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Ambrose Evans Prichard – Le danger de la déflation écarté, d’autres soucis attendent la BCE

10 Avr
l'avenir s'assombrit

La BCE a crié victoire sur la déflation en entamant un virage à 180 degrés dans sa politique, préparant le terrain pour la fin des taux négatifs et de ses achats d’urgence d’obligations après des années de malaise économique.

Trois vents favorables – à savoir le QE, un euro bon marché et la fin de l’austérité – se sont combinés pour donner un effet puissant parvenant enfin à faire décoller l’économie du piège de la croissance anémique, d’une décennie perdue comme l’appellent certains économistes.

Une kyrielle de chiffres frais dresse le tableau d’une croissance qui s’accélère au sein de la zone euro, avec un chômage baissant à un plus bas de 8 ans (9,5 %), même si cela reste le double des pays anglo-saxons et des pays nordiques. Les cohortes de chômeurs en zone euro ont chuté de 1,24 million de personnes sur les 12 derniers mois.

« Depuis la crise, les risques déflationnistes ont provoqué de sérieuses inquiétudes à plusieurs reprises en zone euro, mais aujourd’hui on peut dire qu’ils ont disparu », a déclaré Peter Praet, économiste en chef de la BCE.

Ces déclarations sont significatives vu que Monsieur Praet est considéré de longue date comme un membre archiconciliant du Comité exécutif de la BCE. Les analystes de Citigroup affirment que l’aile dure, menée par les Allemands, semble prendre à Francfort le dessus dans leur combat contre l’assouplissement quantitatif, ce qui engendre le risque de voir émerger des signaux en faveur du serrage de vis durant les deux prochaines réunions du Comité.

Monsieur Praet a déclaré que l’explosion des stimulations des autorités du G20, en réponse à la panique sur le yuan, a permis d’éviter un déclin économique mondial pour désormais alimenter une reprise en bonne et due forme. « Cette réaction coordonnée fut très efficace », a-t-il déclaré au journal espagnol L’Expansion.

En revanche, il n’est pas encore clair si la zone euro est en train d’entrer dans un cercle vertueux, alimenté par des investissements en hausse, ou si la reprise cyclique actuelle est simplement le résultat du coup de fouet monétaire et qui se dissipera dès que les stimulations disparaîtront.

24hGold - Le danger de la défl...

Dans la mesure où la reprise gagne en puissance, elle crée de nouveaux risques en zone euro vu que personne ne sait ce qui se passera avec l’Italie, le Portugal et d’autres pays fortement endettés lorsque la BCE arrêtera d’acheter leurs obligations.

En avril, la BCE va réduire son QE de 80 à 60 milliards d’euros. De ce fait, la BCE achète déjà quotidiennement 160 millions d’euros d’obligations italiennes de moins, selon David Owen de Jefferies.

Les marchés craignent de voir le Conseil de gouvernance définir un agenda monétaire encore plus agressif à l’occasion de n’importe laquelle des réunions des mois à venir.

Athanasios Vamvakidis, de Bank of America, a déclaré que la BCE devra agir alors que la reprise prend de la vitesse, et lorsqu’elle le fera, le bouclier qui protégeait les États les plus faibles disparaîtra.

« Le support de la BCE ne pourra se poursuivre pendant longtemps, et toute une série d’indicateurs clignotent par rapport à la vulnérabilité de la périphérie après des années de QE. Savoir quand les marchés vont commencer à requestionner la pérennité de la zone euro n’est qu’une question de temps », a-t-il déclaré.

Les tensions sont déjà évidentes sur les adjudications d’obligations. L’écart des taux obligataires entre l’Italie et l’Allemagne (10 ans) a doublé pour atteindre 203 points de base depuis le début de l’année dernière, un avant-goût de ce qui pourrait arriver lorsque le pays sera de nouveau confronté à la réalité glaçante des marchés.

Un rapport de Mediobanca affirme que la BCE a couvert l’intégralité du déficit italien de l’année dernière, ainsi que financé le roulement des obligations existantes. « Ce serrage de vis laissera l’Italie sans l’acheteur clé de sa dette. Le débat concernant une sortie unilatérale de la zone euro et un retour à la lire devrait alors gagner en intensité », a-t-il déclaré.

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La banque italienne affirme qu’il y a toujours un fossé de compétitivité entre l’Allemagne et le sud de l’Europe. La périphérie a quelque peu regagné du terrain grâce à des dévaluations internes, mais ces progrès ont été perdus depuis 2015. Par-dessus tout, le taux de change de l’Allemagne reste sous-évalué de 15 %, malgré cela le pays refuse de prendre toute mesure sérieuse afin de réduire l’écart en stimulant la demande interne.

Comme toujours, le problème de base est la structure inachevée de l’Union monétaire européenne (UME). La monnaie unique doit toujours faire sans une union fiscale, des obligations européennes, et les transferts contre-cycliques nécessaires pour la rendre viable à long terme.

Un groupe d’économistes et de penseurs de premier plan, qui a rédigé un rapport séminal pour l’Institut Jacques Delors, a averti que les États de l’UME devront accepter un système supranational avec mise en commun de la dette, soit un anathème pour le bloc des créditeurs composé de l’Allemagne, de la Finlande, des Pays-Bas et de l’Autriche.

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« Tôt ou tard, une nouvelle crise économique frappera l’Europe. Nous ignorons si ce sera dans six semaines, dans six mois ou dans six ans. Mais vu sa configuration actuelle, l’euro ne devrait pas survivre cette crise à venir », ont-ils déclaré.

Les marchés se focalisent désormais sur les risques engendrés par la reprise et la fin des stimulations de la BCE, presque comme si l’embellie était déjà acquise. Il pourrait pourtant y avoir un retournement si la croissance mondiale devait être plus faible qu’estimée, comme certains monétaristes le craignent. L’inflation de base dans la zone euro a en fait baissé de 0,9 à 0,7 % en mars, pour atteindre un niveau plus bas qu’il y a un an.

« La BCE doit vendre le scénario de la reprise, mais elle sait qu’elle a toujours un problème sérieux », a déclaré Monsieur Owen de Jefferies. « Ils sont incapables de générer une inflation de base plus importante, ils ne peuvent le faire seuls sans le concours de politiques fiscales. Que se passera-t-il donc durant la prochaine dégradation des conditions ? », s’est-il interrogé.

La Banque centrale du Japon l’a appris à ses dépens après toute une série de faux départs : la déflation est extrêmement difficile à vaincre lorsqu’elle fait partie intégrante du système. À chaque fois qu’elle a essayé de resserrer la vis, elle a dû rapidement faire marche arrière. Le Japon en est aujourd’hui à son neuvième QE, le plus massif de tous.

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Article d’Ambrose Evans Prichard, publié sur le site du Telegraph le 3 avril 2017

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Publié par le 10 avril 2017 dans économie, général, International

 

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