Après les tarifs douaniers contre la Chine

Par Nick Beams

Alors que l’Union Européenne imposait hier des droits de douane sur 2,8 milliards d’euros de produits américains, en représailles aux droits américains sur l’acier et l’aluminium, le président Trump a de nouveau menacé d’intensifier la guerre commerciale transatlantique.

Vendredi matin, Trump a lancé un tweet déclarant que si l’UE ne supprimait pas les tarifs existants sur les exportations automobiles américaines, « nous allons imposer un tarif de 20 pour cent sur toutes les voitures qui arrivent aux États-Unis ».

L’UE a annoncé une réponse en deux phases aux mesures américaines concernant l’acier et l’aluminium. Selon une liste soumise à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un tarif de 25 pour cent sur toute une gamme de produits, du beurre d’arachide et du bourbon aux motos Harley-Davidson, prend effet immédiatement. Des droits sur 3,6 milliards d’euros supplémentaires de marchandises américaines seront imposés après trois ans, ou plus tôt si l’OMC se prononce en faveur de l’UE.

Parlant de l’imposition des mesures de l’UE, la Commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a déclaré : « Nous ne voulions pas être dans cette position. Cependant, la décision unilatérale et injustifiée des États-Unis d’imposer des tarifs sur l’acier et sur l’aluminium à l’UE signifie que nous n’avons plus d’autre choix. »

Elle a déclaré : « Les règles du commerce international, que nous avons développées main dans la main avec nos partenaires américains, ne peuvent pas être violées sans une réaction de notre part ».

Les mesures américaines ont été imposées en vertu de l’article 232 de la Loi sur l’expansion du commerce de 1962 en invoquant la « sécurité nationale » comme justification. Outre les mesures européennes qui entrent en vigueur, le Canada devrait imposer des tarifs le mois prochain, alors que le Mexique l’avait déjà fait, car ces deux pays, comme l’UE, ne sont pas parvenu à obtenir une exception aux mesures américaines.

La dernière menace de Trump d’étendre les mesures tarifaires sur les automobiles, en utilisant la même disposition de « sécurité nationale » que celle utilisée dans le cas de l’acier et de l’aluminium, provoquerait un conflit beaucoup plus important, notamment avec l’Allemagne.

Les États-Unis ont importé l’année dernière près de 1,3 million de véhicules de l’UE, dont 726 300 venant des trois principaux producteurs allemands, BMW, Daimler et Volkswagen.

Le Wall Street Journal a noté que le dernier tweet de Trump sur les tarifs soulignait « l’importance qu’il accorde à une enquête lancée par son Administration le mois dernier pour savoir si de gros tarifs pourraient être imposés sur les importations de véhicules au nom de la sécurité nationale ».

Le secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, dont le ministère supervise l’enquête, a déclaré à une réunion d’un comité sénatorial cette semaine qu’aucune décision n’avait encore été prise quant à la recommandation de tarifs. Il a indiqué que l’enquête devrait être terminée début août.

Quand il a annoncé l’enquête en mai, Ross a mis l’accent sur la sécurité nationale, disant que pendant « des décennies » il y a eu « des preuves suggérant que les importations en provenance de l’étranger ont érodé notre industrie automobile nationale. La sécurité économique est la sécurité militaire. Et sans sécurité économique, vous ne pouvez pas avoir de sécurité militaire. »

Trump cherche clairement à aller de l’avant comme l’indique son dernier tweet. Le tweet suivait son discours à un rassemblement sur le thème « Rendez l’Amérique formidable à nouveau » au Minnesota plus tôt cette semaine, dans lequel il a dénoncé l’UE pour avoir dit selon lui : « nous allons vous vendre des millions de voitures, et vous, en passant, n’allez nous en vendre aucune. »

L’UE a refusé de commenter la dernière menace de Trump, un responsable a déclaré au Wall Street Journal : « Tout ce que nous avons à dire sur ce sujet a déjà été exprimé […] à diverses occasions au cours des dernières semaines. »

Lorsque l’enquête du département américain du Commerce sur l’industrie automobile a été annoncée le mois dernier, le porte-parole de l’UE, Margaritis Schinas, a déclaré que les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium n’étaient pas justifiés en ajoutant : « l’invocation de la sécurité nationale sera encore plus farfelue dans le cas de l’industrie d’automobile ». Les porte-parole de l’industrie automobile ont également averti que si les tarifs étaient invoqués, ils entraîneraient une perturbation de l’industrie automobile mondiale.

