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Archives du 11 mai 2017

La dissimulation de l’écocide : le triomphe du mensonge et de la propagande

La manière dont nous nous comportons est profondément influencée par notre expérience du monde, qui est profondément influencée par la manière dont nous percevons le monde, qui est profondément influencée par ce que nous croyons à son sujet.

— Derrick Jensen, « The Myth of Human Supremacy » (Le mythe de la suprématie humaine)

Le regard que l’on choisit de porter sur le monde qui nous entoure découle de notre éducation — de notre conditionnement, de nos connaissances. Ce qui explique pourquoi, malgré le déroulement actuel d’un véritable drame socio-écologique, celui-ci soit si peu discuté, à peine aperçu, et à peine dénoncé. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi ce drame peut se produire en premier lieu.

Les tenanciers du désastre de notre époque, ses acteurs les plus influents, les grands patrons de multinationales, de banques, de fonds d’investissement, les dirigeants des superpuissances étatiques, ceux qui ont beaucoup investi, qui misent gros, et qui ont donc beaucoup à perdre, propagent, à travers leurs nombreux outils d’acculturation et d’enculturation (programmes nationaux d’éducation, médias, institutions culturelles, etc.), une certaine vision de notre situation globale. Et ce depuis des siècles.

L’école a en effet été conçue comme un outil de contrôle et de formatage au service d’oligarchies ou d’autocrates et certainement pas comme un outil d’émancipation populaire — exemple parmi tant d’autres, Napoléon Bonaparte : « Mon but principal, dans l’établissement d’un corps enseignant, est d’avoir un moyen de diriger les opinions politiques et morales ». Véritable usine d’aliénation institutionnalisée (au « programme » fixé par l’état), elle inculque des valeurs toutes plus nocives les unes que les autres (l’obéissance aveugle, le travail, la compétition, etc.) et enseigne l’Histoire selon l’angle des vainqueur (à propos de l’école, il faut lire l’article de Carol Black sur la scolarisation du monde, que nous avons traduit). Le concept d’Histoire est d’ailleurs un vecteur de l’idéologie des classes dominantes. Il marque une séparation entre la préhistoire (la majeure partie de l’existence humaine), peu étudiée, probablement parce que considérée comme peu intéressante (des hommes qui grognaient dans des caves, tout au plus), et l’Histoire (la vraie, l’importante, celle qui compte vraiment, celle dans laquelle on se doit d’entrer, façon Sarkozy).

Dans son excellent livre « Zomia ou l’art de ne pas être gouverné », le professeur James C. Scott écrit que :

Les termes traditionnels utilisés en birman et en thaï pour le mot ‘histoire’, respectivement ‘yazawin’ et ‘phonesavadan’, signifient littéralement tous deux ‘histoire des vainqueurs’ ou ‘chronique des rois’. […]

Dans la même veine, Philip Slater, critique social états-unien, écrivait que :

L’histoire […] est en très grande majorité, même aujourd’hui, un récit des vicissitudes, des relations et des déséquilibres créés par ceux qui sont avides de richesse, de pouvoir, et de célébrité.

Quant à la presse, sa diffusion et son contenu ont toujours été contrôlés par les pouvoirs en place, par les possédants, depuis l’Ancien Régime et son « Privilège du Roi » jusqu’à aujourd’hui où dix milliardaires contrôlent une grande partie des médias français. Et si la presse est désormais insidieusement qualifiée de « libre » c’est simplement parce que la classe des dominants s’est rendue compte que le mensonge et l’hypocrisie étaient de meilleurs outils de contrôle que la (menace de) violence physique (bien que la menace de violence physique et la violence elle-même soient encore très utilisées aujourd’hui). La même raison fait que notre régime gouvernemental actuel est qualifié de « démocratie », que le système d’échange financier est qualifié de « libre marché », et que les pays où tout ça a été décidé s’auto-qualifient de « monde libre ». La liberté, à mesure qu’elle disparaissait dans les faits, était placardée et plastronnée partout.

Quand je vois une gigantesque statue de la liberté à l’entrée du port d’un grand pays, je n’ai pas besoin qu’on m’explique ce qu’il y a derrière. Si on se sent obligé de hurler : « Nous sommes un peuple d’hommes libres ! », c’est uniquement pour dissimuler le fait que la liberté est déjà fichue ou qu’elle a été tellement rognée par des centaines de milliers de lois, décrets, ordonnances, directives, règlements et coups de matraque qu’il ne reste plus, pour la revendiquer, que les vociférations, les fanfares et les déesses qui la représentent.

— B. Traven, « Le vaisseau des morts »

La culture, au sens large, produit d’une ingénierie culturelle séculaire, élaborée par les élites et pour les élites (et pour ceux qui n’en sont pas mais sont éduqués à vouloir en être), conditionne les masses de façon à obtenir une main d’œuvre docile et soumise, en véhiculant ces mêmes valeurs, en glorifiant l’idéologie de la classe dominante — le mythe du progrès. Par un grotesque mécanisme de dressage systématique récompensant les comportements conformes aux volontés des élites, et par la fabrication du consentement qui en découle, toutes les institutions et toutes les populations se mettent au diapason — c’est ainsi qu’on dresse les chiens.

Et c’est ainsi que partout on vante les mérites du « développement », du « progrès », et de la « civilisation » triomphante.

***

Un des principaux travers de l’idéologie dominante — de l’idéologie des élites, qui, par un ruissellement culturel, devient l’idéologie de leurs sujets, les masses —, est sa profonde aliénation vis-à-vis de la nature. Cette perte du lien avec le monde naturel semble aussi ancienne que la civilisation (en tant que culture, que type d’organisation sociale et que mode de vie spécifique), dont elle est une caractéristique essentielle — avec son corollaire : le mythe de la suprématie humaine, cette idée selon laquelle l’être humain serait une créature supérieure, toute-puissante, aux prérogatives d’essence quasi-divine. Ainsi que Derrick Jensen le rappelle :

Les humains civilisés détruisent les terres, et ce depuis l’aube de la civilisation. L’un des premiers mythes écrits de cette culture décrit Gilgamesh, déforestant ce que nous appelons aujourd’hui l’Irak — rasant des forêts de cèdres si épaisses que la lumière du soleil ne pouvait atteindre le sol, tout cela pour construire une grande cité, ou, plus exactement, pour que l’on retienne son nom.

Aristote, en son temps, écrivait que :

Les plantes existent pour les animaux, et les autres animaux pour l’homme, les animaux domestiques pour son usage et sa nourriture, les animaux sauvages, sinon tous du moins la plupart, pour sa nourriture et d’autres secours puisqu’il en tire vêtements et autres instruments. Si donc la nature ne fait rien d’inachevé ni rien en vain, il est nécessaire que ce soit pour les hommes que la nature ait fait tout cela. C’est pourquoi, en un sens, l’art de la guerre est un art naturel d’acquisition (car l’art de la chasse est une partie de cet art) auquel nous devons avoir recours contre les bêtes et les hommes qui sont nés pour être commandés mais n’y consentent pas : cette guerre-là est juste par nature.

& Cicéron :

Ce que la nature a fait de plus impétueux, la mer et les vents, nous seuls avons la faculté de les dompter, possédant l’art de la navigation ; aussi profitons-nous et jouissons-nous de beaucoup de choses qu’offre la mer. Nous sommes également les maîtres absolus de celles que présente la Terre. Nous jouissons des plaines, nous jouissons des montagnes ; c’est à nous que sont les rivières, à nous les lacs ; c’est nous qui semons les blés, nous qui plantons les arbres ; c’est nous qui conduisons l’eau dans les terres pour leur donner la fécondité : nous arrêtons les fleuves, nous les guidons, nous les détournons ; nos mains enfin essaient, pour ainsi dire, de faire dans la nature une nature nouvelle.

Enfin, citons Saint-Simon, qui, en 1820, écrit ce qui pourrait tout à fait résumer la pensée des classes dirigeantes de notre époque industrielle :

L’objet de l’industrie est l’exploitation du globe, c’est-à-dire l’appropriation de ses produits aux besoins de l’homme, et comme, en accomplissant cette tâche, elle modifie le globe, le transforme, change graduellement les conditions de son existence, il en résulte que par elle, l’homme participe, en dehors de lui-même en quelque sorte, aux manifestations successives de la divinité, et continue ainsi l’œuvre de la création. De ce point de vue, l’Industrie devient le culte.

L’antidote à ce poison du mythe de la suprématie humaine, qui passe souvent pour un humanisme, a été brillamment formulé par Claude Lévi-Strauss dans une interview donnée au journal le Monde en 1979  :

On m’a souvent reproché d’être anti-humaniste. Je ne crois pas que ce soit vrai. Ce contre quoi je me suis insurgé, et dont je ressens profondément la nocivité, c’est cette espèce d’humanisme dévergondé issu, d’une part, de la tradition judéo-chrétienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renaissance et du cartésianisme, qui fait de l’homme un maître, un seigneur absolu de la création.

