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Archives du 27 septembre 2017

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Bricolos confirmés ou profanes, ça me semble assez facile à mettre en place et c’est bien expliqué..

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Le « marché interdit », l’enfumage de Carrefour sur les semences paysannes

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En août 2016 et en mars 2017, j’ai poussé un coup de gueule contre les demandes contradictoires que subissent les paysans : on a parfois l’impression très nette d’être pris entre le marteau et l’enclume, tout spécialement en tant que maraîcher bio. Malheureusement, les choses ne vont pas en s’arrangeant : Carrefour vient de créer son « marché interdit » pour semences paysannes. Et cela n’annonce rien de bon pour le développement d’une agriculture authentique et durable.

article août 2016 : https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/oui-je-cultive-des-tomates-f1-et-183846
article mars 2017 : https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/kokopelli-biocoop-et-si-on-190329

 

J’ai découvert la semaine dernière que Carrefour avait lancé un « marché interdit », censé faire la promotion de l’agriculture biologique ET des semences paysannes. Je suis donc allé faire un petit tour au Carrefour du coin : grands panneaux noirs, meubles noirs, photos de producteurs d’artichauts et de carottes aussi gais que des pierres tombales. Pas vraiment l’image habituelle que la grande distribution veut donner à ses clients. Donc c’est vrai que ça interpelle, surtout quand on lit les messages comme quoi la loi interdirait la commercialisation de ces légumes. On aurait presque l’impression que Carrefour serait devenu une sorte de délinquant ! Le problème, c’est que ça sent plus l’opération marketing à destination des clients que la vraie remise en question des relations avec les agriculteurs.

 

Si aujourd’hui le monde paysan va aussi mal, c’est que la grande distribution a écrasé les prix depuis des décennies. Une partie des agriculteurs se sont mis à la bio pour être mieux rémunérés, en plus de vouloir produire autrement. Pourtant, aujourd’hui la pression de Carrefour et consorts pour faire baisser les prix commence aussi à se faire sentir en agriculture biologique.


La com’ se garde donc bien de rappeler qu’en tant que chaîne d’hypermarchés, Carrefour a largement contribué à l’appauvrissement de la diversité des fruits et légumes, et de ceux qui les produisent. Les Leclerc, Auchan, Système U ne sont pas mieux : ils ont poussé à la standardisation extrême, et tous les fruits et légumes pas « standards » partent à la benne, alors qu’ils sont tout à fait comestibles. La grande distribution a poussé à produire toujours plus pour payer toujours moins des millions de petits producteurs, dont beaucoup sont restés sur le carreau. C’est donc un peu fort de café de blâmer tout le monde, sauf les principales responsables : les grandes surfaces !

La logique de Carrefour est d’autant plus dégueulasse, que l’entreprise sait très bien comment faire pour que l’agriculture aille mieux : la contractualisation. C’est-à-dire que l’enseigne s’engage à acheter d’avance à un prix déterminé la production du paysan. Dès lors, celui-ci n’a plus à s’inquiéter des cours du marché et de la concurrence étrangère, il se focalise sur la qualité de sa récolte. Et c’est exactement ce que Carrefour a fait pour les quelques producteurs sélectionnés pour son « marché interdit ». Dommage que la grande surface ne le fasse pas aussi pour les autres agriculteurs, bio ou non.

 

Pour justifier une telle différence de traitement, Carrefour se fait le grand défenseur des semences paysannes, qui seraient interdites par la loi. En général, on résume le sujet en disant que ce sont des semences « libres » : vous gardez une partie de vos graines et vous les replantez l’année suivante. En fait, c’est un peu plus compliqué, on a le droit de faire ça avec toutes les semences, même celles qu’on a achetées l’année précédente en magasin.

La vraie différence entre les semences « normales » et « paysannes », c’est que ces dernières ne sont pas clairement définies. C’est-à-dire que pour un même nom de variété, deux graines donneront peut-être naissance à deux plants assez différents. Ce qui n’est pas une bonne surprise pour un maraîcher professionnel comme moi : les plants n’auront pas les mêmes caractéristiques (taille, levée, maladie etc) et leurs récoltes n’auront pas forcément lieu en même temps. Plutôt embêtant quand vous avez plusieurs hectares à gérer et des clients à livrer à des dates précises… C’est pour ça qu’il y a des contrôles pour vérifier que les semences achetées feront bien pousser une plante précise, dont on connaît justement les caractéristiques. Les semences « paysannes » sont en fait les recalées ou celles qui n’ont jamais été enregistrées pour vérification. Et effectivement, on ne peut en théorie pas les acheter, faute de garanties suffisantes.

Un autre malentendu est d’assimiler « semences paysannes = variétés anciennes ». C’est vrai pour certaines, mais pas pour toutes. Il y a aussi des variétés modernes, mais qui n’ont pas fait l’objet d’un travail de sélection par des maisons semencières. Elles ont plutôt été créées ou entretenues par des amateurs ou par des groupements d’agriculteurs (dont c’est très rarement la principale variété en culture). Comparés aux variétés généralement utilisées, le rendement et la résistance aux maladies des variétés paysannes sont souvent en retrait. Elles peuvent donc être adaptées pour un jardinier amateur, mais beaucoup ne le sont pas pour un maraîcher professionnel.

Ceux qui ne jurent que par les variétés paysannes (coucou Kokopelli !) mettent en avant qu’elles seraient mieux adaptées à leur terroir et auraient plus de goût. Pour ce qui est du terroir, c’est vrai : elles sont adaptées puisqu’elles y poussent, mais les variétés vendues dans le commerce le sont aussi. Et pour le goût, il faut surtout prendre en compte la saison et le lien avec la terre, deux choses auxquelles la bio est très attachée. Une tomate cultivée en hydroponie au mois de janvier, il est certain qu’elle aura moins de goût qu’une tomate de pleine terre et cueillie au mois de juillet.

 

En fait, je soupçonne Carrefour de vouloir faire exactement l’inverse de ce qu’il annonce : casser le patrimoine paysan et gastronomique français ! Les noms des variétés paysannes commercialisées par la grande surface sont d’ailleurs très révélateurs.
« L’oignon rose d’Armorique », ça sonne breton, et a priori les producteurs sélectionnés par Carrefour sont bretons, mais l’appellation elle ne renvoie en fait à rien ! Par contre, il existe une vraie appellation bretonne : « l’oignon de Roscoff » qui est une appellation d’origine contrôlée (AOC). Cela signifie que quand vous achetez un oignon de Roscoff, vous achetez un oignon qui renvoie à une histoire centenaire (les johnnies), à un terroir et à des oignons « Jack » ou « Keravel », qui sont des variétés tout à fait légales et « paysannes », dans le sens où elles font partie d’un pays, d’un terroir.