La guerre commerciale américaine contre la Chine et la menace des tarifs sur les automobiles ont déjà eu un effet sur l’industrie automobile allemande. Cette semaine, Daimler, qui détient la marque Mercedes, a publié un avertissement sur les bénéfices dans le cadre de la guerre commerciale croissante. Il a déclaré qu’il s’attendait désormais à ce que les chiffres des bénéfices pour 2018 soient « légèrement inférieurs » à ceux de l’année dernière, après avoir anticipé une hausse.

Daimler a déclaré que l’imposition de droits de douane sur les exportations de voitures américaines vers la Chine, principal marché d’exportation de ses usines américaines, était le « facteur décisif » de la baisse des bénéfices.

« Les ventes de [véhicules tous-terrains] VUS sont moins élevées que prévu et les coûts plus élevés que prévu […] doivent être pris en compte en raison de l’augmentation des tarifs d’importation pour les ventes aux États-Unis sur le marché chinois », a indiqué la compagnie.

L’escalade d’une guerre commerciale américaine commence à inquiéter les milieux financiers internationaux. Cette semaine, l’Administration Trump a menacé d’imposer des droits sur des produits chinois allant jusqu’à 400 milliards de dollars, en plus des droits sur les produits de haute technologie d’une valeur de 50 milliards de dollars qui entreront en vigueur le mois prochain.

Alors que ce n’était pas le point central de l’ordre du jour, la guerre commerciale et ses dangers ont fait l’objet de commentaires et d’avertissements lors de la réunion annuelle des banquiers centraux convoqués par la Banque centrale européenne (BCE) à Sintra au Portugal cette semaine.

« Les changements dans la politique commerciale pourraient nous amener à remettre en question les perspectives », a déclaré le président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, lors d’une table ronde. « Pour la première fois, nous entendons parler de décisions de reporter l’investissement, de reporter l’embauche ».

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déclaré qu’il était encore trop tôt pour en mesurer l’effet sur économie, mais il était préoccupé par l’érosion de la confiance entre les entreprises.

S’il a déclaré qu’il n’était pas encore temps de voir quel impact les conflits commerciaux pourraient avoir sur la politique monétaire de la banque centrale, il a tout de même admis qu’« il n’y a aucune raison d’être optimiste à ce sujet ».

Il a également indiqué que la leçon à tirer de l’histoire est que les conséquences des conflits commerciaux et du protectionnisme s’étaient avérées « toutes très négatives » et que la propagation des différends minait « le cadre multilatéral avec lequel nous avons tous grandi ».

Le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a averti que l’effet de la guerre commerciale pourrait perturber le réseau économique qui approvisionne la Chine à travers l’Asie de l’Est.

« J’espère vraiment que cette escalade pourrait être annulée, et qu’une relation commerciale normale entre les États-Unis et la Chine prévaudrait. C’est un sujet de grande préoccupation pour le Japon », a-t-il déclaré.

L’avertissement le plus net est venu du gouverneur de la Banque centrale d’Australie, Philip Lowe. Il a déclaré que même si les droits de douane à eux seuls ne font pas dérailler la croissance mondiale, ils pourraient déclencher la volatilité du marché et entraîner le report de décisions commerciales.

« Il ne faudrait pas beaucoup aux marchés financiers pour se combiner avec des entreprises qui attendent de faire de cet événement un grand événement mondial. J’espère que cela a une faible probabilité, mais je suis très perturbé par ce qu’il se passe. »

Lowe a déclaré qu’il n’y avait aucun pays qui était devenu plus riche et a stimulé la croissance de la productivité en construisant des murs. « Je vois ce qu’il se passe comme incroyablement inquiétant. »

source:http://www.wsws.org/fr/articles/2018/06/25/sint-j25.html