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“Bitcoin et Big Brother”, par Charles Gave

13 Déc

24hGold - “Bitcoin et Big Brot...

C’est le dernier papier de Charles Gave, qui parle ici de la monnaie avec la verve qu’on lui connaît et son humour pince-sans-rire qui me fait beaucoup rire…

Au-delà, son point de vue sur le Bitcoin et la monnaie viendra enrichir utilement la réflexion de tous.

Je vous souhaite une excellente lecture.

Milton Friedman avait coutume de dire que ce qui différenciait l’homme de l’animal était tout simplement le fait que les hommes faisaient du commerce entre eux et pas les animaux. C’est une idée très profonde : pour faire du commerce, il faut introduire dans sa réflexion la notion de d’épargne et donc le temps (d’où les taux d’intérêt).

Ayant épargné un peu trop de quelque chose dont on n’a pas vraiment besoin vient ensuite l’idée de l’échanger contre l’épargne de quelqu’un d’autre, ce qui suppose de déterminer une valeur pour chacune des deux épargnes. Pour arriver à échanger une épargne contre une autre, vient en effet le moment où il faut arrêter une valeur relative de la massue par rapport à la flèche ou au bouclier, ce qui requiert des calculs fort compliqués, sans doute à l’origine de la création de l’arithmétique. On imagine le bambin de l’époque néolithique se penchant sur le problème suivant : si une massue vaut trois flèches et deux boucliers, combien vaut la flèche par rapport au bouclier ?

Et pour éviter d’avoir à répondre, il est probable que l’un de ces bambins particulièrement paresseux décida de tout ramener en coquillages et de ce fait inventa la monnaie, tant il est vrai que la quasi-totalité des inventions sont faites par des paresseux qui veulent retourner jouer plutôt que de faire des calculs idiots.

Toutes les monnaies depuis ce gamin génial ont donc trois fonctions : la monnaie doit être à la fois étalon de valeur, moyen d’échange et réserve de valeur.

Fort bien.

Mais en ayant dit ça, j’introduis immédiatement un autre problème : qu’est que j’entends par « valeur » ? D’où vient la valeur d’un objet ? À cela il y a deux réponses : un objet peut avoir de la valeur s’il est utile, et là, je pense à un outil qui permet de faire de meilleures flèches, par exemple un silex taillé, qui lui-même pourra donner lieu à un échange, ce qui permet accessoirement de créer la notion d’investissement. Cette source de valeur, je l’appelle la valeur « efficacité ».

Alternativement, je peux désirer un coquillage particulièrement inhabituel qui permettra à ma chère compagne d’être la plus belle de la tribu quand elle le mettra dans ses cheveux. Et là, la valeur ne vient pas de l’efficacité, mais de la rareté de l’objet en question et il y a donc une deuxième source à la valeur que j’appelle la valeur « rareté ».

Nous avançons.

Reste un dernier problème : comment allons-nous déterminer les « prix » auxquels nous allons échanger ces deux valeurs entre elles et les unes contre les autres ? Faire une nouvelle massue prend un temps fou et trouver un coquillage tout à fait extraordinaire sur la plage est simplement affaire de chance. Le fabricant de massue dira donc que la massue doit valoir beaucoup plus que le coquillage, à la grande indignation du possesseur du coquillage qui pense que son bijou a infiniment plus de valeur que la massue puisque tout le monde peut faire une massue, personne ne peut faire un coquillage.

Ce qui créera le prix qui fixera la valeur monétaire de la massue par rapport au coquillage est donc simplement le fait que quelqu’un acceptera de livrer trois massues contre le coquillage et que le détenteur du coquillage et le vendeur de massues accepteront ce prix volontairement.

La valeur est donc subjective et n’a rien à voir avec le fait que la massue incorpore beaucoup de travail et pas le coquillage. La valeur travail est donc une ânerie, ce qui condamne irrémédiablement le Marxisme.

Nous y sommes presque : assez rapidement, dans le développement de la notion de monnaie, quelque chose d’étrange, mais de parfaitement logique, eut lieu. Tout le monde se rendit compte que mesurer et échanger les « valeurs d’efficacité » en utilisant une monnaie fondée sur la « valeur rareté » était vraiment bien pratique (tout le monde comprend la valeur rareté) et de ce fait toutes les monnaies jusqu’en 1971 avaient un ancrage « ultime » dans la valeur rareté éminente qu’était l’or.

Et cela marcha jusqu’à la révolution industrielle en Grande Bretagne. Pendant des siècles, nous avions eu une stagnation du monde « efficace ». Aller de Paris à Marseille prenait autant de temps sous Louis XIV que sous Jules César et donc le ratio des valeurs (efficacité / rareté) resta à peu près constant jusqu’au XVIIe siècle.