J’ai le sentiment que toutes les tragédies que nous avons vécues, d’abord avec le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son prolongement naturel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la frontière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trouvé amené à reporter cette frontière au sein de l’espèce humaine, séparant certaines catégories reconnues seules véritablement humaines d’autres catégories qui subissent alors une dégradation conçue sur le même modèle qui servait à discriminer espèces vivantes humaines et non humaines. Véritable péché originel qui pousse l’humanité à l’autodestruction.

Le respect de l’homme par l’homme ne peut pas trouver son fondement dans certaines dignités particulières que l’humanité s’attribuerait en propre, car, alors, une fraction de l’humanité pourra toujours décider qu’elle incarne ces dignités de manière plus éminente que d’autres. Il faudrait plutôt poser au départ une sorte d’humilité principielle ; l’homme, commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se mettrait à l’abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l’humanité même.

Malheureusement, il n’a été que formulé. Les classes dirigeantes n’ayant que faire de ces conseils, principalement parce qu’elles souhaitent conserver leurs pouvoirs et leurs privilèges, mais aussi parce qu’elles restent persuadées de la justesse de leur croyances (qu’elles rationalisent toujours, de quelque manière que ce soit), à travers les principaux hauts-parleurs culturels, c’est généralement le mythe de la suprématie humaine qui est véhiculé.

***

Parmi les mensonges officiels sur lesquels se fonde l’idée de « progrès » qui est au cœur du discours dominant, il faut souligner l’entreprise de diabolisation du passé et d’exaltation du futur. Le passé est présenté comme inférieur au présent, lui-même inférieur au futur, selon un principe temporel d’amélioration linéaire. Cette idée est manifestement fausse, ce qu’il est facile de comprendre pour peu que l’on porte un regard un tant soit peu lucide sur notre réalité. Ce noircissement du passé repose sur de multiples falsifications historiques, selon lesquelles plus on remonte dans le temps, plus on plonge dans la barbarie, plus la vie humaine était courte, brutale, dure, malheureuse et sombre – on mourait d’un simple rhume, ou de vieillesse à 20 ans, ou de carences alimentaires, ou de violences omniprésentes, etc.

En réalité, la liberté dont l’être humain jouissait par le passé a diminué à mesure de l’expansion des premières formes d’état, à l’instar de l’authenticité, de l’originalité, de l’indépendance, de l’autonomie, et de la richesse, qui caractérisaient la diversité des vies et des cultures humaines ayant existé, et qui caractérisent celles des quelques peuples non-civilisés qui subsistent encore. L’insistance sur l’augmentation de l’espérance de vie, dont il faut rappeler qu’elle ne saurait être un but en elle-même, et dont la plupart des gens se font une idée fausse, fait aussi partie de cette entreprise de dénigrement du passé. Par ailleurs, il est grotesque, présomptueux et méprisant (à l’égard des temps passés) de prétendre que la modernité et son « progrès » apportent le bonheur, ce qui, au vu du mal-être mondialisé, de l’explosion du stress, des burnouts, des dépressions, des angoisses et des troubles mentaux, des taux de suicides et des prescriptions d’antidépresseurs, est aisément contestable.

Et pourtant la civilisation industrielle — désormais planétaire, s’étant imposée partout à grands renforts de colonisations et d’impérialisme, basée sur l’esclavage salarial obligatoire, sur un extractivisme permanent, où les richesses et les bénéfices se concentrent entre les mains d’un nombre toujours plus restreint d’individus, qui a rendu l’air cancérigène, qui a contaminé les sols, les eaux et l’atmosphère de millions de produits de synthèse parfois extrêmement toxiques, qui détruit les forêts du monde entier et rempli les océans de plastiques, dont l’expansionnisme prédateur engendre actuellement la 6ème extinction de masse de l’histoire de la planète et un dérèglement climatique aux conséquences potentiellement dramatiques — est considérée, « progrès » oblige, comme le pinacle de l’existence humaine.

Cette inversion des réalités est dénoncée depuis longtemps. Pour prendre un exemple, voici un passage tiré du livre « Les temps futurs » d’Aldous Huxley :

Dès le début de la révolution industrielle, il avait prévu que les hommes seraient gratifiés d’une présomption tellement outrecuidante pour les miracles de leur propre technologie qu’ils ne tarderaient pas à perdre le sens des réalités. Et c’est précisément ce qui est arrivé. Ces misérables esclaves des rouages et des registres se mirent à se féliciter d’être les Vainqueurs de la Nature, vraiment ! En fait, bien entendu, ils avaient simplement renversé l’équilibre de la Nature et étaient sur le point d’en subir les conséquences. Songez donc à quoi ils se sont occupés au cours du siècle et demi qui a précédé la Chose. A polluer les rivières, à tuer tous les animaux sauvages, au point de les faire disparaître, à détruire les forêts, à délaver la couche superficielle du sol et à la déverser dans la mer, à consumer un océan de pétrole, à gaspiller les minéraux qu’il avait fallu la totalité des époques géologiques pour déposer. Une orgie d’imbécillité criminelle. Et ils ont appelé cela le Progrès. Le Progrès ! Je vous le dis, c’était une invention trop fantastique pour qu’elle ait été le produit d’un simple esprit humain — trop démoniaquement ironique ! Il a fallu pour cela une Aide extérieure. Il a fallu la Grâce de Bélial, qui, bien entendu, est toujours offerte — du moins, à quiconque est prêt à coopérer avec elle.

Bien entendu, le discours des médias et des principales institutions culturelles ignore volontiers le désastre en cours, d’où la prolifération de sujets de divertissement, d’où une véritable culture de la distraction permanente et frénétique (tout plutôt que parler de l’éléphant dans la pièce, ce qui risquerait de perturber le business-as-usual, et qui menacerait donc les intérêts des classes dominantes). Il n’insiste pas sur la myriade d’exactions engendrées par la civilisation industrielle planétaire, dont celles précédemment citées (réchauffement climatique, 6ème extinction de masse, etc.), qui sont les principales, mais qui sont loin d’être les seules ; bien d’autres sont passées sous silence, dont voici quelques exemples, pêle-mêle : le réseau d’exploitation sexuelle et d’esclavage salarial qui sévit actuellement dans l’agriculture sicilienne et dans lesquelles des milliers de femmes sont violées et battues ; le réseau d’esclavage moderne qui exploite près de 40 000 femmes en Italie continentale, des italiennes et des migrantes, dans des exploitations viticoles ; les épidémies de suicides et la pollution massive qui frappent actuellement la région de Bangalore (qualifiée de capitale mondiale du suicide) en Inde, où le « développement » détruit les liens familiaux et les communautés humaines ; l’exploitation de burkinabés de tous âges dans les camps d’orpaillage du Burkina Faso, où ils vivent et meurent dans des conditions dramatiques, entre malaria et maladies liées à l’utilisation du mercure, au bénéfice des riches et puissantes multinationales des pays dits « développés » ; le sort des pakistanais qui se retrouvent à trier les déchets électroniques cancérigènes des citoyens du monde libre en échange d’un salaire de misère (et de quelques maladies) ; l’exploitation de nicaraguayens sous-payés (la main d’oeuvre est la moins chère d’Amérique centrale) dans des maquiladoras, où ils confectionnent toutes sortes de vêtements pour des entreprises souvent nord-américaines, coréennes ou taïwanaises ; les épidémies de maladies de civilisation liées à la malbouffe industrielle, qui ravagent les populations du monde entier, dont les communautés du Mexique (deuxième pays au monde en termes de taux d’obésité et de surpoids, après les USA), qui connait une épidémie de maladies liées au gras et au sucre, où 7 adultes sur 10 sont en surpoids ou obèses, ainsi qu’1 enfant sur 3 – d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les mexicains sont les premiers consommateurs de soda (163 litres par an, et par personne), et la population la plus touchée par la mortalité liée au diabète de toute l’Amérique latine ; l’exploitation d’enfants et d’adultes au Malawi dans des plantations de tabac (où ils attrapent la « maladie du tabac vert » par intoxication à la nicotine) destiné à l’exportation, au bénéfice des groupes industriels comme British American Tobacco (Lucky Strike, Pal Mal, Gauloises, …) ou Philip Morris International (Malboro, L&M, Philip Morris…) ; la transformation de l’Albanie en poubelle géante (où l’on importe des déchets d’un peu partout pour les traiter, ce qui constitue un secteur très important de l’économie du pays, des milliers de gens vivent de ça, et vivent dans des décharges) ; la transformation de la ville de Guiyu en Chine, en poubelle géante de déchets électroniques (en provenance du monde entier), où des centaines de milliers de chinois, enfants et adultes, travaillent à les trier, et donc en contact direct avec des centaines de milliers de tonnes de produits hautement toxiques (les toxicologues s’intéressent aux records mondiaux de toxicité de Guiyu en termes de taux de cancer, de pollutions des sols, de l’eau, etc.) ; les pollutions massives de la mer Méditerranée, qui font d’elle la mer la plus polluée du monde, et sa surexploitation, qui fait d’elle un désert bleu ; les destructions environnementales en Mongolie (liées au « développement » du pays et à son industrie minière), où des villes parmi les plus polluées au monde suffoquent dans ce que certains décrivent comme « un enfer » ; les destructions des récifs coralliens, des fonds marins et des forêts des îles de Bangka et Belitung en Indonésie, où des mineurs d’étain légaux et illégaux risquent leur vie et perdent leur santé pour obtenir ce composant crucial des appareils électroniques, embourbé dans une vase radioactive ; la contamination des sols et des cours d’eau de plusieurs régions tunisiennes, où du cadmium et de l’uranium sont rejetés, entre autres, par le raffinage du phosphate qui y est extrait, avant d’être envoyé en Europe comme engrais agricole (raffinage qui surconsomme l’eau de nappes phréatiques et qui génère une épidémie de maladies plus ou moins graves sur place) ; les déforestations massives en Afrique, en Amazonie, en Indonésie, et un peu partout sur le globe, qui permettent l’expansion des monocultures de palmiers à huile, d’hévéa, d’eucalyptus et d’autres arbres (parfois génétiquement modifiés) utilisés par différentes industries, ou l’expansion des plantations de soja, ou l’expansion des surfaces destinées à l’élevage industriel ; comme vous le comprenez peut-être, cette liste est infinie, ou presque. Et chaque jour le bilan s’alourdit.

