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Qui va encore acheter de la dette américaine ?

21 Juin
usa dollar
Durant le mois d’avril, les taux des obligations américaines ont grimpé de façon significative. Le média américain Zero Hedge s’est posé la question de savoir pourquoi. Et en examinant les statistiques fournies par les autorités américaines, il en a déduit que la Russie est en partie responsable de ce mouvement. Moscou a vendu pas moins de la moitié de son portefeuille d’obligations américaines, soit plus de 47 milliards de Treasuries !

Et ce ne sont pas les seuls … Donc c’est une bonne question de savoir qui va acheter de la dette US … La Belgique ?
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Précédemment, nous avons vu que la trajectoire budgétaire américaine n’est plus considérée comme soutenable. Qui va acheter toute cette dette américaine ?

La Fed projette de diviser son bilan par deux  d’ici 2022.

Comme l’expliquait le blog Economica (1) le 21 février, la Fed a prévu de diviser la taille de son bilan par deux afin qu’il passe de 4 500 Mds$ à 2 200 Mds$ d’ici 2022. Par conséquent, la Fed sera vendeuse nette d’obligations américaines, et l’ensemble de la dette nouvellement issue sera mise sur le marché.

Bilan de la Réserve fédérale et fin du QE (milliers de Mds$)

La demande étrangère est « en grève » depuis fin 2014

Les investisseurs étrangers  ont été très demandeurs de dette fédérale au cours des dernières années et en détenaient pour 6 300 Mds$ en décembre 2017

Cependant, « depuis que le QE s’est terminé fin 2014, les étrangers se sont fondamentalement mis en grève, n’ajoutant que 150 Mds$ de dette à leur stock en un peu plus de trois ans », commente Economica.

Montant total de la dette américaine détenu par des étrangers (milliers de Mds$)

La Chine et le Japon sont vendeurs nets de dette US depuis 2011 et 2015

Dans le détail, trois groupes d’investisseurs détiennent chacun autour de 18% (55% au total) du total des 6 300 Mds$ de dette US aux mains des investisseurs étrangers.

Stocks de dette fédérale américaine de la Chine et du Japon

La Chine a frénétiquement acheté de la dette US jusqu’au débat sur le plafond de la dette en juillet 2011, après quoi elle est devenue (légèrement, pour le moment) vendeuse nette. A cette époque, le Japon a dans une certaine mesure pris le relais de la Chine dans l’absorption de la dette US, mais le pays est devenu vendeur net depuis 2015, pour finalement revenir à sa position de juillet 2011 avec 1 100 Mds$.

Il y a enfin le groupe des BLICS (Belgique, Luxembourg, Irlande, Île Cayman, Suisse), au sujet duquel il précise que « c’est l’augmentation de 800 Mds$ d’achat de dette US par les BLICS depuis juillet 2011 qui a maintenu la demande étrangère en vie ».

Et si les pays étrangers dégainaient l’« option nucléaire » en réponse à la guerre commerciale américaine ?

Comme le fait remarquer Zero Hedge, le déclenchement de la guerre commerciale par Donald Trump fait ressurgir le vieux serpent de mer de la cession des titres de dette US par les banques centrales étrangères.

Voici le détail de l’évolution des positions étrangères sur un an, de décembre 2016 à décembre 2017. Comme vous pouvez le constater, la France ne pèse pas lourd avec seulement 80 Mds$ dans la balance. La Russie – qui  a été vendeuse nette sur les trois premiers mois de 2018 – n’arrivait qu’en 15ème position avec 102 Mds$.

Au total, 4 000 Mds$ (soit presque les deux tiers du montant total détenu par l’étranger) sont détenus non pas en direct par les particuliers mais par des banques centrales, des fonds souverains, etc.

Rappelons que ce stock accumulé au fil des ans correspond à des importations payées à crédit par les Etats-Unis. Un système bien rodé sur lequel repose le modèle économique américain.

Inutile de préciser que si les plus gros détenteurs de dette US décidaient d’en vendre une partie, il se passerait des choses intéressantes au niveau des taux longs, comme l’explique Natixis (3).

Même si les velléités chinoises ne sont jusqu’à présent restées que des mots, « la menace est réelle », estime Kristina Hooper, Chief global market strategist chez Invesco. Elle est d’autant plus grave que les Etats-Unis ne se sont jamais trouvés sur une trajectoire budgétaire aussi insoutenable.

L’équipe de recherche de Patrick Artus prend moins de gants pour exprimer son opinion :

« Cet équilibre coopératif est clairement en train de se rompre aujourd’hui, ce qui sera surtout coûteux pour les Etats-Unis ».

D’ailleurs, comme le montrait Deutsche Bank au mois d’avril avril, la demande étrangère pour les bons du Trésor tend globalement à s’affaiblir depuis 2016.

L’appétit des étrangers pour la dette fédérale américaine décline

L’appétit des étrangers pour la dette fédérale américaine décline

Cependant, déverser des quantités énormes de titres de dette US sur les marchés reviendrait par exemple pour la Chine à se tirer une balle dans le pied, faisant mécaniquement augmenter les taux et diminuer la valeur des titres en question.

Voici ce qu’analyse Zero Hedge (5) :

« Les étrangers n’ont pas besoin de liquider l’intégralité de leurs avoirs, ni même la majorité : tout ce qu’ils doivent faire, c’est s’engager dans une liquidation tranchante et aiguë qui enverrait les taux à un niveau nettement plus élevé, ce qui – comme l’ont montré les événements de début février – pourrait bien conduire à un krach boursier. Trump évaluant de plus en plus sa performance à l’aune des mouvements quotidiens sur le S&P, une chute brutale du marché pourrait bien être tout ce que les étrangers ont besoin d’accomplir pour forcer Trump à reculer [au sujet de la guerre commerciale] ».