Arrive la révolution industrielle. La production de valeurs d’efficacité explose par rapport à un stock constant de valeurs de rareté, et du coup, pendant tout le XIXe, les prix baissent constamment et nous sommes en déflation structurelle, ce qui n’a aucune importance. Mais une déflation durable empêche d’emprunter et donc empêche la croissance des dépenses étatiques financées par l’emprunt.

Vient le XXe siècle et ses guerres couplées à la hausse du poids de l’État dans l’économie à cause de la montée du socialisme. Il faut donc briser définitivement le lien entre la monnaie et la valeur de rareté, puisque guerres et socialismes sont impossibles en période de déflation, ce qui est fait en 1971 quand Nixon abroge la convertibilité dollar /or, ultime ancre des monnaies dans la valeur rareté.

À partir de 1971, le rapport entre monnaie et valeur de rareté est donc brisé, et les banques centrales se voient obligées de produire de la monnaie pour essayer de satisfaire de façon rationnelle aux besoins des économies maintenant menées non seulement par la croissance de l’économie efficace mais aussi par le financement des besoins d’un État en croissance constante, et donc guère efficace.

Inévitablement, elles tombent sous le contrôle des politiques qui trouvent que leur réélection est plus importante que la notion de monnaie comme bien commun. C’était donner la clé de sa cave à vin à un sommelier alcoolique et l’inflation et autres désordres monétaires suivirent fort rapidement.

Et du coup, Milton Friedman, encore lui, a une idée géniale, encore une fois : remplacer les banques centrales par un ordinateur dont la seule tâche sera de faire croître la base monétaire (le bilan de la banque centrale) de 3 % par an (ce qui correspond peu ou prou à la croissance de l’économie US en volume sur le long terme) sans que les politiques puissent intervenir, les prix, les taux d’intérêts et les taux de changes étant laissés au marché sans que personne ne puisse sauver une banque qui aurait trop prêté ou une société qui aurait mal investi.

Cette idée permettait de faire croître la masse monétaire au rythme de croissance structurel de l’économie « efficace », tout en empêchant la capture de la monnaie par les politiques. Et donc, ce cher Milton est l’inventeur « intellectuel » du Bitcoin, mais d’un Bitcoin étatique. Inutile de dire que cette idée qui enlevait la création monétaire du contrôle des politiques fut repoussée avec horreur par tous les gens compétents et intelligents avec les résultats heureux que chacun peut constater aujourd’hui. Mais il faut se pénétrer d’une réalité indiscutable : l’invention du Bitcoin est en fait une réponse « monétariste » parfaitement justifiée aux désordres créés par nos crétins surdiplômés qui se croient plus malins que les marchés.

Le Bitcoin a en effet quatre caractéristiques essentielles qui font à la fois sa force et sa faiblesse.
Il est encore une fois basé sur l’idée de rareté qui serait assurée cette fois non par une pénurie physique mais par un processus technologique que nul ne peut changer (en attendant que quelqu’un n’y arrive). Le problème de gérer une économie « efficace » et donc en croissance, en utilisant une monnaie fondée sur la rareté n’est dons pas traité.

Il est complètement indépendant des politiques et des banquiers centraux et en cela il est l’enfant naturel des taux négatifs, QE, euro et autres joyeusetés auxquelles les banques centrales se livrent depuis 1971.

Il permet un retour à l’anonymat des transactions, ce qui est bien utile pour ceux qui veulent tourner des réglementations sur les marchés des changes (contrôle des changes) et/ou se faire payer leur cocaïne ou leur héroïne sans que la police soit au courant. Bitcoin et marché de l’art contemporain, même combat.

Il ne « bénéficie » d’aucune garantie gouvernementale ni d’aucune réglementation (ce qui pour certains constitue son principal attrait). Si vous vous faites escroquer et si vous portez plainte devant les tribunaux, il vous sera répondu le vieil adage juridique « nullum crimen sine lege » – s’il n’y a pas de loi, il n’y a pas de crime –  et que rien ne vous serait arrivé si vous étiez resté tranquillement en euro ou en dollar. Allez porter plainte ailleurs…

Revenons à la notion même de monnaie : pour être une monnaie, il faut que la monnaie en question soit étalon de valeur, moyen d’échange, réserve de valeur et que cette monnaie soit adossée à un État et à son système juridique pour que les conflits puissent être tranchés par celui qui a le monopole de la violence légale.

Étalon de valeur ? Certainement pas puisqu’il monte ou baisse de 10 % par jour.

Moyen d’échange ? Certes de plus en plus de commerçants acceptent le paiement en Bitcoin… tant qu’il monte bien sûr. S’il commence à baisser, plus personne ne l’acceptera.

