix de vente aussi et pas de qq % mais genre doublé si pas + encore, je préfère ne pas donner de chiffres précis au risque de dire une grosse connerie, mais il y a eu un reportage sur le sujet y a peu sur M6. Sinon à propos de la légalisation des drogues douce et dur le portugal a prouvé que ça marche et que la criminalité a baisée mais aussi le nbre de consommateur et qu’au final avoir légalisé a règlé le + des problèmes qu’ils devaient subir de par le business et la consommation qui existaient avant la dépénalisation dans tout le pays de toutes les drogues… Sans oublier que la france est le pays qui pénalise le + et est le pays qui proportionnellement à son nbre d’habitants comporte le + de consommateur de cannabis et si je ne me trompe pas, pour les drogues dures, la frane est pas dernière en %, très loin de la et pourtant elle pénalise + que ses pays voisins… Alors bon il est facile de démontrer que interdire à tout prix ne fonctionne pas, très loin de la, car non seulement la consommation est augmentée, mais la criminalité liée à cela aussi, contrairement aux pays ou c’est dépénalsié ou tolèré.

     

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