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Mais au fait, pourquoi se poser la question de l’existence d’une vie extraterrestre ?

01 Oct

Mais au fait, pourquoi se poser la question de l'existence d'une vie extraterrestre ?

Cinq scientifiques nous entraînent bien au-delà des sciences, vers une réflexion sur la place de l’Homme dans l’Univers et une prise de conscience des enjeux qui entourent la question de l’épuisement de nos ressources. Extrait de « Où sont-ils ? Les extraterrestres et le paradoxe de Fermi », de Mathieu Agelou, Gabriel Chardin, Jean Duprat, Alexandre Delaigue et Roland Lehoucq aux Editions CNRS (1/2).

Au-delà de ce dernier aspect prescriptif, il est intéressant de se demander la raison pour laquelle on aime à se poser une telle question. Depuis que nous savons que l’Univers est vaste, sinon infini, il n’y a pas de raison de s’interdire de penser que nous n’y sommes pas seuls. Mais force est de constater que, si nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes très probablement pas non plus, localement du moins, très nombreux. Notre civilisation est finalement très récente si on la compare à l’âge de l’Univers.

S’il existe d’autres civilisations intelligentes, elles n’en sont peut-être qu’à un stade similaire ou inférieur au nôtre, et si elles sont très éloignées, entrer en contact avec elles ne relève pour le moment que de l’expérience de pensée. Que l’on songe simplement à l’objet humain le plus éloigné de notre planète Terre : la sonde Voyager  1, lancée durant l’été  1977 pour étudier les planètes extérieures du Système solaire1 . Elle se situe maintenant en lisière de ce système, un peu au-delà de l’héliopause, qui en est une sorte de frontière avec le milieu interstellaire. Ainsi, si cela fait déjà quarante ans que ce satellite voyage à une vitesse loin d’être ridicule à notre échelle (plus de 61000 km/h), il n’a quitté que récemment le système qui l’a vu naître. Atteindre l’étoile la plus proche, ce n’est pas pour demain2 . Et il ne s’agit là que d’un petit instrument, pas d’une navette transportant des hommes.

Mais ce genre de questionnement est inhérent à l’humanité. La foisonnante et imaginative littérature de science-fiction nous montre tous les jours combien notre espèce est préoccupée par cette question. Et même si elle peut prêter à sourire, rendons-nous bien compte de son implication en termes de représentation que nous avons de nous-mêmes. Ce serait une nouvelle blessure narcissique pour nous si nous avions la preuve que nous ne sommes pas seuls. Jusqu’au Moyen Âge, au moins en Occident, l’homme se considère comme la créature préférée de Dieu, qui l’aurait fait à son image et lui aurait donné la Terre et tout ce qu’elle contient en gérance. Comme le disait Descartes, il doit se rendre « comme maître et possesseur de la Nature ». Et cette Terre est évidemment au centre de l’Univers. Même si le règne de la perfection et de l’immutabilité est attribué au monde supralunaire, c’est toutefois autour de la Terre qu’il tourne. Arrivent alors Copernic et Galilée, qui font descendre le ciel sur la Terre et qui déplacent celle-ci en périphérie, tournant maintenant autour du Soleil, comme les autres planètes, ni plus ni moins, dans une position et à une distance qui ne semblent témoigner d’aucun privilège particulier. Même si nous ne ressentons pas aujourd’hui cet état de fait comme une disgrâce, c’est bien ainsi qu’ont pu le vivre les hommes de la Renaissance. Le piédestal sur lequel ils étaient placés s’est dérobé sous eux. Cela n’a pas été sans débat d’ailleurs, comme l’attestent les procès en hérésie de Giordano Bruno et de Galilée.

Après ce premier coup au moral, difficile à digérer, vient au xixe  siècle un naturaliste anglais, Charles Darwin, qui, avec son livre publié en 1860, L’origine des espèces, assène un nouveau coup à notre ego. Car si la Terre n’avait plus sa brillante position centrale dans l’Univers, nous estimions encore malgré tout constituer le sommet de la création, avec tout pouvoir sur la Terre et les êtres vivants qui l’habitent. Ce n’est cette fois plus notre place dans l’Univers qui est remise en cause mais celle que nous occupons parmi les espèces vivantes.

Après Darwin, nous ne différons plus des animaux que par degré et non par nature. L’histoire de la vie est commune à tous les êtres sur Terre, et nous partageons tous, à un degré ou à un autre, une évolution commune.

Nous ne sommes pas le centre du monde, soit. Nous partageons une histoire commune avec la paramécie, passe encore. Mais au moins, nous sommes les seuls à contempler ce vaste Univers, à en être finalement la conscience, et ceux par qui il ne se contente pas d’être, mais qui le font proprement exister. Mais si Fermi a raison, si la vie dans l’Univers devait être une chose finalement assez banale, alors nous n’aurions plus rien. Nous ne serions qu’une nano-poussière spatiotemporelle dans l’immensité indifférente d’un univers peuplé d’autres formes de vies, également indifférentes, puisqu’elles n’ont pas cherché à entrer en contact avec nous ou ont peut-être même, ultime affront, sciemment évité de le faire. Ce livre prend donc en quelque sorte prétexte du paradoxe de Fermi pour parler à la fois de science, de nous, et de notre avenir.

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