L’« oignon rose d’Armorique », c’est donc un nom marketing : on ne sait pas quelle variété, quel terroir. Et la chose se répète pour les autres légumes « interdits » de Carrefour : « les haricots coco du Trégor », ce sont en fait des « cocos de Paimpol » mais sans l’AOC. Idem pour l’artichaut « Camus du Léon », en réalité il s’agit du « Camus de Bretagne ». Pour la « courge butternut kouign amann », faute d’en avoir trouvé en magasin, je me contenterai de dire que la différence avec les autres variétés de courges ne saute pas aux yeux sur les photos. Quant à son nom, on dirait un pur produit d’agence marketing : un anglicisme (butternut au lieu de doubeurre en français) associé à kouign amann, sans doute pour faire plus local et donner faim (un bon kouign amann, ça ne se refuse pas !).

 

Pour défendre l’authenticité des produits comme semble vouloir le faire Carrefour, on a vu mieux. Le consommateur ne dispose que de la parole de la chaîne de magasins, il n’a pas d’autre garantie sur l’aspect « terroir » de ce qu’il achète (le label « agriculture biologique » renvoie lui aux conditions de culture).

En fait, cela donne plutôt l’impression que Carrefour veut créer ses propres appellations pour se démarquer de ses concurrents. L’enseigne ne fait d’ailleurs pas plus d’efforts que les autres pour défendre les AOC (et pas des noms marketing) comme le coco de Paimpol actuellement en danger de disparition. La faute, encore une fois, à la pression sur les prix exercée par les grandes surfaces, qui ne font rien pour valoriser ce patrimoine commun gastronomique.

 

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Le gouvernement français peut désormais punir d’amende et de séance de réeducation politique les discussions privées jugées déviantes

Décret du 3 août : propos « raciste » en privé ? 3000 euros, stage citoyen, travaux d’intérêt général…

Le Décret n° 2017-1230 du 3 août 2017 « relatif aux provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire » doit « améliorer la lutte contre les manifestations de racisme, de sexisme et d’homophobie pouvant se produire dans des lieux non publics, comme au sein des entreprises ou des établissements scolaires ».

En d’autres termes, une discussion privée entre deux personnes pourra être réprimée beaucoup plus durement par le gouvernement.

Parmi les peines prévues en cas de discussions jugées idéologiquement déviantes par l’État Français, encourrant des peines d’amende, une interdiction de détenir une arme pendant trois ans, leur confiscation, des travaux et séances de rééducation politique.

Décret n° 2017-1230 du 3 août 2017 relatif aux provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire

Publics concernés : personnes poursuivies ou condamnées ; magistrats.

Objet : renforcement de la répression des provocations, diffamations et injures non publiques à caractère raciste ou discriminatoire.

Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication.

Notice : le décret améliore la lutte contre les manifestations de racisme, de sexisme et d’homophobie pouvant se produire dans des lieux non publics, comme au sein des entreprises ou des établissements scolaires. Il renforce à cette fin la répression des contraventions de provocation, diffamation et injure non publiques à caractère raciste, sexiste, homophobe ou handiphobe, dans des conditions similaires à ce qui a été prévu dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse par la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l’égalité et la citoyenneté pour les délits de provocations, diffamations et injures racistes ou discriminatoires commises de façon publique.

Il prévoit que ces diffamations et injures non publiques constitueront, comme les provocations, des contraventions de la cinquième classe, punies d’une amende maximale de 1 500 euros ou 3 000 euros en cas de récidive, et non plus des contraventions de la quatrième classe punies d’amendes inférieures de moitié.

Il élargit ces infractions aux cas où elles sont commises en raison de l’identité de genre de la victime, afin de mieux lutter contre la transphobie, et il substitue à la notion de race, qui n’est pas applicable aux êtres humains, celle de « prétendue race » comme cela a été fait dans les dispositions législatives du code pénal par la loi du 27 janvier 2017.

Il ajoute pour ces infractions la peine complémentaire de stage de citoyenneté, qui existe désormais pour les délits prévus par la loi du 29 juillet 1881.

Références : les dispositions du code pénal et du code de procédure pénale modifiées par le présent décret peuvent être consultées, dans leur rédaction issue de ces modifications, sur le site Légifrance (http://www.legifrance.gouv.fr).

Le Premier ministre,

Sur le rapport de la garde des sceaux, ministre de la justice,

Vu le code pénal, notamment ses articles 121-2, 131-16, 131-41, 132-11, 132-15, R. 610-1, R. 625-7 et R. 711-1 ;

Vu le code de procédure pénale, notamment ses articles R. 41-11, R. 57-8-21 et R. 251 ;

Vu la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse, notamment ses articles 24, 32, 33 et 43-1 ;

Le Conseil d’Etat (section de l’intérieur) entendu,

Décrète :

Article 1 En savoir plus sur cet article…

I.-La section III du chapitre IV du livre VI du code pénal (deuxième partie : Décrets en Conseil d’Etat) est abrogée.

II.-La section III du chapitre V du titre II du livre VI du code pénal (deuxième partie : Décrets en Conseil d’Etat) est ainsi modifiée :

1° L’intitulé est ainsi rédigé :

« Section III.-Des provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire » ;

2° L’article R. 625-7 est ainsi modifié :

a) Au premier alinéa, les mots : « une race » sont remplacés par les mots : « une prétendue race » ;

b) Au deuxième alinéa, il est inséré, après les mots : « de leur orientation sexuelle » les mots : « ou identité de genre, » ;

c) Les troisième à neuvième alinéas sont supprimés ;

3° Il est rétabli, au sein de cette section III, un article R. 625-8 ainsi rédigé :

« Art. R. 625-8.-La diffamation non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe.

« Est punie de la même peine la diffamation non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, ou de leur handicap » ;

4° Après l’article R. 625-8, il est inséré deux articles ainsi rédigés :

« Art. R. 625-8-1.-L’injure non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe.

« Est punie de la même peine l’injure non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, ou de leur handicap.