Reserve de valeur ? En aucun cas le Bitcoin n’est adossé à aucune production de biens et de services produits par l’économie efficace. II existe par lui-même, indépendamment du monde extérieur.

Adossé à un État et à son système juridique ? Au contraire ! En fait, ceux qui l’utilisent se font gloire d’utiliser le Bitcoin parce qu’il n’a rien à voir ni avec un État ni avec un système juridique.

Ce n’est donc pas une monnaie. Mais alors qu’est-ce que c’est ? Un OFNI (objet financier non identifié ? Je vais me hasarder à une explication qui est peut-être complètement fausse, ce qui prouverait que je n’ai rien compris. Hélas, ce ne serait pas la première fois dans mon histoire. Et comme le dit toujours Warren Buffet : « Si vous ne comprenez pas, n’achetez pas. »

La voici.

Nous vivons une époque où les monnaies ne sont plus rattachées à la valeur de rareté pour les raisons que j’ai évoquées plus haut, puisqu’un tel rattachement amènerait à une déflation générale, insupportable en période d’endettement généralisé.

Les tentatives de créer des monnaies rationnellement rattachées à la valeur d’efficacité ont toutes échoué lamentablement puisque la monnaie a été capturée par les politiciens. Ces politiciens, pour sauver les États sous-jacents complètement surendettés, ont suivi une politique visant à détruire la fonction « réserve de valeur » de leur monnaie pour essayer de rembourser les dettes des États en « monnaie de singe » et tout le monde a fort bien compris que si un gros problème se produisait, l’argent que tout un chacun pouvait avoir à la banque pourrait disparaître. Et les transactions sur l’or ont complètement cessé d’être anonymes.

Et donc le Bitcoin est la réponse à ce besoin qu’éprouve tout homme de se constituer un capital qui puisse échapper complètement à la surveillance amicale de nos États respectifs.

La preuve en est que la hausse du Bitcoin a commencé après que les États du monde entier aient lancé une attaque sans précédent contre les paradis fiscaux.

Pour faire simple : le Bitcoin n’est en fait qu’une réaction au développement incroyable depuis 15 ans de notre ennemi à tous, ce cher Big Brother.

Et je vais présenter ici une idée curieuse : l’hyperinflation qui est en train de se produire au Venezuela par exemple n’est que la reconnaissance par le public que la fonction réserve de valeur de la monnaie n’existe plus – à cause des folies des hommes politiques locaux.

Ce que nous constatons dans le cours du Bitcoin est en fait l’inverse de ce phénomène. La PEUR de l’hyperinflation à venir que tous les politiciens semblent vouloir créer dans le monde entier nous amène à une hyper-déflation de la valeur du Bitcoin, c’est-à-dire à une hausse parabolique de son cours.

La hausse du Bitcoin ne serait dans cette hypothèse que la conséquence d’une crainte diffuse et généralisée que les dettes de tous les États ne soient soldées à terme soit par la spoliation (comme à Chypre ou grâce aux taux négatifs), soit par l’hyperinflation (comme au Venezuela ou au Zimbabwe), soit par la taxation (comme en France).

Est-ce une idée idiote ? Certainement pas. Cela va-t-il se produire ? Aucune idée, mais la probabilité n’est pas de zéro. Où cela a-t-il le plus de chances de se produire ? À mon avis en Europe d’abord, aux USA peut-être et en Asie en dernier, grâce à la politique de la Banque centrale de Chine.

Les États en difficulté laisseront-ils faire ? Peu probable dans la mesure où il suffit de couper l’électricité aux plateformes qui traitent des Bitcoins (elles sont d’énormes consommatrices d’électricité) pour arrêter cette spéculation.

Pour moi, le plus simple pour protéger ses avoirs était et reste d’avoir de belles valeurs du style Air Liquide ou Schneider, et le cas échéant de mettre son cash en monnaie japonaise et ses obligations en monnaie chinoise, tout cela déposé dans une banque anglaise en dehors de la zone euro.

Et que devraient faire les politiques pour éviter le désastre qui nous guette ? C’est tout simple : suivre le conseil de Milton Friedman, à savoir transformer la monnaie locale en Bitcoin étatique dont la masse croîtrait de 3 % par an, fermer les banques centrales, virer tous les économistes de banque et casser toutes les banques trop grosses pour faire faillite en une multitude de petites banques, tout en indexant capital et intérêts sur les dettes étatiques sur le PIB du secteur privé local.

Est-ce que cela marcherait ? Sans doute aucun. Est-ce que cela va se passer ? La probabilité d’une telle révolution financière est exactement égale à zéro,

Est-ce que je détiens des Bitcoins ? Non.

Vais-je en acheter ? Non.

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Publié par le 13 décembre 2017 dans économie, général, International

 

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