(Individuellement, il nous est impossible de suivre. La plupart des gens n’ont ni le temps, ni l’envie, ni la curiosité nécessaire pour évaluer et appréhender tout cela. Le travail et le divertissement sont de puissants outils de contrôle social, et puisque les médias de masse et les principales institutions culturelles n’en parlent pas, ou si peu, tout ceci est méconnu.)

Le monde entier se modernise, s’industrialise, de plus en plus de ressources sont nécessaires pour satisfaire toujours plus de nouveaux besoins artificiels (d’où l’explosion des ventes de smartphones en Asie, en Afrique, et ailleurs, des ventes de téléviseurs, etc.).

Des entreprises minières qui convoitent depuis longtemps les terres rares et autres minerais (comme l’uranium) des sous-sols groenlandais — récemment rendus accessibles, par chance, grâce au réchauffement climatique qui ouvre la voie à l’industrialisation de ce pays autrefois isolé et qui, accessoirement, a entièrement détruit leur mode de vie traditionnel, qui a anéanti les populations de poissons et autres animaux marins de la région — se préparent maintenant à commencer à les extraire. Une compagnie australo-chinoise a d’ores et déjà obtenu un permis. Les locaux semblent divisés vis-à-vis de ces exploitations. Certains sont préoccupés par les risques écologiques que cela pose. D’autres s’en foutent. Quoi qu’il en soit, les compagnies assurent que leurs extractions seront respectueuses de l’environnement (ne riez pas) ; qui plus est, ces terres rares et autres minerais tout aussi géniaux (comme l’uranium) sont extraits afin d’alimenter « l’économie verte » (pour fabriquer éoliennes, voitures hybrides, etc.). Ce qui nous amène à un nouveau mythe inventé il y a plus de 40 ans afin de désamorcer le doute et la contestation qui germaient à l’égard du « développement » et du « progrès », afin de rassurer et d’endormir les populations qui commençaient à se préoccuper du sort réservé au monde naturel : le mythe du « développement durable ».

A propos de l’inutilité et de l’ineptie des alternatives soi-disant vertes : http://partage-le.com/2015/03/les-illusions-vertes-ou-lart-de-se-poser-les-mauvaises-questions/

Car si l’on se chamaille parfois en France, et ailleurs, entre partisans de la gauche, de l’extrême-gauche, de la droite et de l’extrême-droite, on s’accorde tous en ce qui concerne des choses comme l’électrification, unanimement considérée comme un « progrès » — évidemment ! On pense tous que le « développement » des ressources naturelles est une bonne chose — cela va de soi ! Le monde qu’ils appellent de leurs vœux, bien que différant sur des détails, est grosso modo le même : dans tous les cas, le soi-disant « progrès » technologique est à garder (téléviseurs, automobiles, grille-pains, réfrigérateurs, micro-ondes, smartphones, ordinateurs, tablettes, etc.). De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, on est d’accord sur l’essentiel. Si l’on entend parfois tel ou tel partisan d’un parti de gauche affirmer qu’il porte un projet radicalement différent de celui de tel ou tel partisan d’un parti de droite, ou inversement, c’est simplement parce qu’à leurs yeux, le débat politique est encapsulé dans un cadre droite-gauche (ou extrême-droite  extrême-gauche), auquel il se limite. Tous ceux qui s’expriment au sein de ce cadre s’accordent sur un grand nombre de prémisses, qu’ils soient de droite ou de gauche ; tous sont les apôtres d’une même idéologie. D’une certaine manière, il n’y a qu’un seul parti qui règne en maître dans la quasi-totalité des pays du globe : le parti du progrès et du développement. Un parti unique, à peine critiqué sur la forme de ses accomplissements.

En effet, beaucoup d’individus plus ou moins conscients d’une partie des problèmes qu’engendrent ce progrès et ce développement ne souhaitent pas pour autant y renoncer, car encore trop aliénés et hypnotisés par leurs promesses miraculeuses. Ils adhèrent alors volontiers au mythe du « développement durable », à l’idée relativement absurde et manifestement fausse selon laquelle il est possible de tout avoir : le développement ET l’écologie, de tout concilier : un système mondialisé hautement technologique ET le respect de l’environnement, une société high-tech ultracomplexe planétaire ET une véritable démocratie. Ce mythe sert à protéger le statu quo. Les énergies soi-disant renouvelables sont une opération marketing. Elles reposent sur l’extractivisme, sur des pratiques anti-écologiques et sur des infrastructures industrielles entièrement insoutenables. D’ailleurs, la focalisation de la question écologique sur la seule problématique de la production énergétique permet de dissimuler l’ampleur de ce qui pose réellement problème : toutes les productions industrielles sont polluantes, toutes sont toxiques, toutes sont insoutenables (de l’industrie chimique, à l’industrie textile, en passant par les industries agricole, automobile, électro-informatique, du jouet, de l’armement, cosmétique, etc.). Les hautes technologies reposent toutes sur des processus similaires et anti-écologiques ; leur gestion requiert une spécialisation poussée, une division du travail, et donc une organisation sociale très hiérarchisée (anti-démocratique).

Ceux qui choisissent de croire en ce qu’il est possible de tout avoir basent leur espérance sur une forme de foi (et manifestement pas sur le monde réel, sans quoi ils se seraient aperçus du fait que ce qu’ils fantasment est fonctionnellement et intrinsèquement irréalisable). Une foi religieuse en la toute-puissance de la science et du développement technologique, en la toute-puissance de l’être humain, finalement, ce qui illustre bien l’hubris de la civilisation.

Quoi qu’il en soit, si l’on met de côté le caractère profondément anti-écologique des hautes technologies, ce qui échappe encore largement à ceux qui croient au mythe du « développement durable » comme à tous ceux qui croient en l’idéologie du « progrès », c’est que l’essence même d’une société de masse (qui plus est d’une société de masse hautement technologique), est liberticide. Ainsi que Traven le souligne dans le passage cité plus haut, plus le fonctionnement d’une société est rigidifié par des lois, des décrets, des règlements, des arrêtés, etc., plus la liberté est érodée. Plus une société regroupe d’individus, plus son potentiel démocratique diminue (ainsi que Rousseau le comprenait, la démocratie sied à un village ou à une commune, certainement pas à une société de la taille de nos états modernes). Et plus le système technologique de cette société se complexifie, moins l’individu le contrôle : plus il perd en autonomie, plus il en devient dépendant, plus son existence en devient captive (pour approfondir et mieux saisir ce phénomène, lire Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Lewis Mumford, ou Ivan Illich). Sans parler du fait que les matières premières nécessaires au développement hautement technologique, ou à la subsistance de ceux qui vivent de manière non-autonome, doivent bien venir de quelque part, ce qui implique l’impérialisme prédateur qui caractérise la civilisation depuis des millénaires.

Si la corruption, la pollution, la destruction, les inégalités, les injustices, et tous les maux qui nous accablent, ne parviennent pas à être endigués, c’est parce notre mode de vie, notre société — la civilisation industrielle — ne peuvent être réformés. C’est parce qu’il n’y a pas de solution qui permette de conserver les conforts technologiques modernes, les commodités (relatives) apportés par le « progrès » et le « développement », ET de ne pas détruire la planète. C’est parce qu’il est impossible de concilier l’idéologie du progrès et du développement avec l’écologie et la démocratie.

Aussi difficile à comprendre que ce soit aux yeux de ceux qui sont nés dans ce bourbier de culture progressiste et développementiste qu’est la civilisation, qui sont profondément imprégnés de sa mythologie toxique et de ses valeurs malsaines (chez qui on provoquerait une migraine à tenter de leur expliquer que la télévision, l’ordinateur, la voiture, internet, l’électrification et la civilisation sont manifestement autant de fourvoiements), la seule manière de mettre fin à l’écocide et au suicide en cours, et la seule manière de faire en sorte que les générations futures de non-humains et d’humains connaissent un futur relativement supportable (ou simplement pour qu’elles aient un futur), qui ne soit pas rendu absolument infernal et insupportable (par un détraquement et une destruction trop poussés des écosystèmes, par un dérèglement climatique aux conséquences trop dévastatrices, par une pollution des sols, de l’air et des eaux qui les rendent invivables), consiste à précipiter l’inéluctable effondrement de cette société mortifère.(source)

 

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La Chine créé l’ordinateur quantique le plus puissant au monde

La Chine créé l’ordinateur quantique le plus puissant au monde

Une équipe de scientifiques chinois affirme avoir mis au point un ordinateur quantique unique au monde, qui est 24 000 fois plus rapide que ses équivalents internationaux. Il s’agit pour ainsi dire de l’ordinateur quantique le plus puissant jamais créé à ce jour.