« Art. R. 625-8-2.-Les personnes coupables des infractions prévues par la présente section encourent, outre les peines d’amende prévues par ces articles, les peines complémentaires suivantes :

« 1° L’interdiction de détenir ou de porter, pour une durée de trois ans au plus, une arme soumise à autorisation ;

« 2° La confiscation d’une ou de plusieurs armes dont le condamné est propriétaire ou dont il a la libre disposition ;

« 3° La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit ;

« 4° Le travail d’intérêt général pour une durée de vingt à cent vingt heures ;

« 5° L’obligation d’accomplir, le cas échéant à ses frais, un stage de citoyenneté.

« Les personnes morales déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par l’article 121-2, des infractions prévues par la présente section encourent, outre l’amende suivant les modalités prévues par l’article 131-41, la peine de confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit.

« La récidive des contraventions prévues par la présente section est réprimée conformément aux articles 132-11 et 132-15 ».

 
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Publié par le 27 septembre 2017 dans général, Insolite, Politique, société

 

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Nicolas Dupont-Aignan, sur la fusion Alstom-Siemens : « C’est une immense escroquerie organisée par l’État »

 
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Publié par le 27 septembre 2017 dans général, Politique, société, Vidéos (Toutes)

 

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La ministre israélienne de la Justice lance des menaces de mort contre Poutine !

Ayelet Shaked avait déjà préconisé l’assassinat de masse de mères palestiniennes et de leurs enfants

« Si Poutine veut survivre », il vaut mieux pour lui de faire ce qu’Israël lui dit.

Ce sont les mots d’Ayalet Shaked, la ministre israélienne de la Justice, connue pour avoir préconisé l’extermination des enfants palestiniens (qu’elle appelle les «petits serpents») ainsi que les mères qui les portent.

De toute évidence, le Saker a raison de dire qu’il y a en ce moment une  » escalade très dangereuse en Syrie « . Les Israéliens font tout leur possible pour s’assurer que leur plan Oded Yinon, qui consiste à faire éclater la Syrie en morceaux, ne déraille pas complètement. Et, à la très grande honte de l’Amérique, Trump et l’armée américaine agissent comme les marionnettes de Netanyahou.

La Russie, la Syrie et l’Iran gagnent. Israël est le grand perdant. Pas étonnant que Shaked soit réduite à des menaces de mort contre Vladimir Poutine.

Bonne chance pour tenter de concrétiser ces menaces, Ayelet. Vous découvrirez bientôt que s’en prendre à Poutine est beaucoup plus difficile que d’abattre des femmes et des enfants non armés.

Source : https://www.veteranstoday.com/2017/09/26/shaked/

Traduction : Avic – Réseau International

 
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Publié par le 27 septembre 2017 dans général, International, Politique

 

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Les États-Unis fournissent une aide militaire à 73 % des dictatures dans le monde

Les États-Unis fournissent une aide militaire à 73 % des dictatures dans le monde (Truth Out)

Pendant des décennies, les médias gouvernementaux et privés ont répété à maintes reprises que les actes de guerre ordonnés par leur président étaient largement motivés par la nécessité de contrer les actes d’agression ou d’oppression des « dictateurs maléfiques ». On nous a dit que nous devions envahir l’Irak parce que Saddam Hussein était un dictateur diabolique. Nous avons dû bombarder la Libye parce que Mouammar Kadhafi était un dictateur maléfique, désireux d’organiser un « bain de sang » sur son propre peuple. Aujourd’hui, bien sûr, on nous dit que nous devrions soutenir les insurgés en Syrie parce que Bachar al-Assad est un dictateur maléfique, et nous devrions à plusieurs reprises secouer nos sabres contre Kim Jong-un de la Corée du Nord et Vladimir Poutine de la Russie parce qu’ils sont eux aussi des dictateurs maléfiques.

Cela fait partie de l’approche plus large et généralement incontestée des grands médias publics selon laquelle les États-Unis mènent les  » démocraties occidentales  » dans une lutte mondiale pour combattre le terrorisme et le totalitarisme et promouvoir la démocratie.

J’ai voulu répondre à une question simple: est-ce vrai? Le gouvernement américain s’oppose-t-il réellement aux dictatures et défend-il la démocratie dans le monde, comme on nous l’ a répété à maintes reprises?

La vérité n’est pas facile à trouver, mais les sources fédérales fournissent une réponse: Non. Selon le système d’évaluation des droits politiques de Freedom House dans le monde, il y avait 49 nations dans le monde, en 2015, qui pouvaient être aisément catégorisées comme des « dictatures ». Depuis l’exercice 2015, la dernière année pour laquelle nous disposons de données publiques, le gouvernement fédéral des États-Unis a fourni de l’aide militaire à 36 d’entre elles, grâce à vos impôts. Les États-Unis soutiennent actuellement plus de 73 pour cent des dictatures mondiales !

La plupart des gens politiquement conscients connaissent certains des cas les plus médiatisés, comme les dizaines de milliards de dollars d’aide militaire étatsunienne à la capitale mondiale de la décapitation, la monarchie misogyne de l’Arabie Saoudite et la dictature militaire répressive actuellement au pouvoir en Égypte. Mais les apologistes de la politique étrangère impérialiste de notre nation peuvent essayer de rationaliser un tel soutien, arguant que l’Arabie saoudite et l’Egypte sont des exceptions à la règle. Ils peuvent soutenir que nos intérêts nationaux plus larges au Moyen-Orient exigent que nous oubliions temporairement la nature oppressive de ces États particuliers, afin de servir un objectif plus large et pro-démocratique.

Une telle foutaise pourrait être critiquée à bien des égards, bien sûr, en commençant par ses présomptions biaisées quant à ce qui constitue les « intérêts nationaux » des États-Unis. Mais mon enquête sur le soutien des États-Unis aux dictatures dans le monde entier montre que le soutien de notre gouvernement à l’Arabie saoudite et à l’Égypte ne fait aucunement exception à la règle. Ils sont la règle.

Sources et méthodes

Il n’ a pas été facile de savoir combien de dictatures dans le monde sont soutenues par les États-Unis. Personne ne semble avoir vraiment compilé ou  tenu à jour une liste, alors j’ai dû m’y mettre tout seul. Voici comment j’ai trouvé ma réponse.

