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Catalogne : l’erreur politique de Rajoy

03 Oct
Mariano Rajoy.
Mariano Rajoy. (Crédits : Reuters)
Le Premier ministre espagnol sort affaibli par le recours à la violence contre les votants du référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Son incapacité à gérer cette crise régionale menace le pays d’une crise politique, au moment où l’économie connaît une reprise encore fragile, et inquiète l’ensemble des capitales européennes.

Le processus qui a mené dimanche dernier au référendum – illégal – sur l’indépendance de la Catalogne relève d’une histoire complexe du rapport entre Barcelone et Madrid depuis la guerre civile.

La répression violente et disproportionnée à l’encontre des votants – un bilan fait état de quelque 900 blessés – a déjà fait perdre la bataille de l’image au gouvernement minoritaire du conservateur Mariano Rajoy. L’aile dure du Partido Popular entend régler le problème par la force, autant dire qu’elle risque d’attiser le feu indépendantiste plutôt que de l’éteindre, et provoquer une grave crise politique au sein de la quatrième économie de l’Union européenne. C’est donc une faute politique.

Loin de faire l’unanimité

D’autant que les visées séparatistes du président de la région Carles Puigdemont sont loin de faire l’unanimité. En effet, les 2,26 millions des votants au référendum dont 90% ont voté oui à l’indépendance (selon les chiffres de l’exécutif catalan) représentent à peine plus de 40% des quelque 5,34 millions du corps électoral.

Les indépendantistes n’étant pas majoritaires, le pouvoir fédéral aurait été mieux inspiré d’avancer des arguments pour montrer que l’aventure indépendantiste n’était pas sans risque économique tant pour les Catalans que pour les Espagnols.

Le risque de casser une fragile reprise économique

Mariano Rajoy a d’autant moins d’excuses que le contexte plaidait davantage pour la diplomatie que la matraque, l’économie espagnole enregistrant depuis quelques mois de bons résultats en terme de croissance et de baisse du chômage. Mais cette reprise reste à consolider, car on est loin d’être revenu au niveau de l’avant-crise financière de 2008. Avec cette confrontation ouverte avec la Catalogne, qui pèse pour presque 20% du PIB espagnol, le gouvernement prend le risque de casser cette fragile reprise.

Car l’idée qu’une Catalogne indépendante deviendra mécaniquement riche en mettant fin à la spoliation organisée par le gouvernement fédéral, comme le martèle une rhétorique indépendantiste, reste à démontrer.

4,5 milliards d’euros par mois

Dans un document établi par le Conseil national de transition, ses experts estiment que la nouvelle république aura besoin, une fois l’indépendance proclamée, de 4,5 milliards d’euros par mois pour faire face aux dépenses de la nouvelle administration. Ce financement se fera par émissions de titres obligataire de la nouvelle entité. Mais il s’agit là d’une hypothèse pour le moins optimiste. Or, aujourd’hui, la dette souveraine de la région est classée tant par Moody’s que Standard & Poor’s et Fitch en catégorie « junk bond » au regard des risques qui pèsent sur les perspectives économiques. De quoi faire fuir la majorité des investisseurs obligataires.

Une Catalogne indépendante renverrait, selon le document, la question de la dette à l’Espagne. Mais ce serait oublier que, par ce geste, la nouvelle république créerait un « événement de crédit » entraînant une défiance du marché obligataire à son égard pour avoir modifié les termes du contrat qui la liait. La Catalogne perdrait, au sens propre, tout crédit. Ces aspects qui semblent techniques sont pourtant ceux qui limitent les envolées lyriques des leaders politiques.

« Événement de crédit »

De même, selon le document, une Catalogne indépendante bénéficierait d’un ratio dette/PIB faible. Mais le stock de dettes n’est qu’une partie du problème car, si le pays bénéficie d’une forte croissance et donc d’une capacité réelle à pouvoir honorer en temps et en heure ses obligations, grâce à l’augmentation des recettes fiscales, la création de richesses, les investissements, le risque d’un défaut se trouve considérablement réduit.

Or, aujourd’hui, la Catalogne ne dégage pas d’excédent budgétaire. Les indépendantistes se focalisent sur les transferts de la région vers l’État fédéral sans prendre en compte des services fournis par cet État fédéral ou par les entités internationales. Demain, un tel coût devra être assumé intégralement par la nouvelle république. Or, nombre d’entreprises nationales et internationales installées aujourd’hui en Catalogne, qui contribuent fiscalement au budget de la région, pourraient rapidement quitter le territoire en raison des incertitudes. C’est un phénomène auquel on assiste en ce moment dans le cadre du Brexit, résultant lui aussi d’un référendum.

Exclusion automatique de l’Union européenne

Le document suggère que la région pourrait compter sur la Banque centrale européenne (BCE) pour garantir ou acheter le « papier » catalan dans le cadre du programme de rachat prévu par le QE. Mais cette hypothèse est très optimiste, car en faisant sécession la nouvelle république s’exclurait d’elle-même de l’Union européenne et de son noyau dur la zone euro. Sans soutien, sans garantie, la Catalogne devra accepter des taux très élevés pour trouver des créditeurs pour financer son budget.

Quant à une reconnaissance de la nouvelle république par le conseil européen, elle demeure très hypothétique. Un veto de l’Espagne bloquerait un tel processus. Et certains pays qui doivent déjà composer avec des poussées régionalistes, comme la Belgique, l’Italie, voire demain l’Allemagne ou la France, se méfient de cette « Europe des régions » potentiellement déstabilisatrices pour les États nationaux. Bruxelles et la plupart des capitales européennes se montraient d’ailleurs prudentes hier en considérant qu’il s’agissait là d’un problème interne à l’Espagne qui devait se régler par le dialogue.

Un effet domino

Mais cette prudence cache mal l’inquiétude née de la violence utilisée hier par Madrid et du résultat d’un référendum où les indépendantistes n’ont pas craint de se compter. Le gouvernement espagnol doit impérativement renouer les fils du dialogue avec la région la plus riche du pays afin d’éviter de sombrer dans une crise dont l’effet domino n’est pas négligeable dans une Europe où l’euroscepticisme sous toutes ses formes progresse régulièrement.

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Publié par le 3 octobre 2017 dans général, International, Politique

 

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