La course au développement des ordinateurs à haute performance se poursuit. Non content d’être le pays détenant le superordinateur le plus puissant au monde, le TaihuLight, la Chine vient de franchir un nouveau pas en développant l’ordinateur quantique le plus rapide jamais créé.

Chine : un ordinateur quantique qui dépasse largement la concurrence

Il a été construit par des chercheurs de l’Université des sciences et de la technologie de Chine. Cela fait des années que plusieurs acteurs de l’univers de la technologie ont fait le pari de porter les avancées dans ce domaine, avec la promesse de créer des machines d’une vitesse de calcul incroyablement plus rapide que celle des superordinateurs classiques. IBM et D-Ware en sont deux des principaux pionniers.

Les ordinateurs quantiques sont donc potentiellement beaucoup plus rapides que les ordinateurs conventionnels les plus puissants. Ils sont particuliers en ce sens qu’ils effectuent des calculs en se basant sur les bits quantiques (qubits). C’est une approche différente comparativement aux ordinateurs classiques qui, au niveau le plus basique, traitent les données en bits, représentés par les chiffres 0 et 1.

Les qubits peuvent compter sur la possibilité de superposition et d’intrication propre à la physique quantique. Cela leur permet de prendre une multitude d’états différents de manière simultanée et donc de procéder à des calculs parallèles ultra-rapides.

Selon une analogie permettant de mieux comprendre le principe, l’informatique quantique, c’est comme être capable de lire tous les livres dans une bibliothèque de manière simultanée. L’informatique classique quant à lui ne permettrait que de lire ces livres l’un après l’autre.

Une percée réalisée par la Chine

Même si les ordinateurs quantiques promettent par leur potentiel des avancées considérables en manière de vitesse de traitement des données, la construction de machines quantiques capables de surpasser les ordinateurs classiques dans certaines tâches spécifiques reste un défi. La raison est toute simple : des contraintes technologiques limitent pour l’heure le nombre de qubits manipulables avec haute précision.

La Chine vient toutefois d’introduire l’informatique quantique basée sur l’utilisation de photons multiples. Cinq pour être plus précis. Leur architecture de calcul quantique est donc plus avancée que celles antérieures ne se basant que sur un seul photon. Résultat : les chercheurs affirment être parvenus à développer un circuit quantique supraconducteur contenant 10 qubits, avec une vitesse de calcul jusqu’à 24 000 fois plus rapide que les prototypes de calculateurs quantiques existants déjà. Nous sommes tout de même encore loin de la suprématie quantique.

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Publié par le 11 mai 2017 dans général, Sciences

 

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Des nanoparticules d’or pour soigner le cancer ?

Coupe d'une tumeur observée avec un microscope optique. Les deux formes blanches au pourtour marron sont des vaisseaux sanguins. À l'intérieur, des nanoparticules d’or s'accumulent contre leur paroi. 

 
Coupe d’une tumeur observée avec un microscope optique. Les deux formes blanches au pourtour marron sont des vaisseaux sanguins. À l’intérieur, des nanoparticules d’or s’accumulent contre leur paroi.      © ESPCI/ Mariana Varna-Pannerec

Injectées chez des patients touchés par un cancer, puis éclairées au laser, de minuscules particules d’or permettent de tuer les cellules cancéreuses.

 
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Publié par le 11 mai 2017 dans général, Santé - nutrition, Sciences

 

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Emmanuel Clinton et la révolte des élites

Emmanuel Clinton et la révolte des élites

Donc, en fin de compte, l’Occident a été sauvé par l’élection de Emmanuel Macron à la présidence de la France : soulagement à Bruxelles, une eurozone pleine d’entrain, et des reprises boursières sur les marchés d’Asie.

Cela a toujours été une évidence. Après tout, Macron était approuvé par l’UE, déesse des marchés, et par Barack Obama. Et il était totalement soutenu par la classe dirigeante française.

C’était un référendum sur l’UE – et l’UE, dans sa configuration actuelle, a gagné.

La cyber-guerre devait être de la partie. Personne ne sait d’où viennent les « Macron Leaks » – une fuite massive en ligne de mails de la campagne Macron. Wikileaks a certifié que les documents qu’il avait eu le temps d’évaluer étaient authentiques.

Cela n’a pas empêché la galaxie Macron d’accuser immédiatement la Russie. Le Monde, un ex-grand journal aujourd’hui détenu par trois soutiens influents de Macron, a loyalement fait écho à ces dénonciations de RT et de Sputnik, d’attaques technologiques et, en général, d’interférences russes dans les élections.

La russophobie macronite de la médiasphère française inclut également Libération, à l’origine le journal de Jean-Paul Sartre. Édouard de Rothschild, le dirigeant précédent de la banque Rothschild & Cie, a acheté 37% des parts du journal en 2005, ce qui lui en a donné le contrôle. Trois ans plus tard, un Emmanuel Macron inconnu entamait sa montée dans le département des fusions et acquisitions, et gagnait rapidement la réputation d’un « Mozart de la finance ».

.Après un bref passage au ministère des finances, un mouvement, En Marche! A été monté pour lui par un réseau de personnages influents et de think tanks. Aujourd’hui, c’est la présidence. Bienvenue dans les portes tournantes de style Moet & Chandon.

Rendez-vous aux barricades, baby

Dans sa dernière confrontation avec Marine Le Pen, Macron ne s’est pas privé d’étaler de la condescendance/grossièreté et a même engrangé quelques points de pourcentage supplémentaires en martelant que « Marine » était une nationaliste mal informée, corrompue, haineuse, menteuse qui « se nourrit des souffrances de la France » et précipiterait une « guerre civile ».

Cela peut se retourner contre lui. Macron est destiné à être un opérateur de la dévaluation de la France ; un champion de la « rigueur » salariale, dont le contrepoint sera un boom du sous-emploi ; et un champion de l’augmentation de la précarité comme stratégie de relance de la compétitivité.

Les grandes entreprises applaudissent son idée de réduction de leurs impôts de 33% à 25% (la moyenne européenne). Mais dans l’ensemble, ce que Macron a vendu a été une recette pour un scénario de type « rendez-vous aux barricades » : des coupes sombres dans les dépenses de santé, les allocations chômage et les budgets des régions ; au moins 120 000 licenciements dans le secteur public, et l’abrogation de certains droits des travailleurs. Il veut continuer à « réformer » le code du travail français – des réformes auxquelles 67% des Français sont opposés – par ordonnances.

Sur l’Europe, « Marine » a dit quelque chose de vrai, « La France sera dirigée par une femme, moi ou madame Merkel ».

De sorte que Macron est susceptible d’être le nouveau Tony Blair ou, dans une veine plus désastreuse, le nouveau [ex-premier ministre italien Matteo] Renzi.

La vraie partie commence aujourd’hui. Seuls quatre électeurs sur dix l’ont soutenu. L’abstention a atteint 25% – presque un tiers en comptant les votes nuls. Il sera virtuellement impossible à Macron d’obtenir une majorité parlementaire dans les élections législatives à venir.

La France est aujourd’hui divisée en cinq blocs antagonistes – avec très peu de choses en commun : Le mouvement En Marche ! de Macron, le Front National de Marine Le Pen, qui sera recomposé et développé ; la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui est destinée à mener une nouvelle gauche ; les lambeaux des Républicains, autrement dit la droite traditionnelle française, qui a un besoin urgent d’un nouveau leader après la débâcle Fillon ; et le PS post-Hollande virtuellement détruit.

Un choc de nouveauté orwellien

Contrairement aux perceptions mondiales, la plus grande question de cette élection n’était pas l’immigration, mais le profond ressentiment contre l’État profond français (police, justice, administration) – qui est perçu comme oppressif, corrompu et même violent.

Avant même le vote, le toujours pertinent et délicieusement provocateur Michel Onfray, auteur de Décadence, le meilleur livre de l’année, et fondateur de l’université populaire de Caen, a identifié quelques-uns des soutiens les plus importants du mouvement de Macron : le philosophe « belliqueux » Bernard-Henri Levy ; Pierre Bergé, du Monde ; Jacques Attali – qui a transformé les socialistes en néolibéraux endurcis presque à lui tout seul ; l’éminence grise Alain Minc ; l’ex-dirigeant de MSF Bernard Kouchner ; et l’ex-soixante-huitard Daniel Cohn-Bendit – « en d’autres termes, les promoteurs sauvages des politiques libérales qui ont permis à Marine Le Pen d’enregistrer son plus haut score à ce jour ».

Tous les précités sont des serviteurs fidèles de l’État profond français. J’ai exposé sur Asia Times la façon dont l’hologramme Macron avait été fabriqué. Mais pour comprendre comment l’État profond a réussi à le vendre, il est essentiel de se référer au philosophe Jean-Claude Michéa, un disciple de George Orwell et de Christopher Lasch, et l’auteur du récemment publié Notre Ennemi, Le Capital.