Étape 1 : Déterminer combien de gouvernements dans le monde peuvent être considérés comme des dictatures. Une définition communément admise d’une « dictature » est un système de gouvernement dans lequel une personne ou un petit groupe possède le pouvoir absolu de l’État, dirigeant ainsi toutes les politiques nationales et les grands actes – laissant le peuple impuissant à modifier ces décisions ou à remplacer ceux qui sont au pouvoir par n’importe quelle méthode, sauf la révolution ou le coup d’État. J’ai examiné un certain nombre de sites Web et d’organisations qui prétendaient tenir des listes des dictatures du monde, mais la plupart d’entre eux étaient soit datés, soit répertoriés seulement en fonction des « pires dictateurs » du monde, soit assortis de limites similaires, ou n’ont pas décrit leur méthodologie. J’ai finalement été du me contenter des rapports annuels de Freedom in the World publiés par Freedom House comme la meilleure source pour fournir une liste complète.

Ce n’était pas tout à fait satisfaisant, car Freedom House a un parti pris résolument pro-étatsunien en faveur de la classe dirigeante. Par exemple, elle qualifie la Russie de dictature. Dans l’introduction de son rapport « La liberté dans le monde » en 2017, elle affirme que  » la Russie, dans des manifestations stupéfiantes d’orgueil et d’hostilité, s’est ingérée dans les processus politiques des États-Unis et d’autres démocraties, a intensifié son soutien militaire à la dictature d’Assad en Syrie et a renforcé son occupation illégale du territoire ukrainien ». Un point de vue plus objectif aurait évoqué le fait que les allégations d’ingérence du gouvernement russe dans les élections étatsuniennes n’ont pas été prouvées (à moins que l’on ne soit enclin à prendre au mot certaines agences de renseignement étatsuniennes) ; que la Russie a été sollicitée par le gouvernement syrien reconnu par les Nations unies pour obtenir de l’aide, conformément au droit international (contrairement aux actes d’agression et de soutien à l’insurrection des États-Unis); et reconnaîtrait au moins que toute intervention russe en Ukraine a eu lieu dans le contexte du soutien effronté des États-Unis à un coup d’Etat en Ukraine.

Néanmoins, le rapport de Freedom House semble être le meilleur (voire le seul) indicateur global des droits et libertés politiques couvrant toutes les nations du monde. Il fait appel à une équipe d’environ 130 analystes internes et externes et à des conseillers experts issus des milieux universitaires, des groupes de réflexion et des communautés de défense des droits de l’homme, qui utilisent prétendument un large éventail de sources, y compris des articles de presse, des analyses universitaires, des rapports d’organisations non gouvernementales et des contacts professionnels individuels. Les notes proposées par les analystes sont discutées et défendues lors des réunions annuelles d’examen, organisées par région et auxquelles participent le personnel de Freedom House et un groupe d’experts-conseils. Les notes finales représentent le consensus des analystes, des conseillers et du personnel et sont censées être comparables d’une année à l’autre et d’un pays et d’une région à l’autre. Freedom House admet que, »bien qu’un élément de subjectivité soit inévitable dans une telle entreprise, le processus de notation met l’accent sur la cohérence méthodologique, la rigueur intellectuelle et les jugements équilibrés et impartiaux ».

On peut rester sceptique, mais une considération clé est que le parti pris pro-étatsunien prononcé de Freedom House est en fait un plus pour les besoins de ce projet. Si son équipe d’experts penche vers une perspective pro-gouvernementale, cela signifie qu’il y a de fortes présomptions pour que cette organisation ne catégorise pas les nations soutenues par les États-Unis comme dictatures. En d’autres termes, si même Freedom House qualifie de dictature un gouvernement soutenu par les États-Unis, on peut être assez certain que son évaluation est exacte.

Aux fins de la présente évaluation, j’ai utilisé le rapport de Freedom House 2016 Freedom in the World, bien que son rapport de 2017 soit maintenant disponible. Je l’ai fait parce que le rapport de 2016 reflète son évaluation des droits politiques et des libertés civiles tels qu’ils existaient en 2015, ce qui correspondrait à peu près aux données sur l’aide militaire et les ventes d’armes que j’avais à ma disposition pour l’exercice financier fédéral 2015 (du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2015) et pour l’année civile 2015. (Je travaillerai sur un nouveau rapport lorsque de telles données pour l’exercice 2016 seront disponibles).

Freedom House utilise un système de notation pour évaluer les « droits politiques » et les « libertés civiles » d’une nation, afin de classer chaque pays comme « libre », »partiellement libre » ou « non libre », avec un éventail de notes pour chaque catégorie. Il décrit son système de notation comme suit : »Un pays ou territoire reçoit deux notes (7 à 1) – l’une pour les droits politiques et l’autre pour les libertés civiles – en fonction de ses notes totales pour les questions relatives aux droits politiques et aux libertés civiles. Chaque note va de 1 à 7, 1 représentant le plus grand degré de liberté et 7 le plus petit degré de liberté, correspond à une gamme spécifique de scores totaux. »

Pour décider si une nation pouvait être classée dans la catégorie des « dictatures », je me suis concentré uniquement sur les « droits politiques », en classant les nations avec un score de 6 ou 7 en tant que dictature. Cela ne signifie pas que les libertés civiles n’ont pas d’importance, bien sûr, mais l’objectif ici est d’évaluer le degré d’absolutisme des dirigeants politiques, et non pas la liberté d’expression, de presse, etc. Cependant, un score de 6 ou 7 correspond le mieux à notre définition de la dictature, basée sur la caractérisation de Freedom House :

   6 — Les pays et territoires notés 6 ont des droits politiques très restreints. Ils sont gouvernés par des dictatures à parti unique ou militaires, des hiérarchies religieuses ou des autocrates. Elles peuvent accorder quelques droits politiques, comme une certaine représentation ou autonomie pour les groupes minoritaires, et quelques-unes sont des monarchies traditionnelles qui tolèrent les discussions politiques et acceptent les pétitions publiques.

7 — Les pays et territoires ayant une cote de 7 ont peu ou pas de droits politiques en raison de l’oppression gouvernementale sévère, parfois combinée à la guerre civile. Ils peuvent également manquer d’un gouvernement central qui fait autorité et qui fonctionne et souffrent d’une violence extrême ou d’un pouvoir exercé par des seigneurs de guerre régionaux.

