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Jacques Sapir : « le souverainisme est en train de gagner la bataille »

02 Mai

Emmanuel Macron semble sur le point de remporter l’élection. La souveraineté française est-elle la grande perdante de cette campagne ? Pour Jacques Sapir, la souveraineté l’emporte culturellement.

Émancipation, enracinement, ce duel qui a traversé la modernité occidentale semble aujourd’hui explicite en France, à l’heure du second tour de la campagne présidentielle. La question de la mondialisation, de l’Union européenne, du protectionnisme s’invite dans les urnes, alors qu’Emmanuel Macron l’européiste se voit opposé à Marine Le Pen la souverainiste.

Le souverainisme, en voilà un concept lointain, où se croisent pouvoir et autonomie. Un concept difficile à circonscrire, qui nous échappe bien souvent en théorie et qui, cette fois indéniablement, nous a échappé en pratique depuis au moins deux décennies, nous autres français.
La souveraineté nationale semble aujourd’hui échapper à la France, mais peut-être pourrions-nous au moins la saisir en pensée? Et pour ce faire, nous accueillons en studio un auteur, un professeur d’économie que nos auditeurs connaissent bien. Jacques Sapir, qui vient de publier un dialogue avec le théologien Bernard Bourdin, intitulé Souveraineté, Nation, Religion (Le Cerf, 2017).

Extraits de la vidéo ci dessus :

« Il faut faire l’addition des voix qui se sont portées vers les candidats qui se sont réclamés à un degré ou un autre de la notion de souveraineté (…) il y a une réappropriation de l’histoire de la France, des symboles de la France chez Jean-Luc Mélenchon (…) si on fait le total de ces votes, on arrive à 47 % des votants. [Dans son discours à l’issue du premier tour,] Emmanuel Macron parle à deux reprises des patriotes. Cela n’a pas été un thème très présent de sa campagne. Il utilise les termes utilisés par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, ou Nicolas Dupont-Aignan. Cela me fait penser que, culturellement, le souverainisme est en train de gagner la bataille. Ca ne veut pas dire qu’il aura immédiatement des résultats d’un point de vue politique… »

La gauche et la souveraineté

« J’ai toujours considéré que ce qui définissait le fait d’être à gauche, c’était le respect de la démocratie. Pas seulement formelle, mais fondamentale: le principe de légitimité. Vous ne pouvez le fonder théoriquement qu’à partir du moment où vous faites référence à la notion de souveraineté. Je pourrais multiplier les exemples historiques. En 1789, la souveraineté populaire est quelque chose de tout à fait essentiel. Les premières guerres qu’a menées la première république sont des guerres contre l’envahisseur, où on affirme la souveraineté. Les paroles de la Marseillaise appellent à la levée en masse pour la défense des libertés du peuple français. C’est quand même quelque chose d’extrêmement important qui ne s’oppose à une certaine vision de l’internationalisme. Je voudrais vous rappeler Jean Jaurès, qui était confronté à la montée des nationalismes: ‘un peu d’internationalisme éloigne de la nation, beaucoup d’internationalisme y ramène’. Quand on est réellement conscient de ce que représente la Nation, on peut penser des formes de coopération entre les nations, qui sont au sens premier du terme, internationales. Une vision trop rapide de l’internationalisme aboutit plutôt à un ‘anationalisme’: un ensemble indifférencié de populations… »

Souveraineté et multiculturalisme

« Il peut y avoir une pluralité de cultures dans un pays. Je suis moi-même de culture française, et en partie de culture russe. Il y a à l’évidence le fait qu’il puisse y avoir une pluralité des références culturelles. Mais il ne peut y avoir qu’une culture politique dans le pays. C’est ça qui est extrêmement important. Tout multiculturalisme s’il s’applique à la culture politique, va conduire à la fragmentation du peuple, à la sécession et va conduire à la guerre. Je suis contre le multiculturalisme au sens politique du terme. » (source)

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3 Commentaires

Publié par le 2 mai 2017 dans général, Politique

 

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3 réponses à “Jacques Sapir : « le souverainisme est en train de gagner la bataille »

  1. Albert

    22 mai 2017 at 4:47

    L’ouverture, nouvelle, de J. Sapir sur la légitimité de la « sensibilité identitaire » du souverainisme est une excellente chose a priori, à condition qu’il réduise son tropisme marxiste à ramener toujours la cause de toutes choses au seul facteur économique et social. Sinon il retombera dans les mêmes ornières que les militants de Mélenchon, et aucun accord politique ne sera jamais possible.
    Refuser la réduction de l’identité à l’ethnie ou à la religion en donnant comme raison première le fait que « cela reviendrait à nier les capacités d’intégration de la France » rappelle l’histoire de ce type qui refusait de reconnaitre l’infidélité -prouvée- de sa femme au motif que « cela serait trop affreux ». Les choses sont plus complexes. Il faut les regarder en face. Et reconnaitre que les difficultés d’intégration des immigrés extra-européens (musulmans majoritairement) ne tiennent pas qu’à des causes économiques et sociales « conjoncturelles », mais ont aussi à voir avec l’Islam, qui n’est pas que religion (au sens où nous l’entendons aujourd’hui en Occident) mais aussi projet politique et juridique total. Ce que revendiquent clairement la plupart des autorités officielles de l’Islam ! Et il ne nous appartient pas, à nous « mécréants », d’en décider autrement!

     
    • Tino

      25 mai 2017 at 5:33

      En revanche il nous appartient de fixer les limites politiques, juridiques, comportementales que nous sommes en droit d’imposer à l’expansionnisme islamiste en France, parce que nous sommes chez nous et si nous acceptons les immigrés, nous ne leur transférons pas le pouvoir. C’est à eux de s’adapter à nous et pas l’inverse.

       
  2. Albert

    22 mai 2017 at 9:41

    Réduire l’identité à l’ethnie serait effectivement plus archaïque, l’identité étant essentiellement culturelle, aujourd’hui en tous cas, sauf que quand les cultures (et les religions –qui sont à la source des principales cultures) se superposent trop étroitement à des ethnies, la confusion est facile –de part et d’autre. Ce qu’il faut éviter avec clairvoyance –dans les deux sens. Ainsi l’islamophobie n’est pas en soi du racisme, et ne peut donc sans abus de langage être « comparée » à l’antisémitisme.

     

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