Moscovici écarte aujourd’hui toute crise bancaire italienne ou Européenne :

Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Pierre Moscovici a exclu lundi toute crise bancaire italienne ou européenne liée aux besoins de recapitalisation des banques de la péninsule, plongée dans une période d’incertitude politique. « Vous avez un système bancaire dans lequel la plupart des institutions bancaires sont saines et vous avez d’autres banques qui sont prêtes à faire des efforts et la Commission européenne se tient à leurs côtés », a-t-il dit sur France Info.

« Nous suivons très attentivement cette situation, je vous le dis ici : iI n’y a pas, il n’y aura pas de crise bancaire italienne ni de crise financière européenne à partir de l’Italie », a-t-il ajouté.

« Là dessus je suis tout à fait formel, nous avons vraiment toutes les capacités pour traiter cette situation ».

Cette déclaration intervient alors que selon une source interrogée par Reuters, l’Etat italien se tient prêt lundi à injecter des fonds dans Banca Monte dei Paschi di Siena , qui a besoin de lever cinq milliards d’euros de capitaux frais.

L’Italie sous pression pour recapitaliser Monte dei Paschi di Siena

La BCE aurait rejeté la demande de délai de MPS pour boucler sa recapitalisation, selon plusieurs médias. Cette décision pourrait contraindre Rome à renflouer la troisième banque du pays.

Comment en est-on arrivé là ?

La plus vieille banque au monde traverse une grave crise et a besoin d’argent frais. Lors des derniers tests de résistance européens, Monte dei Paschi di Siena (MPS) a obtenu les pires résultats en matière de solidité . La banque croule sous les créances douteuses . Et son cours de Bourse a perdu plus de 80 % depuis le début de l’année.

De ce fait, la presse italienne fustige l’intransigeance de la BCE qui ne serait pas disposée à accorder à MPS un délai de trois semaines pour mettre à exécution son augmentation de capital de 5 milliards d’euros, indispensable à son sauvetage. Or l’échéance du 31 décembre, fixée par les autorités de contrôle de Francfort pour que MPS lève des capitaux, s’approche et la banque siennoise juge que, pour l’instant, trop peu d’investisseurs se montrent intéressés. Son offre de conversion de titres de dette en actions ne lui a permis de lever la semaine dernière qu’un total de 1,03 milliard d’euros.

L’instabilité politique provoquée par la démission de Matteo Renzi a rendu plus incertaine la participation à hauteur de 1 milliard d’euros du fonds du Qatar QIA. Un acteur de référence qui aurait pu convaincre des investisseurs américains indécis – BlackRock, Paulson ou encore Soros – de s’engager pour mener à bien le plan de sauvetage de MPS. Alors qu’un conseil d’administration de MPS était en cours dimanche soir, le Qatar a néanmoins laissé entendre qu’il était toujours intéressé.

Quelles sont désormais les options pour MPS ?

La sortie de crise peut encore passer par un recours au marché, même si cette piste perd du terrain de jour en jour. Marco Morelli, l’administrateur délégué de Monte dei Paschi, pourrait rouvrir aux investisseurs individuels une offre d’échange d’obligations subordonnées contre des actions. Un consortium de banques qui soutient MPS pourrait lever de l’argent frais via une offre publique de vente d’actions sur le marché, sans s’engager à y souscrire. Enfin, les négociations avec le fonds du Qatar pourraient finalement aboutir, rassurant et incitant d’autres investisseurs à suivre cet exemple. Un scénario très incertain alors que se dessine désormais l’option que le gouvernement italien voulait éviter, celle d’une recapitalisation préventive de l’Etat.

Elle est autorisée par l’article 32 de la directive européenne relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances (BRRD). Elle peut s’appliquer s’il existe un risque de « perturbation grave » pour l’économie d’un Etat membre. Aucun doute que MPS, troisième banque italienne, entre dans ce cas de figure.

L’argent des épargnants est-il menacé ?

Le mécanisme de résolution européen prévoit, en cas de faillite bancaire, que le renflouement interne (« bail-in ») soit préféré à un sauvetage avec l’argent du contribuable. Concrètement, cela veut dire qu’on met d’abord à contribution les actionnaires, les détenteurs d’obligations et, en dernier recours, les déposants de plus de 100.000 euros. Même en cas de recapitalisation préventive par l’Etat, MPS pourrait passer par un « bail-in ».

Il s’agit d’un sujet très sensible en Italie où beaucoup de particuliers ont acheté des obligations de leur banque, qui les leur a vendues comme des produits d’épargne sûrs. Dans le cas de MPS, 60.000 créanciers individuels, qui détiennent 2,1 milliards d’euros de dette junior, pourraient être concernés. L’an dernier, la mise en résolution (« bail-in ») de quatre petites banques régionales toscanesavait conduit un retraité ruiné au suicide . Un événement qui a profondément marqué l’opinion et qui a participé de l’impopularité grandissante du gouvernement Renzi. Concernant les PME-PMI, principaux clients de MPS, la mise à contribution de leurs dépôts conduirait à une chute des investissements et à des faillites. Une conséquence difficilement soutenable par une économie italienne à la croissance atone.

L’Italie a-t-elle les moyens de sauver MPS ?

La situation financière de l’Italie s’est fortement dégradée. La dette publique dépasse désormais les 130 % du PIB. Le pays ne peut que regretter de ne pas avoir eu recours aux aides publiques lorsque l’Europe le permettait encore et laissait par exemple le gouvernement allemand injecter 230 milliards d’euros dans son système bancaire.

Aujourd’hui, les outils à la disposition du gouvernement italien ont atteint leurs limites. Le fonds interbancaire italien ne peut pas être davantage sollicité, sous peine de pénaliser les grandes banques qui y contribuent, notamment UniCredit qui doit se renforcer et s’apprête à lancer une augmentation de capital de 13 milliards d’euros. Sur le plan politique, la crise qui s’ouvre depuis l’échec du référendum complique celle d’un système bancaire extrêmement fragilisé. Les décisions importantes et douloureuses qui s’imposent pour le consolider et le réformer peuvent difficilement être prises par un gouvernement de transition, qui aura peu de légitimité. D’où le rôle clef du ministre de l’Economie, Pier Carlo Padoan, qui devrait rester à son poste (lire page 8). De quoi assurer une continuité indispensable dans la politique économique et le suivi des dossiers.

Quelles conséquences pour les autres banques ?

UniCredit devrait présenter son plan industriel mardi et annoncer l’augmentation de capital. Compte tenu de la situation, l’annonce pourrait être décalée. Globalement, si le gouvernement italien devait se résoudre à recapitaliser MPS, il pourrait en profiter pour aider d’autres banques dont la santé financière est préoccupante. Le plafond des aides publiques qui serait déployé serait fixé à 15 milliards d’euros environ.Outre Monte dei Paschi, la garantie publique pourrait s’étendre aux deux banques vénitiennes Veneto Banca et Popolare di Vicenza, contrôlées à plus de 97 % par le fonds Atlante. Les deux instituts, qui s’acheminent vers une fusion, devront se libérer massivement d’un nouveau paquet de leurs 17 milliards d’euros de créances douteuses et procéder à une augmentation de capital estimée à 2,5 milliards d’euros. L’intervention de l’Etat dans MPS permettrait au fonds Atlante, dont les ressources sont limitées et moins importantes que prévu, de consacrer plus d’argent aux banques vénitiennes. Demeure aussi le délicat problème des quatre petits établissements financiers italiens sauvés de la faillite en novembre 2015. UBI Banca pourrait assumer leur rachat mais devrait recourir à une recapitalisation de 500 millions d’euros environ.