S’il peut être discutable de considérer un pays sans « gouvernement central opérationnel » comme une dictature, je dirais que l’étiquette est appropriée si ce pays est gouverné de facto par des seigneurs de la guerre ou des armées ou milices rivales. En fait, cela signifie simplement qu’il est dirigé par deux ou plusieurs dictateurs au lieu d’un seul.

D’après Freedom House, il y avait donc 49 États-nations qui pouvaient être considérés comme des dictatures en 2015, comme suit :

Afghanistan, Algérie, Algérie, Angola, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bélarus, Brunei, Burundi, Cambodge, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Chine, République démocratique du Congo (Congo-Kinshasa), République du Congo (Congo-Brazzaville), Cuba, Djibouti, Djibouti, Égypte, Guinée équatoriale, Érythrée, Éthiopie, Éthiopie, Gabon, Gambie, Iran, Jordanie, Kazakhstan, Laos, Libye, Mauritanie.

Il convient de noter que Freedom House a inclus dans ses évaluations plusieurs autres entités avec un score de 6 ou 7 pour les droits politiques dont le statut d’État indépendant était lui-même contesté : la Crimée, la bande de Gaza, le Cachemire pakistanais, l’Ossétie du Sud, le Tibet, la Transnistrie, la Cisjordanie et le Sahara occidental. Mon compte de 49 dictatures dans le monde en 2015 exclut ces territoires étatiques subordonnés ou contestés.

Étape 2 : Déterminer laquelle des dictatures du monde a reçu une formation militaire ou un entraînement aux armes financés par les États-Unis, un financement des armements militaires ou la vente autorisée d’armes militaires des États-Unis en 2015.

Pour cette étape, j’ai eu recours à quatre sources, dont les deux premières ont nécessité des fouilles considérables pour les localiser :

A. « Foreign Military Training in Fiscal Years 2015 and 2016 Volume I and Volume II (Country Training Activities), » US Department of Defense and US Department of State Joint Report to Congress.

Il s’agit du rapport annuel le plus récent, exigé par l’article 656 de la Foreign Assistance Act (FAA) de 1961, tel que modifié (22 U. S. C. § 2416), et l’article 652 de la Consolidated Appropriations Act, 2008 (P. L. 110-161), qui exige « un rapport sur toute la formation militaire fournie au personnel militaire étranger par le Département de la défense et le Département d’État au cours de l’exercice précédent et sur toute la formation proposée pour l’exercice en cours, ».

Le présent rapport fournit des données sur les dépenses étatsuniennes consacrées aux programmes d’entraînement militaire dans le cadre du Programme des ventes militaires à l’étranger (FMS), des subventions pour le financement militaire à l’étranger (FMF), du Programme international d’instruction et d’entraînement militaires (IFEM), du Programme mondial de formation et d’équipement (GT&E) en vertu de l’article 2282, du Programme de formation des pilotes de l’Aviation (ALP) et du Programme de réduction de l’aide étrangère (FAA), qui autorise le président à diriger le retrait des articles, services et formations militaires. Ces dépenses sont énumérées par pays bénéficiaire, de manière assez détaillée. Aux fins de la présente étude, j’inclus les dépenses engagées dans le cadre de ces programmes à titre d’entraînement militaire financé par les États-Unis.

Le rapport fournit également des données sur les dépenses étatsuniennes consacrées aux stupéfiants et à l’application de la loi, aux opérations de paix dans le monde, aux centres d’études sur la sécurité, à l’interdiction des drogues et aux activités de lutte contre la drogue, à l’aide au déminage, aux interventions en cas de catastrophe, à la formation antiterroriste non mortelle et à d’autres programmes. Il est certainement plus que possible que l’aide des États-Unis dans le cadre de ces programmes puisse jouer un rôle dans la fourniture d’une aide militaire de facto aux pays bénéficiaires, mais je fais preuve de prudence.

Le rapport décrit le programme des EIPMF comme incluant des participants civils, y compris une formation sur « des éléments de la démocratie étatsunienne tels que le système judiciaire, la surveillance législative, la liberté d’expression, les questions d’égalité et l’engagement envers les droits de la personne ». On pourrait donc critiquer mon inclusion de la formation des EIPMF, parce qu’elle forme effectivement des civils et des soldats étrangers aux valeurs démocratiques et anti-dictatrices. Toutefois, le programme des EIPMF est sans doute appelé formation et éducation « militaire » pour une raison quelconque. Il forme les étudiants à  » une meilleure compréhension des questions de sécurité et des moyens d’ y faire face « , et offre  » une formation qui accroît les capacités des forces militaires des pays participants à appuyer les opérations combinées et l’inter-opérabilité avec les forces des États-Unis ». Par conséquent, je pense qu’il est juste de considérer les EIPMF comme une forme d’aide militaire, tout en reconnaissant qu’il est possible qu’elles jouent parfois un rôle pro-démocratique.

 B. Département d’État des États-Unis, »Congressional Budget Justification FOREIGN ASSISTANCE SUMMARY TABLES, Fiscal Year 2017. »

Le tableau 3a de la présente publication présente les affectations réelles pour l’exercice financier des programmes d’aide à l’étranger, par pays et par compte, y compris les deux programmes qui nous intéressent ici, soit le financement militaire étranger et les EIPMF. À cet égard, il s’agit d’une certaine duplication de la source précédente, mais j’ai examiné cette question comme une vérification.

C. Department of Defense Security Cooperation Agency (DSCA), Financial Policy and Analysis Business Operations, »Foreign Military Sales, Foreign Military Construction Sales And Other Security Cooperation Historical Facts as of September 30,2015. »

Cette source fournit la valeur monétaire totale des articles et services militaires vendus aux gouvernements étrangers pour l’AF 2015, y compris la valeur des accords pour les livraisons futures et la valeur des livraisons réelles, que j’ai fournis dans le tableau ci-dessous. Il comprend également d’autres données sur le financement militaire étranger (crédits ou subventions) accordé aux gouvernements étrangers et fournit une autre source sur la formation aux EIPMF.

D. Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), »Transfer of major conventional weapons: tried by recipient. Il s’occupe des livraisons ou des commandes pour les années 2015 à 2016. »

Le SIPRI fournit un outil interactif qui permet à l’utilisateur de générer une liste des principaux transferts d’armes par fournisseur, par bénéficiaire ou par destinataire, et par année. Bien qu’il ne compte que les transferts « importants » d’armes classiques, j’ai examiné cette question pour vérifier l’exactitude du tableau. Il a essentiellement confirmé l’exactitude du rapport de l’ASSC, mais il y a eu quelques anomalies possibles. Par exemple, la DSCA ne fait état que de ventes militaires en Ouganda pour un montant de 8 000 $ en 2015, mais le SIPRI signale le transfert de 10 véhicules blindés RG-33, de deux avions de transport léger Cessna-208 Caravan et de 15 véhicules blindés Cougar en 2015. L’écart peut être attribuable à la différence de trois mois entre l’exercice 2015 et l’année civile 2105, à des méthodes différentes de datation du transfert, à des différences d’évaluation ou à un facteur inconnu.

 Étape 3: Générer les graphiques

La première colonne du tableau ci-dessous énumère les 49 pays classés par Freedom House comme dictatoriaux. La deuxième colonne montre les pays qui ont reçu une certaine formation militaire des États-Unis au cours de l’exercice 2015, en s’appuyant principalement sur la source B, mais aussi en vérifiant la source C. La troisième colonne indique les pays qui ont reçu un accord pour les ventes ou transferts militaires futurs des États-Unis au cours de l’exercice 2015, avec la valeur en dollars des articles militaires énumérés, en se basant sur la source C, mais aussi en vérifiant la source D. La quatrième colonne indique les pays qui ont reçu une livraison effective d’articles militaires des États-Unis au cours de l’exercice 2015.

 

Les États-Unis fournissent une aide militaire à 73 % des dictatures dans le monde (Truth Out)

 

 Soutien des États-Unis aux dictatures du monde, Exercice financier 2015. (Graphique: Rich Whitney)

Soutien des États-Unis aux dictatures du monde, Exercice financier 2015. (Graphique: Rich Whitney)

Je prévois de présenter chaque année des rapports similaires sur le soutien des États-Unis aux dictatures du monde entier. Je commencerai à travailler sur un rapport couvrant l’exercice 2016 dès que les données pertinentes seront disponibles.

Rich Whitney

Article originel : US Provides Military Assistance to 73 Percent of World’s Dictatorships
Truth Out

 Rich Whitney est avocat, acteur, commentateur radio et disc-jockey, activiste du Parti vert de l’Illinois et ancien candidat du Parti vert au poste de gouverneur.

source  

 
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Publié par le 27 septembre 2017 dans général, International, Politique

 

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Nous devrions prendre au sérieux le récent défi sino-russe lancé au dollar

Nous devrions prendre au sérieux le récent défi sino-russe lancé au dollar

Wall Street et Washington ne trouvent pas ça drôle du tout, mais ils n’ont pas les moyens de l’empêcher

Par F. William Engdahl – Le 13 septembre 2017 – Source Russia Insider

Le système monétaire international de Bretton Woods de 1944 tel qu’il s’est développé jusqu’à ce jour est devenu, pour être honnête, le plus grand obstacle à la paix et à la prospérité mondiale.

Maintenant, la Chine, de plus en plus soutenue par la Russie – les deux grandes nations eurasiennes – prend des mesures décisives pour créer une alternative vraiment viable à la tyrannie du dollar américain sur le commerce et les finances mondiales.


Peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement des États-Unis, conseillé par les principales banques internationales de Wall Street, a rédigé ce que beaucoup considèrent, à tort, comme une nouvelle norme d’étalon-or. En vérité, il s’agissait d’une norme dollar, dans laquelle toutes les autres monnaies membres des pays du Fonds monétaire international fixaient la valeur de leur monnaie par rapport au dollar. À son tour, le dollar américain a été fixé face à l’or à la valeur de 1/35ed’once d’or. À l’époque, Washington et Wall Street pouvaient imposer un tel système car la Réserve fédérale détenait environ 75% de l’or monétaire mondial en raison de la guerre et des développements qui s’en sont suivis. Bretton Woods a établi le dollar comme monnaie de réserve du commerce mondial détenue par les banques centrales.

L’agonie d’un standard dollar défectueux

À la fin des années 1960, avec l’augmentation des déficits du budget fédéral des États-Unis en raison des coûts de la guerre du Vietnam et d’autres dépenses stupides, la norme du dollar a commencé à montrer ses profonds défauts structurels. Une Europe occidentale et un Japon rétablis n’ont plus eu besoin des milliards de dollars américains pour financer leur reconstruction. L’Allemagne et le Japon sont devenus des économies d’exportation de classe mondiale avec une efficacité supérieure à l’industrie américaine du fait de l’obsolescence croissante de l’outil de production basique américain, allant de l’acier aux automobiles et aux infrastructures de base. Washington aurait alors dû dévaluer considérablement le dollar vis à vis de l’or afin de corriger le déséquilibre croissant du commerce mondial. Une telle dévaluation du dollar aurait stimulé les revenus d’exportation manufacturiers des États-Unis et réduit les déséquilibres commerciaux. Cela aurait été un énorme plus pour l’économie américaine réelle. Cependant, pour les banques de Wall Street, cela signifiait des pertes énormes. Donc, à la place, les administrations Johnson et Nixon ont imprimé plus de dollars et ont effectivement exporté l’inflation dans le monde.

Les banques centrales, en particulier la France et l’Allemagne, ont réagi à la surdité de Washington en exigeant de l’or de la Réserve fédérale américaine en échange de leurs réserves en dollars américains à 35 dollars par billet selon l’accord de Bretton Woods de 1944. En août 1971, le rachat de l’or avec des dollars américains gonflés avait atteint un point de crise tel qu’un ancien responsable du Trésor, Paul Volcker, conseilla à Nixon de déchirer les accords de Bretton Woods.

En 1973, Washington autorisa la libre fluctuation de l’or sans le soutien d’un dollar américain sain. À la place, un choc du prix du pétrole, orchestré en octobre 1973, a vu le prix en dollars du pétrole s’envoler de plus de 400% en quelques mois, créant ce que Henry Kissinger appela alors le pétrodollar.

Le monde avait besoin de pétrole pour son économie. Washington, dans un accord de 1975 avec la monarchie saoudienne, s’assurait que l’OPEP arabe refuserait de vendre une goutte de son pétrole au monde pour une monnaie autre que le dollar américain. La valeur du dollar a grimpé contre d’autres devises telles que le mark allemand ou le yen japonais. Les banques de Wall Street étaient inondées de dépôts en pétrodollars. Le casino du dollar était ouvert et fonctionnait, et le reste du monde était rançonné.

