Il y a quelques décennies il s’agissait de combattre l’influence soviétique au Moyen-Orient et aujourd’hui, c’est l’avancée chinoise qu’il faut stopper en Afrique. Finalement, le terrorisme n’est qu’un faire-valoir.

Bruits de bottes au Sahel. Depuis quelques jours des forces militaires réunies sous la bannière du G5 Sahel (GS5) composées du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, sont entrées en opération. Le but avoué de ces opérations conjointes parrainées par la France et les Etats-Unis est de lutter contre le terrorisme.

Le G5S est une initiative concrétisée en 2014 par la signature de l’acte de naissance de l’organisation par cinq chefs d’Etat dont celui de la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. La convention portant création de cette organisation a été signée à Nouakchott le 19 décembre 2014. Elle a été lancée officiellement, en juillet dernier, à Bamako au Mali, en présence du président français Emmanuel Macron.

Le premier constat est que le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc), initiative militaire régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Niger et l’Algérie, lancée en avril 2010 et qui n’a pas montré de résultats concluants, est mis hors-jeu.

Deuxième constat est que la première puissance régionale, l’Algérie, en l’occurrence, ne fait pas partie de cet ensemble nouvellement créé. Pourtant, c’est le pays qui partage quelque 2786 km de frontières avec ce GS5! Ensuite, tous les officiels militaires et politiques américains ainsi que français ne tarissent pas d’éloges sur «le rôle leader de l’Algérie dans la région» et son «expérience avérée dans le domaine de la lutte contre le terrorisme» allant jusqu’à solliciter «son expertise en la matière». Or sur le terrain des opérations antiterroristes, l’Algérie n’est ni consultée ni sollicitée.

Ce qui nous amène à poser un certain nombre de questions sur les vrais objectifs de cette alliance militaire.

Le terrorisme, les flux migratoires, la précarité et la misère brandis pour expliquer la présence militaire de puissances occidentales dans la région ne sont en réalité que des faire-valoir. Il y a actuellement au Sahel des forces de l’ONU pour le maintien de la paix, il y a 4000 soldats des unités françaises de l’opération Barkane, une bonne partie d’un contingent de 6000 soldats américains sur le continent, sont stationnés dans cette région. Les Américains comptent même ouvrir une base aérienne dans la région d’Agadez, qui servira de support aux interventions de l’Africom au Mali, le Tchad, le Burkina Faso et la Libye, où ils effectuent déjà des frappes aériennes. Sans compter les armées nationales que comptent les pays du Sahel et les centaines d’espions qui pullulent dans la région.

C’est quand même trop exagéré par rapport à la nature de la menace. Les experts les plus aguerris et les observateurs les plus avertis sont unanimes à soutenir que le nombre de terroristes actifs dans la région ne dépasse pas quelques centaines. Même leur fédération opérée en mars dernier sous la bannière de «Ansar Al Islam Wa Al Mouslimine» n’augmente pas les effectifs. Elle ne fait que coordonner les opérations et le partage des champs d’action.

Toutes ces fortunes dépensées se sont-elles trompées d’objectifs? Il ne serait pas alors surréaliste de supposer que ce sont de purs intérêts géostratégiques qui, au Moyen-Orient, mobilisent les Américains et les Occidentaux en Afrique. Il y a quelques décennies il s’agissait de combattre l’influence soviétique au Moyen-Orient et aujourd’hui en Afrique c’est l’avancée chinoise qu’il faut stopper. Depuis 2009, la Chine est devenue le plus grand partenaire commercial de l’Afrique; le chiffre d’affaires étant passé de 10 milliards de dollars en 2000 à 220 en 2014. Récemment, le président chinois Xi Jinping s’était engagé à débourser 60 milliards de dollars au développement des infrastructures en Afrique. Tout simplement une provocation pour les Occidentaux qui peinent à asphalter une piste au nord du Mali. Voilà qui clôt la boucle des interrogations, mais qui ouvre de sombres perspectives pour le continent.
Washington ne va-t-il pas rééditer en Afrique les mêmes interventions catastrophiques qui ont conduit à la destruction pure et simple des Etats pourtant solides, à la mort de centaines de milliers de personnes et de smillions de réfugiés?

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