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Comment le cerveau refuse de changer d’opinion politique

31 Mar

Cerveau politique

En jaune / rouge, les zones cérébrales activées lorsque l’on défend ses opinions politiques.

Une étude californienne montre que lorsque ses opinions politiques sont remises en question, le cerveau déclenche une réaction de résistance, de défense, comme s’il s’agissait d’une croyance religieuse.

 » Tu n’écoutes rien, tu restes campé sur tes positions ! « vous assène votre beau-frère, lors d’une discussion politique dans un repas de famille ? Répondez   » Ce n’est pas ma faute, c’est mon cerveau « , et vous aurez raison ! En effet, une étude de l’Institut du cerveau et créativité de l’université de Californie du Sud (Los Angeles) publiée dans Nature, l’affirme : le cerveau s’accroche à ses croyances politiques contre vents et marées ! Pour démontrer cela, 40 participants américains entre 18 et 39 ans, se décrivant eux-mêmes comme  » libéraux  » ayant  » des opinions politiques solides « , ont été soumis à un questionnaire où ils devaient évaluer la force de leurs opinions politiques telles que  » l’avortement devrait être légal  » ou  » les impôts pour les riches devraient être augmentés  » sur une échelle de 1 (faible) à 7 points (fort).

Puis les volontaires sont installés dans un appareil d’imagerie de résonance magnétique (IRM) qui va prendre des clichés de leur cerveau en fonctionnement alors qu’on les soumet à un petit jeu sournois. On leur projette, pendant 10 secondes, une des opinions politiques à laquelle ils ont adhéré totalement (entre 6 et 7 points). Puis s’affichent successivement, pendant 10 secondes également, cinq arguments provocants qui contrent l’opinion de départ, quitte à être mensongers. Par exemple, après l’opinion   » Les Etats Unis devraient réduire leurs dépenses militaires  » s’affiche l’argument  » La Russie possède près de deux fois plus d’armes nucléaires actives que les Etats-Unis  » (ce qui est faux, Ndlr). A la fin de la session, l’opinion politique initiale réapparait et le participant doit de nouveau l’évaluer en faisant varier le curseur de 1 à 7. L’opération est répétée avec huit opinions politiques différentes. Mais aussi avec des allégations n’ayant rien à voir avec le champ politique telles que  » Les multivitamines quotidiennes sont bonnes pour la santé  » ou  » Thomas Edison a inventé l’ampoule « . Soumises elles aussi à des arguments contraires.

« Nous pensons que les croyances politiques sont liées à l’identité »

Après analyses des résultats, le bilan est sans appel : le cerveau défend ses opinions politiques bec et ongles ! Après la lecture des contre-arguments, les opinions politiques perdent en moyenne 0,31 point de confiance, alors que les opinions non politiques perdent quatre fois plus. Pourquoi ? « Nous pensons que les croyances politiques sont liées à l’identité« , commente Jonas Kaplan, auteur principale de l’étude, professeur adjoint de recherche de psychologie à l’Institut de cerveau et de créativité. Cette explication, ils l’ont trouvée dans les images cérébrales. Lorsque le volontaire lit un argument politique contraire à son opinion, cela génère chez lui l’activation de ce qu’on appelle le  » réseau cérébral du mode par défaut  » – qui comprend entre autres le précunéus, le cortex cingulaire postérieur et le cortex medium préfrontal – un réseau impliqué dans l’introspection, l’identité et le soi.

Un réseau qui s’active dans une autre situation. « Sam Harris et moi avons précédemment fait une étude sur la base neurale de la croyance religieuse, poursuit Jonas Kaplan. Dans cette étude, nous avons constaté que lorsque les gens évaluaient les déclarations religieuses par rapport aux déclarations non religieuses, il y avait une activité accrue de deux zones du réseau cérébral, mode par défaut, activé lors de l’étude sur les opinions politiques. » 

Un véritable système de riposte cérébral

Ce n’est pas tout. Lorsqu’on entend un argument qui va à l’encontre de ses croyances politiques, un véritable système de riposte cérébral se met en place. Les chercheurs ont, en effet, révélé l’activation de structures comme l’amygdale cérébrale (impliqué dans la peur face à la menace), le cortex insulaire et d’autres structures liées à la régulation des émotions. La mémoire aussi est activée, à la recherche de la contre-attaque.

Au final, « les croyances politiques sont comme les croyances religieuses, dans le sens où elles font toutes deux parties de qui vous êtes et importantes pour le cercle social auquel vous appartenez », souligne Jonas Kaplan. « Pour envisager un autre point de vue, vous devriez envisager une autre version de vous-même. » Très difficile donc. De quoi expliquer peut-être pourquoi les militants pour un parti demeurent souvent aveugles et sourds aux arguments des autres bords. Est-ce à dire que les  débats politiques sont inutiles puisque chacun campe sur ses positions ?  « Notre étude a en effet été motivée par le fait qu’il semblait rare de voir quelqu’un changer son opinion sur un sujet important dans le débat public », admet Jonas Kaplan. « Mais notre espoir est que si nous comprenons ce qui nous rend si résistants, nous pourrons utiliser cette information pour trouver des moyens de garder une flexibilité cognitive. » Un vœu pieu pour 2017 ?

En attendant, la prochaine étape pour l’équipe californienne est de faire passer le même test à des personnes ayant d’autres opinions politiques, notamment bien sûr, des Républicains. (source)

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