Michéa analyse en détail la façon dont la gauche a adopté toutes les valeurs de ce que Karl Popper appelait « une société ouverte ». Et la façon dont les propagandistes ont dévié le sens du mot populisme pour en stigmatiser la forme contemporaine comme l’incarnation du Mal Absolu. Marine Le Pen a été ostracisée comme « populiste » – alors que la propagande des médias a toujours refusé de noter que les électeurs du Front National (aujourd’hui 11 millions) viennent des « classes populaires ».

Michéa souligne le sens original, historique, du mot « populisme » dans la Russie tsariste ; un courant du mouvement socialiste – très admiré par Marx et Engels – dans lequel les paysans, les artisans et les petits entrepreneurs devaient avoir une place d’honneur au sein d’une économie socialiste développée. Pendant mai 68 en France, personne n’aurait imaginé que le populisme viendrait à être assimilé au fascisme. Cela a commencé à se produire au début des années 80 – dans le cadre de la manipulation orwelienne du langage par les néolibéraux.

Michéa note aussi qu’aujourd’hui, il est beaucoup plus facile d’être un néolibéral de gauche que de droite ; en France, ces néolibéraux de gauche appartiennent au circuit très fermé des « Young Leaders » adoptés par la French American Foundation. Les grandes entreprises françaises et la haute finance – essentiellement, la classe dirigeante française – ont tout de suite compris qu’un vieux catholique de droite comme François Fillon ne ferait jamais l’affaire ; ils avaient besoin d’apposer une nouvelle marque sur le même produit.

D’où Macron : un nouvel emballage vendu comme un changement auquel la France peut croire, et qui reviendra en fait à une approche en douceur des « réformes » nécessaires à la survie du projet néolibéral.

Ce que les Français ont élu – d’une certaine façon – est l’unité de l’économie néolibérale et du libéralisme culturel. Appelons cela, comme Michéa, « du libéralisme intégré ». Ou, avec toutes ses harmoniques orwelliennes, « du capitalisme post-démocratique ». Une véritable révolte des élites. [1] Et les « paysans » ont avalé cela de bon coeur. Qu’ils mangent de la brioche hors de prix. Encore cette fois, la France mène l’Occident.

Pepe Escobar
Source : Asia Times

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

[1] NdT : La révolte des élites et la trahison de la démocratie est le titre d’un livre de Christopher Lasch préfacé par Jean-Claude Michéa.

via: http://www.entelekheia.fr/emmanuel-clinton-revolte-elites/

 

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L’empire américain en marche

L’empire américain en marche

On se souvient du jugement de Paul Valéry: « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles« .

Désormais, nous savons également comment nous mourrons, enveloppés dans le linceul de la démocratie, dans lequel c’est toujours trop tard qu’il devient électoralement payant de faire connaître la vérité aux peuples. Nous sommes informés, en troisième lieu de ce que personne n’osera raconter aux Français l’histoire réelle de la France et leur dire la vérité sur l’expansion implacable et l’incrustation définitive de l’empire militaire américain en Europe.

1 – Et voilà ce qui arrive
2 – L’empire militaire en action
3 – L’Europe, en marche au profit de l’empire américain
4 – Peut-on réveiller la vocation scientifique de l’islam ?
5 – Crainte et tremblement

 

1 – Et voilà ce qui arrive

Et voilà ce qui arrive quand tout le monde joue subitement au patriote, et voilà ce qui arrive quand tout le monde croit tout à coup porter un regard de patriote sur les peuples et sur les nations, et voilà ce qui arrive quand chacun s’attache, avec des mines savantes, à mettre en parallèle les ricanements des hommes et des singes alors que, dans le même temps, tout le monde s’ingénie à escamoter le vrai spectacle, celui du reflux du Nouveau Monde sur l’Ancien et à rendre aussi invincible qu’inexorable la progression militaire, financière et politique de l’empire américain au sein de l’Europe. Son imprégnation de tous les rouages du continent de Copernic a pour but de rendre sans retour possible la domination du Vieux Monde sous le sceptre du Nouveau.

Comment se fait-il que M. Obama, qui n’est plus président des Etats-Unis, que je sache, ait félicité M. Macron de sa victoire future, sinon parce qu’il sait fort bien que le nouveau Président de la République française sera à la fois l’agent, l’exécutant et le garant de l’asservissement de la France et de l’Europe aux vues du Pentagone.

L’heure est venue de jeter l’ancre au grand large et d’observer la politique et l’histoire de la planète du point de vue d’une anthropologie enfin digne de se qualifier de scientifique et de philosophique. Dans cet esprit, demandons-nous à nouveaux frais si, oui ou non, les troupes américaines retourneront chez elles ou si elles se loveront et s’incrusteront à jamais en Europe.

2 – L’empire militaire en action

Par bonheur, voici que se trouve déchiré le voile qui interdisait à la classe politique du Vieux Monde d’observer le vrai spectacle, celui de l’expansion implacable du premier empire militaire à l’échelle du globe terrestre. Désormais, l’intelligentsia mondiale est à même d’assister, les yeux grands ouverts, à la conquête de la planète par les Etats-Unis d’Amérique.

Pour les vrais stratèges d’une dictature pseudo démocratique armée jusqu’aux dents, un seul objectif s’imposait: celui d’empêcher que se renouvelle l’extraordinaire exploit du Général de Gaulle, qui d’un trait de plume, avait ordonné aux troupes américaines d’évacuer le territoire français.

Voici comment le Pentagone et la Maison Blanche ont contourné cette insolence et sont parvenus à leurs fins. Il s’agissait d’interdire que se reproduise jamais une catastrophe de cette envergure. Le moyen radical conçu par les autorités américaines était de ficeler étroitement par des traités bilatéraux, et un par un, les Etats européens à leur maître et protecteur d’outre-Atlantique.

La faculté des bases militaires américaines de s’incruster en Europe se trouvait précisée sous le couvert de l’aménagement progressif d’une souveraineté sans contenu, mais solennellement affichée au préalable. Cette opération a trouvé son couronnement avec la signature officielle du traité de Lisbonne par lequel une Europe dûment vassalisée proclamait enfin elle-même que l’occupation de son territoire serait éternelle. Elle hisserait le drapeau de sa servitude au nom même de la Liberté démocratique.

Le droit romain nous fournit sous la plume de Cicéron dans le De Officiis un exemple saisissant de ce procédé: pouvait-on, se demandait-il, poursuivre pour fraude sur la marchandise un vendeur d’une maison en ruine qui avait planté un écriteau devant un tas de décombres, et ainsi rédigé: « Superbe villa à vendre« . Le jurisconsulte romain avait répondu par la négative. Chacun était responsable, disait-il, de sa stupidité. De même, les Européens qui se proclament souverains et se comportent en vassaux dans un même mouvement, sont pleinement responsables de leur crétinisme.

Depuis la conquête du monde hellénique par l’empire romain sous le masque d’un triomphe de la Liberté, on n’avait jamais vu se reproduire le spectacle d’une servitude arborant l’emblème de la délivrance. Mais, cette fois-ci, comme disait Paul Valéry, l’âge du monde fini avait commencé.

3 – L’Europe, en marche au profit de l’empire américain

C’est que le triomphe d’un empire embrasse notre astéroïde tout entier. Quand, le 30 avril, Mme Mogherini, pseudo ministre des affaires étrangères de l’Européenne et aussitôt devenue une marionnette du Département d’Etat, proclame qu’il n’y aura pas de détente mondiale aussi longtemps que la Russie ne quittera pas la Crimée, tout le monde voit qu’elle joue le rôle que le Pentagone lui a assigné: elle n’est que le prête-nom de ses commanditaires d’outre-Atlantique.

Pendant ce temps, neuf porte-avions américains à propulsion nucléaire, donc au rayon d’action illimité, font flotter jour et nuit le pavillon d’une démocratie militaire mondiale sur tous les océans. Mais l’armada des croiseurs lance missiles et des frégates qui accompagnent les porte-avions américains devient de plus en plus coûteuse et difficile à ravitailler sans relâche en carburant.

Cette promotion de l’emblème de l’occupation des océans souligne le rôle immense que joue le symbolique au cœur de la géopolitique contemporaine. C’est pourquoi un regard d’anthropologue sur l’histoire et la politique du genre humain se révèle de plus en plus l’avenir de la réflexion scientifique et philosophique sur la politique et sur l’histoire d’un animal livré de naissance et de la tête aux pieds, à des mondes imaginaires.

4 – Peut-on réveiller la vocation scientifique de l’Islam ?

Certes, le monde fini a commencé, mais un nouvel abîme s’ouvre sous les pas de l’animal condamné à se projeter dans des mondes fantastiques. Il faut donc rouvrir la science historique et notamment l’étude de l’Islam à sa vocation originelle, qui était celle de proclamer la sainteté de l’encre des savants et d’en rendre le prestige et la gloire égaux à ceux du sang des martyrs. Naturellement, Mahomet n’avait pas compris la portée de son culte du savoir rationnel. Mais il est infiniment précieux que cette notion soit l’un des piliers de l’Islam et qu’elle soit authentifiée par l’ange Gabriel en personne.

