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Scandale du Chlordécone aux Antilles : « cet empoisonnement a été décidé en connaissance de cause au plus haut niveau » !

20 Juil

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Retour sur ce scandale incroyable qui touche tous les antillais, un empoisonnement de masse « qui été décidé en connaissance de cause au plus haut niveau » selon ce papier du Monde ! Rien que ça !! Lisez, je n’ai même plus les mots, c’est absolument édifiant !! Z

Plus de 90 % des Antillais présentent des traces de ce perturbateur endocrinien. Cet empoisonnement, qui touche aussi les écosystèmes, a été décidé en connaissance de cause au plus haut niveau, souligne Stéphane Foucart dans sa chronique.

S’agit-il d’un scandale d’Etat ? Ces mots sont si galvaudés qu’il faudrait sans doute plutôt parler de crime, ou de honte d’Etat. L’affaire du chlordécone revient à intervalles réguliers dans l’actualité nationale, suscitant de brèves bouffées d’indignation, avant de retourner invariablement à l’oubli. Cette semaine, l’enquête publiée par Le Monde, sous la signature de notre collègue Faustine Vincent, a remis l’affaire en lumière, mais, dans quelques jours, le flot des événements l’ensevelira de nouveau.

Aux Antilles, au contraire, elle ne disparaît jamais des esprits. L’inquiétude et la colère sont là pour durer. A juste raison. Le chlordécone est ce pesticide très persistant, utilisé massivement dans les bananeraies ultramarines entre 1972 et 1993 – il était alors interdit à peu près partout ailleurs. Il imprègne aujourd’hui, sur de vastes territoires de Guadeloupe et de Martinique, les sols, les eaux de surface et souterraines, la faune domestique et sauvage, les écosystèmes marins côtiers.

Les Antilles contaminées pour quatre siècles

Les humains ne font pas exception. Plus de 90 % des Antillais présentent des traces de ce perturbateur endocrinien, parfois à des niveaux tels que des conséquences sanitaires graves sont une quasi-certitude. Des travaux suggèrent un doublement du risque de cancer de la prostate pour une grande part de la population masculine, un effet négatif sur la cognition et la motricité fine des enfants exposés in utero… L’essentiel du désastre n’est pas documenté ; une part immense de ses dégâts est – et demeurera – littéralement incalculable. Un chiffre donne en tout cas toute la mesure du problème : la contamination des Antilles durera quatre à sept siècles – le temps que la molécule se dégrade.

Saisir la situation dans toute son ampleur et son étrangeté produit un sentiment de sidération. Et ce d’autant plus que cet empoisonnement a été décidé en connaissance de cause. Dans une analyse des archives du ministère de l’agriculture publiée en 2009, Matthieu Fintz, alors sociologue à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), a montré que, dès la fin des années 1960, la persistance des substances organochlorées dans l’environnement et la chaîne alimentaire était non seulement bien connue des experts de la défunte « commission des toxiques » (ou « ComTox »), mais qu’elle était aussi une source d’inquiétude.

 Autorisation rejetée en 1969

Le compte rendu de la réunion du 29 novembre 1969 de la ComTox est clair : « On pose ici le problème de l’introduction d’un nouveau composé organochloré toxique et persistant. Bien qu’il n’y ait pratiquement pas de résidus dans les bananes, il y a quand même les risques de contamination du milieu environnant. » La demande d’autorisation du chlordécone est alors rejetée.

En 1972, elle est cette fois accordée à titre provisoire, puis réitérée. Cinq ans plus tard, le même produit est interdit aux Etats-Unis, et tous les composés de la même famille – les fameux DDT et PCB, le lindane et les autres – sortent peu à peu du marché. Le chlordécone, lui, reste en usage aux Antilles. Et ce jusqu’en 1993.

Qui sont les experts et les représentants de l’industrie qui, Rue de Varenne, ont permis cette catastrophe ? On ne le saura sans doute jamais, car les procès-verbaux des réunions de la ComTox et des autres cénacles impliqués ont, paraît-il, été perdus. Nul ne sera jamais tenu pour responsable. Tout ce temps, on a feint d’agir en produisant des rapports. 1977 : rapport Snégaroff. 1979 : rapport Kermarrec. 1998 : rapport Balland-Mestres-Fago. 2001 : rapport Bonan-Prime. Etc.

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Etudes bloquées

Comment l’Etat gère-t-il, aujourd’hui, les conséquences de ses fautes inexcusables du passé ? Il barguigne sur le financement des études à conduire pour cerner, autant que possible, les effets sanitaires actuels et prévisibles de la catastrophe. En 2013, l’Institut national du cancer (INCa), alors dirigé par l’actuelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, bloque une étude tout juste lancée pour étudier les liens entre cancer de la prostate et chlordécone.

Mme Buzyn assure que la raison de cette interruption était scientifique, mais les chercheurs entravés en sont, aujourd’hui encore, scandalisés. Rarement, en tout cas, l’acquisition de connaissances aura eu un impact potentiel aussi considérable. Car plus les populations seront informées de ce qui leur arrive, plus elles seront portées – à juste titre – à la revendication.

Plus de rivières propres

Ce n’est pas tout. Ces derniers mois, les limites légales de chlordécone dans la viande ont été subrepticement relevées d’un facteur 5 à un facteur 10 par le ministère de l’agriculture, permettant mécaniquement, et de manière légale, d’introduire plus de chlordécone dans la chaîne alimentaire. Et d’exposer potentiellement plus encore la population. Indignation aux Antilles. Courriers et contre-courriers entre administrations. Protestations d’élus.

Dans un avis du 31 mai, l’Anses assure pourtant que rien n’a en réalité changé et que les seuils n’ont pas été relevés. Le fin mot de cette histoire n’est toujours pas connu et la plus grande confusion règne sur son issue… Pour parfaire ce tableau, l’Etat ostracise ses agents qui, sur place, font passer la santé des populations avant les autres considérations.

En définitive, et quoi qu’il arrive, environ 800 000 personnes vivent désormais dans un monde dystopique, où chaque tranche de gigot, chaque poisson, chaque œuf, chaque crustacé devient suspect, où il ne reste parfois plus aucune rivière propre – c’est le cas en Martinique et à Basse-Terre, où la pêche est interdite dans presque tous les cours d’eau. Le plus surprenant est peut-être que, pour ces torts irréparables, nul n’ait jusqu’à présent eu l’idée de présenter aux Antillais des excuses au nom de l’Etat français.
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Publié par le 20 juillet 2018 dans Climat - Environnement, général, Politique

 

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