Et c’est reparti pour un tour. Sonnés par la reprise d’Alep en décembre dernier, les atlantistes n’avaient plus trop le cœur à l’ouvrage pour soutenir encore leurs «coupeurs de tête modérés» en Syrie. L’arrivée d’un Trump annoncé comme mieux disposé à l’égard de Moscou avait aussi ajouté à la torpeur générale. Les pourparlers d’Astana avançaient péniblement mais avançaient. Londres, Paris et l’Etat profond US croyaient de moins en moins à leur chance de pouvoir rallumer efficacement l’incendie syrien. On commençait même à balbutier au plus haut niveau que le «départ de Assad n’était plus une priorité» (1).

Et puis patatras! Voilà que la divine surprise survient quelques jours après ces déclarations. Une attaque chimique, une vraie, dans toute son horreur, avec ses gosses qui étouffent la bave aux lèvres en plein «prime time». La totale !   Le coup de fouet magique ! Et soudain l’espoir de renverser la table par une énième flambée d’hystérie atlantiste concertée, c’est-à-dire surtout un énième foutage de gueule d’ampleur cosmique.

False flag ou frappe ciblée

Bon, tirons la chasse sur cette fable abracadabrantesque avec une simple question: alors que Damas et Moscou gagnent sur absolument tous les fronts en Syrie depuis des mois, qui peut croire une seule seconde que Bachar al-Assad aurait été assez débile pour ordonner une attaque chimique? En fait personne. Tout le reste, c’est de l’enfumage-Système.

Alors oui, peut-être, sans doute, qu’il y a eu dispersion de produits chimiques à Khan Cheikhoun, même s’il faut garder à l’esprit que la principale source d’info de cette affaire est comme toujours la même: l’Observatoire syrien des droits de l’homme, qui se résume à une officine basé à Londres, liée au MI6 et pilotée par… un seul type. S’agissant de l’attaque proprement dite, les seuls scénarios possibles sont donc: soit un false flag organisé par les «coupeurs de tête modérés» sur le modèle de ce qu’ils ont déjà fait dans la banlieue de Damas en 2013 (2); soit il s’agit comme l’affirment les Russes du bombardement d’un dépôt d’armes chimiques de ces mêmes «coupeurs de tête modérés».

Dans le premier scénario, nous incluons évidemment la variante d’une opération infiltrée des barbouzes occidentaux ou alliés.
Avec le scénario 2, on notera que cela apporte une nouvelle preuve tragiquement irréfutable que les rebelles détiennent encore des armes chimiques, et que ce sont d’ailleurs sûrement les seuls désormais en Syrie (3).

Opération à double-détente

L’affaire a évidemment mobilisé l’entier des moyens de pression atlantistes, de l’intégralité des merdias-Système à la saisine du Conseil de sécurité.

Et il fallait les voir, ces ambassadeurs britanniques, français ou américains, accuser Bachar al-Assad et la Russie devant le Conseil de Sécurité sans le moindre début de preuve; en appeler à l’humanité, brandissant certes de véritables photos d’enfants asphyxiés mais avec la même volonté de tromper qu’en 1990, lorsqu’ils brandissaient la fable mensongère des couveuses prétendument renversées par les troupes de Saddam au Koweït (4); comme en 2003 lorsque Powel agitait sa petite fiole de talc en assurant que Saddam, encore lui, disposait du pire arsenal chimique de la planète; comme en 2011, lorsqu’ils brandissaient une autre fable de bombardements aériens massifs de Khadafi sur son peuple. En fait un ramassis de menteurs, de tricheurs et de manipulateurs osant simuler la vertu alors qu’ils suintaient de tous leurs pores le sang et la mort des boucheries qu’ils téléguident au Moyen-Orient depuis 25 ans.

C’est que potentiellement les avantages sont énormes.
L’instrumentalisaton obscène de cette affaire monstrueuse vise bien sûr à briser l’élan victorieux de Damas, Moscou et de leurs alliés libanais et iraniens sur le terrain en Syrie.
Il s’agit aussi de tout faire pour contraindre Moscou à abandonner ou réduire son soutien à Damas.
Il s’agit encore de justifier un réarmement massif des «coupeurs de tête modérés» pour relancer la guerre sur tous les fronts.
Et puis, pour l’Etat profond US, en guerre ouverte contre l’administration Trump, il s’agit enfin de forcer le Président à lâcher le morceau et à rejoindre enfin le camp des bellicistes russophobes.

1 Syrie : le départ d’Assad n’est «plus une priorité» pour Washington

2 Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange

3 Accusé à tort? Damas ne possède plus d’armes chimiques depuis 2014

4 Affaire des couveuses au Koweït

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