Si l’Europe laïque ne redonnait pas sa vocation scientifique à l’Islam originel on ne voit pas sur quel pilier la science et la philosophie d’aujourd’hui et de demain prendraient appui. Elle sera immense, la tâche de la pensée et des sciences de demain de donner un élan nouveau à l’animal désormais privé de ceux de ses dieux, qui se nichaient dans l’univers. On leur attribuait la tâche de prendre sur leurs épaules le fardeau d’une bête désormais informée de son isolement et de la solitude de sa poussière.

5 – Crainte et tremblement

Mais, dans le même temps, quelle source de l’intelligence et du savoir que la description de la vassalité de l’Europe si nous savons maintenant que celle-ci reproduit fidèlement le modèle de la vassalité religieuse et que la dictature américaine est construite sur le schéma de la foi: le maître américain de l’Europe assujettie est censé à la fois omnipotent et omniscient. Se soumettre à son commandement militaire et doctrinal confondus, n’est autre que l’expression d’une évidence soigneusement cachée, à savoir que un pour cent de la population mondiale possède quatre-vingt dix-neuf pour cent des richesses de la planète et que l’omnipotence des monnaies et des banques est la vraie souveraine d’une humanité de polichinelles asservis à l’univers de la finance.

Voir : Catherine Lieutenant : Adresse aux éternels Bouvard et Pécuchet à l’occasion d’une farce électorale en cours.

Le professeur Macron n’a pas expliqué aux Français qu’ils sont dépossédés de leurs avoirs au profit des banques, qui en deviennent les propriétaires et qui ne laissent aux mains des déposants qu’un pouvoir chancelant de retrouver leur mise.

Voir : Aline de Diéguez: Ainsi parla le Professeur Macron

A ce titre, ni les dieux anciens, ni les trois divinités auto-proclamées uniques ne font réellement appel à l’amour de leur créature: il s’agit de trois monstres dont le premier commandement est de rappeler à leurs fidèles que la sagesse de la piété consiste à trembler devant eux. Crainte et Tremblement, tel est le titre d’un célèbre ouvrage du philosophe danois Sören Kierkegaard. Jung disait que si Dieu était un homme, il serait un monstre, mais puisqu’il s’agit de Dieu, n’est-ce pas…

De toutes façons, que les trois dieux uniques aient fabriqué leurs fidèles sur le modèle qu’ils sont à eux-mêmes ou qu’à l’inverse, ce soit l’homme qui ait créé ces trois dieux uniques à sa propre image, le résultat est le même. Voilà ce que l’élection d’Emmanuel Macron aura déclenché au plus secret de la connaissance anthropologique du simianthrope.

Pour conclure une réflexion sur la liberté de l’homme et sur la souveraineté des nations, une question à Emmanuel Macron s’impose: Que ferez-vous concrètement pour assurer le réembarquement de l’empire américain et son retour à ses ports d’attache d’outre Atlantique? .

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La fin de la démocratie

La fin de la démocratie

Rappel utile: La pyramide fait référence à l’Egypte des pharaons. Il n’en demeure pas moins qu’elle leur servait de monument funéraire…

L’élection d’Emmanuel Macron est historique.

L’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée marque une délimitation claire du passage de la France de l’ancien modèle organisationnel démocratique à un nouveau résolument « corporatocratique ».

E Macron a été porté au pouvoir par une élite qui le voulait clairement là où il se trouve aujourd’hui.

L’ensemble de la planète des médias a pu voir l’ampleur des moyens qui ont été mis à sa disposition pour l’amener au succès.

L’oligarchie financière a déployé au vu et au su de tous les outils médiatiques nécessaires et suffisants pour marquer l’inconscient collectif des spectateurs et partant forger une opinion publique acceptante.

Le mot acceptante est plus adéquat que favorable puisque nous savons bien que M Macron a été élu par une succession de concours de circonstances. Une grande partie des électeurs ont été mis au pied du mur. Marine Le Pen elle-même les y a aidés tant sa prestation télévisuelle de l’entre deux tours a été mauvaise.

Par cette élection, une page démocratique se tourne. Cet épisode électoral ne consistait plus à élire un candidat pour son expérience, ses compétences ou sa popularité.

Nous savions que M Macron n’avait jamais été élu. Et là, nous découvrons, selon les dernières informations disponibles (cf Vidéo de Trouble fait excessivement bien documenté), qu’il n’est pas vraiment le brillant intellectuel ou économiste que l’on nous a fait croire.

M Macron est un pur produit fabriqué par une oligarchie qui s’est mise au-dessus des peuples. Il a à un moment donné été coopté par une élite qui a projeté en lui ses espoirs… et ses moyens financiers et médiatiques.

Le 7 mai 2017 a été l’aboutissement d’un processus de fabrication d’un président. Dont acte!

Cette élection est donc une étape déterminante dans l’officialisation de la prise de pouvoir politique par l’oligarchie des marchés.  D’ailleurs, reconnaissons à M Macron la franchise de ses intentions. Il ne s’est pas prêté aux discours électoralistes des partis politiques habituels qui ont été trop souvent un chapelet de promesses jamais tenues, mais qui faisaient plaisir à un électorat qui faisait mine de croire.

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M Macron a un comportement marqué par un sentiment de supériorité. Il n’a pas hésité à se démarquer du peuple et des moins nantis.

M Macron est un pur produit du marché financier qui l’a testé avant de lui accorder sa confiance.

Les exemples de sa loyauté envers le monde financier européen et atlantiste a été vérifié à de multiples reprises durant son passage au ministère de l’économie. La France lui doit de multiples ventes dans des conditions extraordinaires (Alstom, aéroports de Toulouse, Lyon, Nice, Le Monde,..), mais aussi un flop remarquable avec les « Bus Macron ». M Macron est la personne qui n’a pas peur d’afficher la privatisation des biens publics pour le plus grand bonheur de la haute finance internationale.

M Macron a réussi un autre test de haut vol, connu sous l’appellation de « loi Macron ». Elle fut présentée sous le titre flatteur et prometteur de « Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ». M Macron va la faire passer grâce à « L’article 49 alinéa 3, dit d’« engagement de responsabilité », qui permet au gouvernement de faire passer le texte qu’il présente, sans vote, sous couvert du rejet de la motion de censure que l’opposition se doit de déposer pour la forme, avec peu d’espoir de réussite ». (Wikipédia)

Et voici un aperçu de cette loi Macron qui n’est rien d’autre que le TISA relooké!

« La loi se donne, selon Emmanuel Macron, pour finalité de « déverrouiller l’économie française » ; elle doit régler les « trois maladies » de la France : « défiance », « complexité » et « corporatisme » en prenant un ensemble de mesures modifiant un certain nombre de réglementations en vigueur afin de restreindre le droit au repos du dimanche et faciliter le travail de nuit, de réduire le caractère fixe des tarifs des professions réglementées et d’augmenter le nombre de professionnels, de supprimer le monopole du service public de la SNCF accordant la préférence au rail pour le transport terrestre régulier à longue distance, d’accélérer l’acquisition du permis de conduire, de plafonner les indemnités de licenciement et les dommages et intérêts en cas de licenciement abusif, de permettre la vente par l’État de dix milliards de participation dans des entreprises publiques privatisées afin d’augmenter les intérêts de la dette payés, la possibilité de transférer la propriété de l’armement militaire, des avions de chasse et des navires de guerre à des sociétés commerciales privées qui les loueront à l’armée française et à la Marine nationale, l’augmentation systématique de 30 % des limites de constructibilité en zones urbaines, ainsi que diverses autres mesures qui ont été abandonnées : l’ouverture du capital des pharmacies aux investisseurs non pharmaciens, l’ouverture de la profession d’avocat aux juristes d’entreprise, etc. » (Source Wikipédia)

Lecture fortement recommandée: https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_pour_la_croissance,_l%27activit%C3%A9_et_l%27%C3%A9galit%C3%A9_des_chances_%C3%A9conomiques

Bref, M Macron a osé finir le travail commencé par ses prédécesseurs. Le marché est content! maintenant, regardez l’évolution du Cac 40 (environ 5’400 ce jour), soit un niveau qui avoisine celui de janvier 2008! Il faut reconnaître que nous pouvons les comprendre dans la mesure où il a toutes les chances de venir faire de superbes affaires dans la probable intensification de la liquidation des biens publics.

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L’expérience a  appris à M Macron qu’un certain nombre de députés d’une génération plus vieillotte que la sienne et moins favorable au marché risquerait de tenter de bloquer son programme probable. Eh bien, il a averti clairement, publiquement et à de nombreuses reprises qu’il gouvernerait par ordonnances. Pour ceux qui ne le savent pas, une ordonnance est, en droit français, une mesure que prend le gouvernement suite à la délégation par le parlement de l’une de ses compétences. Il faut bien ça pour mettre en place un programme qui plaît à une ultra-minorité!

Source schéma: ATTAC France

Source schéma: ATTAC France

L’ordonnance, attribut essentiel d’un régime royaliste, est le nom donné aux lois (Ordonnance royale).