L’histoire montre en effet que les marchés actions auraient sans doute beaucoup de mal à digérer une hausse des taux longs…

Les marchés actions ne performent pas lorsque les taux longs montent

Les marchés actions ne performent pas lorsque les taux longs montent

On notera aussi que, comme le soulignait Bloomberg début mars, la part des titres du Trésor détenus par les banques centrales étrangères (et la Fed) est passée de 45% en 2015 à 40% début 2018, et ce alors même que la dette US continue d’augmenter.

En résumé, les Etats-Unis comptent sur les acheteurs étrangers mais seront-ils au rendez-vous ?

C’est ce que nous verrons très prochainement.

(1) https://econimica.blogspot.fr/2018/02/who-is-it-that-wants-to-buy-trillions.html

(2) https://www.zerohedge.com/news/2018-03-03/will-foreigners-retaliate-trumps-trade-war-dumping-us-treasuries

(3)https://www.research.natixis.com/GlobalResearchWeb/main/globalresearch/ViewDocument/274Uf8Xj2yyvEZ6kuSUidw==

(4) https://www.zerohedge.com/news/2018-04-28/deutsche-us-about-suffer-debt-crisis-here-are-signs

(5) https://www.zerohedge.com/news/2018-02-14/albert-edwards-we-just-had-small-taste-coming-financial-collapse

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2 Commentaires

Publié par le 21 juin 2018 dans économie, général, International

 

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2 réponses à “Qui va encore acheter de la dette américaine ?

  1. NJ

    21 juin 2018 at 7:37

    Qui va acheter la dette américaine?? Mais c’est très simple, voyons. Vous avez certainement entendu parler des fonds mutualistes et des fonds d’investissement offshore du Luxembourg, de l’Irlande ou de la Belgique, où les investisseurs non-résidents bénéficient d’une fiscalité préférentielle lorsqu’ils placent leur cash dans des valeurs achetées par ces fonds. Ainsi les sociétés, notamment apple ou Alphabet, et les les banques américaines sont de très gros acheteurs de bons du trésor américain qui leur permettent de placer leur cash à l’étranger tout en touchant une rémunération sur leurs placements. Ainsi des petits pays comme l’Irlande ou le Luxembourg occupent une position de tête dans l’achat d’obligations souveraines américaines.

    Ireland, Luxembourg, the United Kingdom and Belgium taken together make up two-thirds (66%) of the entire EU’s US Treasury securities holdings. The biggest European countries with a potentially enormous share of savings, Germany and France combined, have $156 billion of US papers, which is still less than Irish or British holdings
    http://www.newropeans-magazine.org/en/2017/02/20/ireland-luxembourg-belgium-how-us-companies-can-use-europe-to-cheat-the-us-government-and-to-have-it-pay-them-interest/

    Quant à le dette russe, depuis les dernières sanctions plus personne n’ne veut, non seulement les Russes mais aussi les investisseurs étrangers qui leur préfèrent les obligations américaines dont les taux restent raisonnables malgré les énormes adjudications sur les marchés qui absorbent des dizaines de milliards de papier américain toutes les semaines.

    Le ministère des Finances continue de réduire les prêts sur le marché après l’effondrement des prix de la dette publique russe et une forte baisse de la demande de ventes aux enchères. La demande des non-résidents, qui étaient les principaux créanciers du gouvernement au cours des deux dernières années et qui ont apporté 25 milliards de dollars au marché de la ZLO, s’est pratiquement évaporée. Dans le contexte de sorties de capitaux des marchés émergents, la Fed hausse des taux et de nouvelles sanctions contre la Russie, les investisseurs étrangers ont retiré des fonds publics 231 milliards de roubles en Avril-mai.
    https://tsargrad.tv/shows/iskusstvennoe-obrushenie-realnyj-kurs-dollara-50-rublej_140715

     
  2. NJ

    22 juin 2018 at 9:58

    Les bons du Trésor américains constituent aussi un collatéral de financement important pour prendre des positions synthétiques sur des actifs comme des obligations d’entreprise, des prêts à taux fixes ou variables transférés à des véhicules de financement offshore ou des dérivés de crédit, type CDO ou CLN, sans oublier les dérivés de taux non financés à effet de levier comme les TRS. Cela vaut aussi bien pour les banques européennes qui désirent prendre des positions de couverture sur leurs actifs via des dérivés financés par le marché obligataire le plus liquide au monde à Londres ou à New York.

    En ces temps de vaches maigres sur les marchés obligataires européens, les opportunités de profit en dollars US plus felexibles ne sont pas forcément à négliger. Voir à ce sujet les dépassements effarant de market VAR par les banques européennes sur les places US ou British. On se fend la g…Essauyez donc de faire la même chose en Chine,en Allemagne ou en Russie. No comment.

    Regulators Stunned By Deutsche Bank’s Spectacular, 12x VaR Trading Blowup

    A noter qu’en ces temps d’émergence du marché des dérivés de crédit chinois couvrant les suprimes chinois, les obligations américaines peuvent constituer un moyen de colatéralisation privilégié pour les obligations collatéralisées par les prêts chinois émises en offshore. Là encore, il n’est pas sûr que la dette chinoise soit jugée suffisammment liquide sur les marchés offshore pour supplanter le papier américain.

    Understanding Synthetic Bonds
    https://seekingalpha.com/article/108385-understanding-synthetic-bonds

     

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