Dans mon livre, « Gods of Money : Wall Street and the Death of the American Century », je détaillais comment les principales banques internationales de New York telles que Chase, Citibank et Bank of America ont utilisé les pétrodollars pour recycler les bénéfices pétroliers arabes vers les pays importateurs de pétrole en voie de développement au cours des années 1970, semant les graines de la crise de la dette du Tiers Monde. Curieusement, c’est le même Paul Volcker  − un protégé de David Rockefeller et de la Chase Manhattan Bank, propriété de ce dernier − qui, cette fois-ci, en octobre 1979, en tant que président de la Fed, a déclenché la crise de la dette des années 1980 en poussant les taux d’intérêt de la Fed jusqu’au ciel. Il a menti en affirmant qu’il s’agissait de réduire l’inflation. C’était pour sauver le dollar et les banques de Wall Street.

Aujourd’hui, le dollar est un phénomène étrange, pour le dire gentiment. Les États-Unis depuis 1971 sont passés du rôle de nation industrielle de premier plan à un casino de spéculation gigantesque gonflé par la dette.

Avec les taux d’intérêt des Fed Funds entre zéro et un pour cent au cours des neuf dernières années – fait sans précédent dans l’histoire moderne – les principales banques de Wall Street, celles dont les malversations financières et la cupidité criminelle ont créé la crise des subprimes de 2007 et son tsunami financier mondial de 2008, mis sur pied pour construire une nouvelle bulle spéculative. Plutôt que de prêter à des villes rongées par des dettes pour qu’elles réalisent des infrastructures d’urgence ou d’autres voies productives de l’économie réelle, elles ont créé une autre bulle colossale sur le marché boursier. Les grandes entreprises ont utilisé des crédits à bon marché pour racheter leurs propres actions, stimulant ainsi leurs cours dans les échanges de Wall Street, une hausse alimentée par le battage médiatique et le mythe de la « reprise économique ». L’indice boursier S & P-500 a augmenté de 320% depuis la fin de 2008. Je peux vous assurer que l’accroissement de valeur de ces actions de papier ne signifie pas que l’économie américaine réelle a augmenté de 320%.

Les ménages américains gagnent moins, en termes réels chaque année, depuis des décennies. Depuis 1988, le revenu médian des ménages a stagné alors que l’inflation augmentait, provoquant une baisse du revenu réel. Ils doivent emprunter plus que jamais dans toute leur histoire. La dette du gouvernement fédéral est d’un montant de 20 mille milliards de dollars sans contrôle et sans fin prévisible. L’industrie américaine a mis la clé sous la porte et la production a été expédiée à l’étranger, la « sous-traitance » est un euphémisme. La débâcle a laissé derrière elle une immense dette, une « économie de service » pourrie, où des millions de personnes ont deux emplois à temps partiel, et même trois, pour rester à flot.

L’armée américaine des États-Unis et le déploiement d’ONG trompeuses sur toute la planète, pour faciliter le pillage de l’économie mondiale, sont les seuls facteurs qui empêchent le dollar de s’effondrer totalement.

Tant que les sales combines de Washington et les machinations de Wall Street pouvaient créer des crises comme dans la zone euro en 2010 avec la Grèce, les pays excédentaires du commerce mondial comme la Chine, le Japon et la Russie n’avaient pas d’autre alternative pratique que d’acheter plus de dettes du gouvernement des États-Unis – des titres du Trésor – avec la majeure partie de leurs excédents de dollars commerciaux. Washington et Wall Street avaient le sourire. Ils pouvaient imprimer des quantités illimitées de dollars soutenus par rien de plus précieux que les F-16 et les chars Abrams. La Chine, la Russie et d’autres détenteurs d’obligations en dollars ont financé les guerres qui leur étaient destinées, en achetant des dettes américaines. Ils n’avaient alors que peu d’options alternatives viables.

Les alternatives viables émergent

Maintenant, ironiquement, deux des économies étrangères qui ont permis au dollar une prolongation de vie artificielle au-delà de 1989 – la Russie et la Chine – dévoilent prudemment l’alternative la plus redoutée, une monnaie internationale viable et basée sur l’or et, peut-être, plusieurs monnaies similaires qui peuvent remettre en cause le rôle hégémonique injustifié du dollar aujourd’hui.

Depuis plusieurs années, la Fédération de Russie et la République populaire de Chine ont acheté d’énormes volumes d’or, en grande partie pour ajouter aux réserves monétaires de leurs banques centrales qui sinon sont généralement composées de dollars ou d’euros. Jusqu’à récemment, la raison n’en était pas claire du tout.

Depuis plusieurs années, on savait sur les marchés de l’or que les plus grands acheteurs d’or physique étaient les banques centrales de la Chine et de la Russie. Ce qui n’était pas si clair, c’est la profondeur de leur stratégie, au-delà de la simple création de confiance dans leurs monnaies dans le contexte des sanctions économiques croissantes et des menaces belliqueuses de guerre commerciale venant de  Washington.

Maintenant, la raison est claire.

La Chine et la Russie, très probablement associées avec leurs principaux partenaires commerciaux, les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), ainsi que les pays partenaires eurasiens de l’Organisation de coopération de Shanghai (SCO) sont sur le point de compléter l’architecture de travail d’une nouvelle alternative monétaire à un monde dollar.

Actuellement, en plus des membres fondateurs, la Chine et la Russie, les membres à part entière de l’OCS sont le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et, plus récemment, l’Inde et le Pakistan. Il s’agit d’une population de plus de 3 milliards de personnes, soit environ 42% de la population mondiale, se réunissant dans une coopération économique et politique cohérente, planifiée, et pacifique.

Si nous ajoutons aux pays membres de l’OCS les États observateurs officiels – Afghanistan, Biélorussie, Iran et Mongolie – qui ont exprimé le souhait de se joindre officiellement en tant que membres à part entière, un coup d’œil sur la carte du monde montrera le potentiel impressionnant de l’OCS émergente. La Turquie est un partenaire officiel du Dialogue qui explore une possible demande d’adhésion à l’OCS, tout comme le Sri Lanka, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Cambodge et le Népal. Ceci, tout simplement dit, est énorme.

Les Routes de la soie soutenues par l’or.