Tout ceci nous amène à une question essentielle. A quel système de gouvernance la France doit-elle s’attendre? Et là, la mise en scène qui amène le nouvel élu à pied au pied d’une pyramide ne manque pas d’interpeller. La pyramide est LE symbole royal par excellence!

Un autre clin d’oeil des circonstances, M Macron a été élu avec 66,1% de voix avec 66,01% d’électeurs qui se sont exprimés! Les mathématiciens devraient nous calculer la probabilité d’obtenir ce genre d’occurrence! Quand on connaît les mésaventures statistiques du déroulement de ces élections, on ne peut être que soufflés par ces résultats….

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Et voilà un autre clin d’oeil de la « Providence » que M Macron affectionne. Le nombre 66 s’écrit en romain LXVI, abréviation de Louis XVI qui résidait  aux Tuileries. A quelques pas donc de la pyramide du Louvre….

Bref, une gouvernance d’un nouveau genre s’est imposée par un redoutable et puissant marketing, qui a fabriqué un président-monarque sur fond de symboles ésotériques. Une sorte de corporatocratie inspirée par la royauté pharaonique se dévoile tous les jours un peu plus. Les tabous tombent emportant ce qu’il restait de gênes.

Il a d’ores et déjà donné un grand coup de pied dans la fourmilière que sont les partis politiques classiques. Un par un les apparatchiks essaient de retrouver un second souffle en prêtant allégeance au nouvel élu prouvant à quel point leurs convictions habituellement affichées n’étaient que de la comm.

Quant au Premier ministre à venir, nous pourrions bien imaginer dans ce rôle Mme El Khomri  puisqu’elle a bien des compétences en matière de 49.3…

Liliane Held-Khawam

 
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Publié par le 11 mai 2017 dans général, Politique, société

 

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Le nouvel ordre mondial de Poutine

Le nouvel ordre mondial de Poutine

Vladimir Poutine est-il le leader russe le plus populaire de tous les temps ?

Ça en a tout l’air. D’après une récente enquête menée par le centre de recherche de l’opinion publique de la Russie, la côte de popularité de Poutine a fortement augmenté jusqu’à atteindre 86%, soit le double de celle d’Obama à la fin de son mandat en 2016. Ce qui est le plus surprenant est que la popularité de Poutine a résisté à une importante crise économique et ceci après près de deux décennies de présidence. Contrairement à la plupart des politiciens dont la durée du mandat est entre 4 à 8 ans, l’admiration du peuple pour Poutine n’a cessé d’augmenter au fil des années.

Et ce phénomène ne se limite pas seulement en Russie. D’après une récente enquête menée par Yougov, Poutine est classé troisième homme le plus admiré en Egypte, le quatrième en Chine, en Arabie Saoudite, au Maroc et également classé sixième homme le plus populaire en Allemagne, en France et en Suède. Ne parlons même pas de la Syrie où donner le nom du président russe à ses enfants est très réputé.

Poutine a aussi été nommé personnalité de l’année 2007 par le magazine Time, et resté parmi les dix premiers durant une décennie. Le seul pays où Poutine reste impopulaire sont les Etats Unis où il est inlassablement diabolisé dans les médias et  surnommé voyou du KGB ou Nouvel Hitler. Selon une Etude de Gallup seulement 22% de la population a une opinion favorable de Poutine alors que 72% exprime un avis défavorable le concernant.

Sans aucun doute, les attaques personnelles menées dans les médias ont considérablement affecté sa personnalité. La question que toute personne ouverte d’esprit doit se poser est de savoir si son point de vue dépend de sa propre recherche ou si celui-ci a été influencé par un média qui dénigre les personnes opposées aux ambitions géopolitique de Washington. Le conseil que je pourrai donner à ces gens est de lire les discours de Poutine et d’en tirer leurs propres conclusions.

Les médias occidentaux affirment que Poutine est responsable d’un grand nombre de crimes notamment le meurtre de journalistes et de rivaux politiques bien connus. Mais est-ce vrai ? L’homme tellement vénéré par une bonne partie de la population russe, est-il vraiment un tueur de la mafia qui détruirait ses ennemis sans sourciller ?

Il m’est impossible de répondre à cette question, par contre en ayant suivi la carrière de Poutine et lu la plupart de ses discours  depuis qu’il a remplacé Boris Yeltsin en Décembre 1999, je pourrai affirmer que ceci est très peu probable. L’explication possible est que la politique étrangère de la Russie a créé des obstacles insurmontables à Washington dans des endroits comme l’Ukraine, la Syrie et de ce fait Washington a dirigé son ministère de la propagande (AKA MEDIA)  pour salir la réputation de Poutine et de le considérer comme un méchant tyran et voyou. En tout cas, c’est le comportement adopté par les médias dans le passé.

La classe politique américaine a beaucoup aimé Yeltsin, ce qui est normal puisque Yelstin était comme une marionnette qui a affaibli l’Etat et a cédé à toutes les exigences des sociétés occidentales. Ce qui n’est donc pas le cas pour Poutine, qui lui a pris de bonnes initiatives pour le pays, en nationalisant une bonne partie de l’industrie pétrolière, en affirmant son autorité face aux oligarques et en rétablissant le pouvoir du gouvernement central.

Le plus important est que Poutine a inlassablement condamné la guerre unilatérale de Washington à travers le monde, en fait le président russe est devenu le chef de facto d’un mouvement de résistance en croissance dont l’objectif principal est d’arrêter les guerres de changement de régime déstabilisatrices de Washington et de reconstruire une sécurité mondiale sur le principe fondamental de la souveraineté nationale. Voici comment Poutine l’a résumé à Valdaï :

 » Nous savons exactement que la souveraineté est la principale notion de l’ensemble du système des relations internationales. Le respect et sa consolidation aideront à souscrire la paix et la stabilité à la fois aux niveaux national et international. Tout d’abord, il doit y avoir une sécurité égale et indivisible pour tous les États ». (Meeting du club discussion international de Valdaï) L’avenir en cours: façonner le monde de demain, du bureau du président de la Russie).

Il s’agit d’un thème familier avec Poutine et cela remonte à son célèbre manifeste de Munich en 2007, un discours que tout le monde avec le moindre intérêt pour les affaires étrangères devrait lire en entier. Voici un extrait:

« Nous notons un plus grand mépris pour le principe fondamental du droit international. Et les normes juridiques  indépendantes sont à vrai dire de plus en plus rapprochées à un système juridique de l’Etat. Un Etat, principalement les Etats-Unis a outrepassé ses frontières nationales  sur tous les plans. C’est ce qui ressort dans le domaine économique, politique, culturel et éducatif qu’il impose aux autres pays. Eh bien qui aime ça? Qui en estt satisfait ?….. »

« Je suis convaincu que nous avons atteint ce moment décisif lorsque nous devons nous concentrer sérieusement sur la sécurité mondiale. Nous devons procéder en cherchant un équilibre raisonnable entre les intérêts de tous les participants dans le dialogue international. (les guerres ne cessent pas : l’emblématique discours de Poutine à Munich en 2007, you tube) ».

Le discours de Munich a été lancé quatre ans après que Washington ait lancé une invasion sanglante d’Irak, invasion contre laquelle Poutine s’opposait profondément. Le discours prouve une maturité de la part de Poutine qui contrairement aux autres leaders mondiaux ne tire pas de conclusions précipitées. En fait, il prend son temps et analyse minutieusement une situation et ensuite, il agit en conséquence. Une fois sa décision prise, il ne revient pas dessus. Et donc il n’est pas instable.

L’opposition de Poutine à la règle unipolaire mondiale, c’est-à-dire que Washington dicte la politique et que tous les autres suivent, n’est pas un signe d’anti-américanisme, mais de pragmatisme. Les seize ans de massacres de la part de Washington en Asie Centrale, Afrique du Nord et au moyen Orient ont seulement intensifié les crises, alimenté l’instabilité, engendré le terrorisme et augmenté la mort et la destruction. Il n’y a pas eu de victoires dans la Guerre contre la terreur, juste la violence sans fin et de nombreuses tueries. En plus de cela (comme le dit Poutine) «Personne ne se sent en sécurité».

C’est la raison pour laquelle Poutine a fixé une limite en ce qui concerne la Syrie et l’Ukraine. Le Président russe à maintenant engagé des troupes et des avions militaires pour cesser le comportement agressif de Washington. Une fois de plus, non pas parce qu’il déteste les Américains ou qu’il cherche un conflit mais parce que le soutien de Washington aux extrémistes violents exige une réponse ferme. Il n’y a pas d’autres façon. Au même moment Moscou continue à chercher activement une solution pacifique  pour les deux crises . Ci dessous Poutine à nouveau.

« Ce n’est qu’après avoir mis fin aux conflits armés et assurer le développement pacifique de tous les pays que nous pourrons parler du progrès économique et du règlement des problèmes sociaux, humanitaires et autres problèmes …. »

Il est tout à fait normal de fournir des conditions pour le travail créatif et la croissance économique à un rythme qui mettrait fin à la division du monde en gagnants permanents et perdants permanents. La règle du jeu est d’offrir aux pays en développement au moins une chance de rattraper les pays développés. Nous devrions travailler pour égaliser le rythme du développement économique et réhabiliter les pays et les régions arriérés afin de rendre le fruit de la croissance économique et de la progression technologique accessible à tous. En particulier, cela aiderait à mettre fin à la pauvreté, l’un des pires problèmes contemporains. «

L’autre priorité est le domaine de la santé au niveau mondial. Toutes les personnes dans le monde et non pas seulement l’élite devraient avoir droit à une vie saine, longue et fructueuse. C’est un noble objectif. En résumé, nous devrions construire les bases du futur monde d’aujourd’hui en investissant dans tous les domaines prioritaires du développement humain. (meeting du club de discussion International de Valdaï).

C’est la raison pour laquelle je pense que les rumeurs concernant le meurtre des journalistes commis par Poutine n’ont pas de sens. Il m’est impossible de croire qu’une personne qui croit au soin de santé universel, au travail créatif, et à la fin de la pauvreté et qui « s’investit dans le domaine du développement humain » voudrait finalement assassiner des rivaux politiques comme un simple gang-banger. Je trouve cela extrêmement difficile à croire.

La partie la plus intéressante du discours de Poutine à Valdaï est son analyse concernant le malaise social qui a frappé les UE et les EU entraînant donc un important rejet des candidats politiques traditionnels et de leurs parties. Poutine a observé attentivement  ces développements  et a réfléchi à la question. Voici ce qu’il dit :

« Avec le programme politique déjà éviscéré, et avec les élections (américaines) cessant d’être un instrument de changement mais consistant en rien d’autre que de déterrer des scandales…Et honnêtement un regard sur le programme des différents candidats donne l’impression qu’ils ont été fabriqués à partir du même moule. Il y a probablement une légère différence….

Officiellement, les pays modernes ont tous des éléments de la démocratie : les élections, la liberté d’expression, l’accès aux renseignements. Mais même dans les démocraties les plus avancés, la majorité des citoyens n’a aucune d’influence réelle sur le processus politique et sur le pouvoir.

Il semblerait que les élites ne voient pas la stratification approfondie dans la société et l’érosion de la classe moyenne…Mais la situation crée un climat d’incertitude qui a un impact direct sur le moral de la population.

Des études sociologiques menées à travers le monde prouvent que les personnes de différents pays et des différents continents ont tendance à percevoir l’avenir comme flou et triste. C’est triste. Le futur ne les tente pas mais les effraie. Par ailleurs, les personnes ne voient aucune opportunité ou moyen de changer quoi que se soit qui influencerait les évènements et l’élaboration politique.

Quant à l’affirmation selon laquelle les populistes ont vaincu la minorité sensible, sobre et responsable. Nous ne parlons pas de populistes ou de quelque chose de ce genre mais à propos de simples citoyens qui ont perdu confiance dans la classe dirigeante. C’est le problème…

Les gens détectent un écart toujours croissant entre leurs intérêts et la vision de l’élite, une vision que l’élite choisit elle-même. Le résultat est que le référendum et les élections créent de plus en plus de surprises aux autorités. Les gens ne votent pas par rapport aux conseils des médias officiels et des parties principaux. Des mouvements publics qui récemment ont été très loin se retrouvent sur le devant de la scène et écartent les poids lourds politiques.

Au début, ces résultats incommodes ont été une anomalie ou un hasard. Mais quand ils se sont développés, les gens n’ont pas hésité à dire que la société ne peut pas comprendre ceux au sommet du pouvoir et n’a pas suffisamment mûri pour évaluer le travail des autorités pour le bien de la population. Ou ils tombent dans l’hystérie et déclarent le résultat d’une propagande étrangère, habituellement russe. »(Rencontre du Club de discussion international de Valdai).

Poutine soulève des points important, résumons les :

1 / Les élections ne sont plus un instrument du changement.

2 / L’aspect démocratique existe, mais les personnes ne pourront plus modifier la politique ou le processus.

3/ L’impuissance politique a conduit à la frustration, la dépression, et à la colère. Donc des nouveaux mouvements et candidats sont apparus qui ont recours à d’autres mesures étant donné que la population n’est plus satisfaite par le travail des anciens partis.

4 / Les élites isolées sont devenues plus obtuses et insensibles à la colère bouillonnante qui se trouve juste face à une société apparemment tranquille.

5/ De plus en plus de personnes ont peur pour l’avenir. Ils voient peu d’espoir pour eux mêmes, leurs enfants et le pays. Le fossé entre les pauvres et les riches continue à alimenter la colère populiste.

6 / L’élection de Trump indique un large rejet de la classe politique du pays, ses médias, son système économique et ses principales institutions.

C’est une excellente étude venant d’un homme qui n’a pas seulement passé beaucoup de temps à réfléchir à ces choses, mais a également déterminé l’évènement particulier à partir duquel la crise actuelle a émergé ; la dissolution de l’Union Soviétique. Voici ce qu’il dit:

 » L’année dernière les participants du forum de Valdaï ont discuté des problèmes de l’ordre mondial actuel. Malheureusement peu de choses ont changé au cours de ces derniers mois. En fait il serait plus honnête d’affirmer que rien n’a changé.

Les tensions engendrées par les changements dans la distribution de l’influence économique et politique continuent de croître. Essentiellement l’ensemble du projet de mondialisation est en crise aujourd’hui et en Europe et comme nous le savons bien, nous entendons des voix maintenant dire que le multiculturalisme a échoué.

Je pense que la situation est le résultat de choix erronés. A l’époque, à la fin des années 1980 et début des années 1990 il y avait une chance non seulement pour faire accélérer le processus de la mondialisation mais aussi pour lui donner une qualité différente et la rendre plus harmonieuse et durable.

Mais quelques pays qui se sont considérés comme des vainqueurs de la guerre froide ne se sont pas seulement vus comme tel mais l’ont dit ouvertement, ils ont simplement transformé l’ordre politique et économique mondial en fonction de leurs propres intérêts.

Dans leur euphorie, ils ont complétement abandonné l’idée d’un dialogue égal et substantiel avec d’autres acteurs de la vie internationale, ils ont choisi de ne pas améliorer ou créer des institutions universelles. Ils ont plutôt tenté d’amener le monde entier dans la diffusion de leurs propres organisations, des normes et des règles. Ils ont choisi la voie de la mondialisation et de la sécurité pour leurs bien aimés, pour certains mais pas tous. »( Meeting du club international de Valdaï).

Il a raison n’est-ce pas ? Le projet de la mondialisation est en crise, la raison pour laquelle il l’est, est que tous les avantages ont été accordés aux personnes qui ont élaboré la politique originale, 1 pour cent. Maintenant les personnes des EU et de l’UE sont en colère et maintenant ils prennent des mesures désespérées pour réaffirmer le contrôle du système. C’est ce dont le Brexit était question. C’est ce qui s’est passé concernant l’élection de Trump, et c’est ce que l’on rencontre entre Macron et Le Pen. Les trois sont des exemples de la fureur populiste qui vise les élites qui ont imposé leur propre système d’agrandissement sur tous les autres en précipitant le déclin constant du niveau de vie, l’insécurité économique massive et la perte de la souveraineté nationale.

C’est la première fois que la vague actuelle de bouleversement social remonte à la dissolution de l’Union Soviétique mais c’est parfaitement logique. Les élites de l’Occident ont considéré la révolution de l’URSS comme un feu vert pour poursuivre leur propre programme mondial et imposer leur modèle économique néolibéral sur le monde, un processus qui s’est considérablement accéléré après les événements du 11/09. Les attaques terroristes contre les tours jumelles sont devenues un évènement majeur qui a déclenché la réduction des libertés civiles, l’amélioration du pouvoir exécutif, et à un début de guerre mondiale de terreur. Sans contrainte de n’importe quel rival sérieux, Washington s’est senti libre d’imposer son système d’entreprise sur le monde, de redessiner la carte du Moyen Orient, d’occuper les pays d’Asie centrale, et renverser le régime laïque où que ce soit. Le triomphalisme du capitalisme occidental a été résumé à travers les mots jubilatoires du Président George H.W. Bush en 1990 avant le lancement de désert Storm ( à partir de maintenant (c’est nous qui décidons). La déclaration était une déclaration sans ambiguïté de la détermination de Washington de gouverner le monde et d’établir un nouvel ordre.

Aujourd’hui, 27 ans plus tard, les États-Unis ont été arrêtés dans leur élan en ce qui concerne la Syrie et l’Ukraine. De nouveaux centres de pouvoir économique sont en train d’apparaitre, de nouvelles alliances politiques se forment et l’autorité de Washington est ouvertement remise en cause. La tâche de Poutine est de bloquer l’évolution active de Washington, créer, et mettre fin aux interventions étrangères. Le président russe devrait prendre du recul afin d’éviter une éventuelle troisième guerre mondiale. Mais en fin de compte, tout est clair et réalisable. L’oncle Sam devrait être maitrisé, la guerre doit prendre fin, la sécurité mondiale doit être rétablie, et les gens doivent être libres de rentrer chez eux en paix.

source: http://www.counterpunch.org/2017/04/28/putins-new-world-order/

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Publié par le 11 mai 2017 dans général, International, Politique

 

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