Jusqu’à récemment, les groupes de réflexion de Washington et le gouvernement se sont moqués des nouvelles institutions eurasiennes comme l’OCS. Contrairement aux BRICS qui ne sont pas constitués de pays contigus sur un vaste territoire terrestre, le groupe de l’OCS forme une entité géographique appelée Eurasie. Lorsque le président chinois Xi Jinping a proposé la création de ce que l’on appelait la Nouvelle Route de la soie économique, lors d’une réunion au Kazakhstan en 2013, peu d’Occidentaux l’ont pris au sérieux. Le nom officiel aujourd’hui est la Belt, Road Initiative (BRI). Aujourd’hui, le monde commence à prendre au sérieux l’envergure de BRI.

Il est clair que la diplomatie économique de la Chine, de la Russie et de son groupe de pays de l’Union économique eurasienne, concerne en grande partie la réalisation de trains à grande vitesse modernes, de ports, d’infrastructures énergétiques tissant ensemble un vaste marché nouveau qui, en moins d’une décennie au rythme actuel, éclipsera tout potentiel économique dans les pays de l’OCDE et de l’Amérique du Nord en stagnation économique et submergés par la dette.

Ce qui jusqu’à présent était d’une nécessité vitale, mais pas clair, est une stratégie visant à libérer les nations d’Eurasie du dollar et de leur vulnérabilité à d’autres sanctions et guerres financières venant du Trésor américain, suite à leur dépendance au dollar. Cela est maintenant sur le point de se produire.

Au sommet annuel du BRICS, le 5 septembre à Xiamen, le président russe Vladimir Poutine a fait une déclaration simple et très claire au sujet de la vision russe du monde économique actuel. Il a déclaré : « La Russie partage les préoccupations des pays des BRICS concernant l’iniquité de l’architecture financière et économique mondiale, qui ne tient pas compte du poids croissant des économies émergentes. Nous sommes prêts à collaborer avec nos partenaires pour promouvoir les réformes de la réglementation financière internationale et pour surmonter la domination excessive du nombre limité de monnaies de réserve. » À ma connaissance, il n’a jamais été aussi explicite sur les devises. Mettez cela dans le contexte de la dernière architecture financière dévoilée par Pékin, et il devient clair que le monde est sur le point de profiter de nouveaux degrés de liberté économique.

Le marché à terme chinois des options sur le pétrole brut libellées en yuan

Selon un rapport publié par la Revue asiatique du Japan Nikkei, la Chine est sur le point de lancer un contrat à terme sur le pétrole brut libellé en yuan chinois qui sera convertible en or. Ceci, en liaison avec d’autres actions de la Chine au cours des deux dernières années afin de créer, à Shanghai, une alternative viable à Londres et à New York , devient vraiment intéressant.

La Chine est le plus grand importateur de pétrole au monde, lequel est encore pour l’essentiel payé en dollars américains. Si le nouveau contrat à terme sur le pétrole libellé en yuan obtient un large succès, il pourrait devenir l’indice de référence du pétrole brut le plus important en Asie, étant donné que la Chine est le plus grand importateur de pétrole au monde. Cela mettrait en cause les deux contrats de référence pétroliers, dominés par Wall Street, dans les échanges à terme sur le pétrole, North Sea Brent et West Texas Intermediate qui jusqu’à maintenant ont donné à Wall Street d’énormes avantages cachés.

Ce serait un autre levier de manipulation énorme éliminé par la Chine et ses partenaires pétroliers, y compris tout particulièrement la Russie. Suite à l’introduction d’un contrat à terme sur le pétrole à Shanghai, en yuan – monnaie qui a récemment adhéré au groupe très sélect du panier de devises des DTS du FMI – les contrats à terme sur le pétrole, en particulier lorsqu’il sont convertibles en or, pourraient changer l’équilibre géopolitique des pouvoirs en faveur de l’Eurasie, extrêmement loin du monde atlantique.

En avril 2016, la Chine a fait un pas important en devenant le nouveau centre d’échange d’or et le centre mondial du commerce de l’or, l’or physique. La Chine est aujourd’hui le plus grand producteur d’or du monde, bien avant un autre membre du BRICS, l’Afrique du Sud, avec la Russie en numéro deux.

La Chine a maintenant établi un vaste centre de stockage dans la zone de libre échange chinoise Qianhai à côté de Shenzhen, la ville d’environ 18 millions d’habitants immédiatement au nord de Hong Kong sur le delta de la rivière des Perles. Maintenant, la Chine achève la construction d’une installation permanente de bunkers pour stocker l’or, y compris un entrepôt douanier, un centre commercial et des bureaux connexes. La société chinoise d’échange d’or et d’argent basée à Hong Kong, vieille de 105 ans, s’est associée avec l’ICBC, la plus grande banque d’État chinoise et sa plus grande banque d’importation d’or, pour créer le Qianhai Storage Center. On commence à comprendre maintenant pourquoi les ONG trompeuses de Washington, telles que la National Endowment for Democracy, ont tenté, sans succès, de créer une révolution de couleur anti-Pékin, la révolution Umbrella, à Hong Kong à la fin de 2014.

Maintenant, ajouter le nouveau contrat à terme de pétrole, négocié en Chine en yuan, avec le soutien de l’or conduira à un changement spectaculaire chez les principaux membres de l’OPEP, même au Moyen-Orient, qui  préféreront le yuan, indexé à l’or, pour vendre leur pétrole, plutôt que des dollars américains surévalués portant un risque géopolitique comme celui que le Qatar a connu suite à la visite de Trump à Riyad il y a quelques mois. Notamment, le géant pétrolier russe Rosneft vient d’annoncer que la société pétrolière chinoise CEFC China Energy Company Ltd. vient d’acheter les 14% de part de Rosneft au Qatar. Tout commence à s’emboîter dans une stratégie très cohérente.

L’imperium du dollar touche à sa fin et ses patriarches se cachent en réalité derrière un déni, par ailleurs connu sous le nom de présidence Trump. Pendant ce temps, les éléments les plus sains de ce monde visent à construire des alternatives constructives et pacifiques. Ils sont même ouverts à l’idée d’admettre Washington dans le jeu, selon des règles honnêtes.

C’est remarquablement généreux, non ?

F. William Engdahl est consultant en matière de risques stratégiques et professeur, il est titulaire d’un diplôme en politique de l’Université de Princeton et auteur de best-sellers sur le pétrole et la géopolitique

Source : New Eastern Outlook

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 
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Publié par le 27 septembre 2017 dans économie, général, International, Politique

 

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